Violaine de Charnage

Violaine de Charnage

Tiens, ça faisait un petit moment qu'il n'y avait plus d'interview d'auteurs ou d'autrices sur Horreur.com ! En ce 19 avril 2025, la donne change puisqu'on a reçu l'interview de la déjà célèbre Violaine de Charnage, une autrice qu'on adore ici et dont vous pouvez retrouver quelques chroniques de livres sur notre site ! C'est toujours Stéphane qui s'est chargé des questions, tremblant d'effroi face à la vénimeuse Violaine... C'est parti !

* Bonjour Violaine. Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Violaine De Charnage : romancière française d’horreur. Mais pas de l’horreur toute mignonne… Je suis ceinture gore, trash, body horror (horreur corporelle), horreur psychologique, etdéviances.
Vous cherchez des romans d’horreur atypiques, dérangeants, jonglant avec le malaise, le dégoût, l’effroi, la fascination morbide, et parfois l’humour noir ? Bienvenue ! Je vous conterai des Horreurs avec un grand H (d’où le « Violaine De Charnage, Contesse d’Horreurs »), je vous narrerai les pires atrocités, mais toujours avec soin et amour. Je vous écorcherai conscient, mais avec un opéra et le thermostat à fond pour que vous n’attrapiez pas la mort…
Le cinéma d’horreur est ma première source d’inspiration.J’aime représenter des protagonistes féminins complexes, et travailler des thématiques autour du féminisme, du Mal (avec un grand M), et des violences modernes.

* Contrairement à d’autres auteurs/autrices, tu as commencé l’écriture assez tard puisque ton premier recueil de nouvelles date de 2022 ! Que faisait Violaine de Charnage avant ça ?

Beaucoup d’écrivains débutent leur carrière jeune, mais j’ai pris un chemin professionnel radicalement différent, jusqu’à essuyer deux burn-out en trois ans. Mes récits d’horreur se nourrissentdu long malaise qui a précédé, de mon éternel sentiment d’inadaptation, mais aussi de tous les livres, BD et films que j’ai bouffés pour me changer les idées toutes ces années sans écrire.

* Tu œuvres dans ce qu’on appelle la « littérature de genre », à savoir le fantastique, l’horreur, le trash. Tu étais déjà fan de cet univers auparavant ou est-ce l’univers qui te permet tout simplement de laisser aller ton imagination et d’exprimer ce que tu as à raconter ?

Évidemment j’étais déjà fan ! J’ai toujours eu une appétence pour l’horreur, le bizarre, et un côté intellectuellement décalé/tordu. Je ne crois pas qu’on débarque dans l’horreur sans rien y connaître et sans l’aimer et la respecter profondément. Dans le premier cas, on va réinventer l’eau chaude, et dans le second on s’est trompé de genre si on veut devenir riche et passer sur des émissions littéraires !
L’horreur, c’est la liberté absolue ; c’est ce que j’adore dans ce genre. Mais attention… écrire de l’horreur extrême, du gore ou du trash ne dispense pas du travail de n’importe quel roman de fiction et d’une bonne histoire !

* Tu as donc commencé par un recueil de nouvelles, intitulé « La Vilainologie », sorti en mai 2022. Est-ce que le format « nouvelle » était plus simple pour débuter dans l’écriture que le format « roman » et d’après toi, est-ce plus difficile d’écrire des nouvelles qu’un roman ? (Il faut accrocher très rapidement le lecteur dans une nouvelle quand on a plus le temps dans un roman…)

La nouvelle n’est absolument pas plus facile ! C’est un exercice différent. En France et dans les pays francophones, il y a un dédain pour ce format alors que les plus grands de l’horreur s’y sont frottés. Il n’y a qu’à se renseigner sur les débuts de Stephen King…La nouvelle ne pardonne pas contrairement au roman où tu peux te « refaire » si un passage est faiblard.
J’ai commencé par la nouvelle par hasard, par urgence d’être lue et parce que j’avais trop d’idées pour me fixer sur un roman. En douze mois et trois VILAINOLOGIS, j’ai essuyé les plâtres de treize ambiances, types d’horreur, thématiques, de techniques narratives différentes, etc. La nouvelle et les formats courts ont été très formateurs.

* « La Vilainologie » a été suivie par deux autres tomes. Y’a aura-t-il un jour un « Vilainologie tome 4 » ou tu as fait le tour et préfères t’aventurer dans d’autres formats ?

Fait le tour ? Je ne vois pas comment ! Oui il y aura une VILAINOLOGIE IV. La couverture est prête d’ailleurs, ainsi que des textes… Mais je n’annonce plus de date parce que je bouleverse sans cesse mon planning éditorial.
Un jour, il y aura une ouverture et l’envie, et je m’y mettrai pour de bon.La nouvelle et les VILAINOLOGIES est ce qui m’a fait connaître, j’y tiens, mes lectrices et lecteurs y tiennent, et c’est un terrain de jeu inépuisable !

* Pour moi, tu es une véritable artiste polymorphe, en ce sens que tu t’accapares avec brio tous les genres auxquels tu t’essaies, que ce soit le trash, le roman jeunesse, le conte de fées noir et glauque, le slasher fun et déjanté… Est-ce tes lectures ou les films que tu as vus qui font que tu maîtrises les codes de ces divers univers ? Es-tu cinéphile ou lectrice acharnée ?

Merci merci merci. Je suis surtout quelqu’un qui déborde d’idées et qui s’est tellement ennuyée intellectuellement dans son ancienne vie professionnelle qu’il n’est pas question que ça se reproduise ! Il n’y a rien de plus triste que de voir des auteurs pondre toujours le même bouquin comme des animaux de cirque exécutent le même numéro à chaque représentation. Les premiers ne sont pourtant pas enfermés ! Je ne sais pas si c’est de la paresse ou un vide créatif, mais j’espère que ça ne m’arrivera jamais.
Chacun de mes textes est une digestion de tout ce que j’ai vu en films, séries, documentaires, faits divers, sujets de société… auquel s’ajoutent un travail de recherches et de la curiosité intellectuelle. Ce n’est pas parce qu’on écrit, qu’on regarde ou qu’on lit de l’horreur qu’on est des décérébrés. Bien au contraire de ce que j’observe souvent !
L’horreur teintée de fantastique permet d’adresser des thématiques puissantes, en plus d’offrir une liberté infinie. Pour l’horreur réaliste, il n’y a malheureusement qu’à ouvrir un journal ou descendre dans la rue.
Je ne suis pas une acharnée, mais une obsessive : quand je travaille sur un sujet, je le ronge jusqu’à l’os.

* Quels sont tes auteurs préférés ? Tes romans préférés ? Tes films préférés ?

Pouah la question bateau, mais difficile ! Côté cinéma quasi tout Verhoeven et Carpenter. J’adore la complexité des figures féminines du premier, et les métaphores contestataires du second. J’aime sans leur être fidèle : Cronenberg (pour son body horror !), Ducournau (pour le crossover entre corps féminin et gore), Sam Raimi (EVIL DEAD, merde !), Gaspar Noé (singulier et d’une grande puissance émotionnelle), Rob Zombie (la crasse) et j’en oublie.
Pour la littérature, je passe. Trop d’auteurs, trop de livres, et j’ai des goûts trop éclectiques. Mais - et c’est une exclu. horreur.com (rire) - Lovecraft me laisse froide !

* Qu’est-ce qui t’a attiré dans le fait d’écrire un roman pour la jeunesse avec « Mort de Citrouille » ? Tu voulais rendre hommage aux romans Chair de Poule ? Est-ce une expérience que tu veux poursuivre avec d’autres sorties par la suite ?

Le challenge  ?! On me demandait de temps à autre si je ne proposais rien de soft ou pour des plus jeunes, et je me demandais de plus en plus si j’en serais même capable...
Et puis j’ai écrit HELL-OWEEN (une histoire pour adultes offerte sur mon site Histoire horreur offerte : Hell-oween !), qui m’avait laissée sur ma faim, car trop courte, avec la sensation que c’était peut-être l’histoire que je pouvais transposer en tout public. Finalement j’ai presque tout changé entre les deux récits.
Dans MORT DE CITROUILLE j’ai réussi à ne tuer personne, personne ne s’enfile, j’ai calmé le jeu sur le trash…Mais j’ai gardé la « Violaine De Charnage touch » avec du body horror, un peu de gore et, surtout, ce côté horreur pulp et fun. MORT DE CITROUILLE est un roman d’épouvante composé à 85 % de CHAIR DE POULE, 5 % de CRADOS et 10 % de LES LIVRES DONT VOUS ÊTES LE HÉROS.
Yes il y en aura d’autres ! C’est une collection que j’ai commencée, nommée HORRIBILIS (ce qui savent sont de bon goût) et MORT DE CITROUILLE aura un frère ou une sœur fin 2025 si tout va bien.

* En 2023, tu passe au format « roman » avec « Screaming Boys » qui sort aux éditions Karnage, avant d’être réédité sous le titre de Slasher Island sous ton propre label. Tu peux nous parler un peu de la genèse de ce projet ? Y’a-t-il des slashers qui t’ont particulièrement inspiré pour ce titre ?

Je commençais à tripoter l’horreur, le trash, le body horror, le pornogore depuis quelques mois avec LES VILAINOLOGIES. Et je suis tombée sur KARNAGE. Il n’y avait aucune femme auteure dans la collection ! Il y en avait eu quelques-unes dans feu la collection TRASH et aucune en solo dans la collection GORE née chez Fleuve Noir (ça me fait toujours halluciner… il ne devait pas y avoir d’autrices d’horreur à cette époque, n’est-ce pas ?). Il y avait un équilibre à rétablir ! Alors j’ai soumis un projet de slasher revisité pour KARNAGE.
L’idée était de reprendre tous les codes traditionnels du slasher en les tordant pour choquer,amuser, et injecter une sacrée dose de « girl power » !Chez Zone 52 Éditions, pas de souci de ne pas dépasser les bornes, de trigger warnings, je pouvais y aller à fond les ballons sur le gore, le trash, l’humour noir, le second degré, le porn. La seule condition : que le roman soit bon !
Pour en revenir à la genèse de SCREAMING BOYS. Cela faisait des années que je voyais passer des émissions de TV réalité avec des gars gaulés comme des dieux grecs, mais au QI de bulot. Quoi de plus jouissif que les étriper !?
Évidemment j’ai re-bouffé du slasher (de base c’est l’un de mes sous-genres horrifiques préférés) et j’en ai décortiqué tous les codes pour préparer le roman. Dans SCREAMING BOYS-SLASHER ISLAND il y a du HALLOWEEN, VENDREDI 13, SOUVIENS-TOI L’ÉTÉ DERNIER, CARNAGE, mais aussi du EVIL DEAD et I SPIT ON YOUR GRAVE. Et j’en oublie.

* Le passage « nouvelle » -> « roman » ayant été passé avec succès, tu enchaînes avec « Les Entrailles de l’horreur », que j’ai particulièrement apprécié. Tu peux nous parler de ce roman et en es-tu satisfaite ? Il a été finaliste du Prix Masterton, ça doit faire bien plaisir !!

Bien sûr je suis fière des ENTRAILLES DE L’HORREUR ! Comme toujours, j’ai adapté le fond, la forme, le ton… au sujet. C’était un roman casse-gueule, clivant, et je suis très heureuse qu’il ait fait son chemin en finale du Prix Masterton 2024.
Je voulais parler d’Envie, au sens catholique du terme. J’ai tiré le fil du désir ou non-désir d’enfant, de ce que l’on peut infliger à son corps pour l’accomplir ou le rejeter, de la place du choix dans la procréation, de l’histoire de l’avortement, du droit à l’avortement, de la confiscation moderne du corps des femmes… Et le body horror s’est imposé !
Il était hors de question de proposer un roman « pro » ou anti-avortement. J’ai donc travaillé le gris, le malaise, les déformations…Avec LES ENTRAILLES DE L’HORREUR, on est sur un récitau sous-texte fort, avec différents niveaux de lecture, et des références appuyées au cinéma d’horreur.

* À chaque fois que je lis tes nouvelles sorties, je trouve que ton style, ton écriture évolue de façon exponentielle, devenant plus mature, plus précis. Ça m’a marqué avec « Vals Sanglante », cette excellente histoire prenant pour référence la Comtesse Bathory. Ressens-tu cette évolution toi-même ?

Oui, je sens une évolution depuis quelques mois, mais ce n’est pas qu’une progression stylistique, c’est une question de registre. Je ne sais pas quelle est la part de l’un et de l’autre dans cette évolution.
VALS SANGLANTE (paru chez Gore des Alpes en octobre 2024) et UN CONTE DE NEIGE ET DE MORT sont mes premières incursions dans le sombre (moins d’horreur graphique, de splatter, mais plus de malaise et d’horreur psychologique). MAIS j’ai terminé d’écrire VALS SANGLANTE en avril… 2023, et UN CONTE DE NEIGE ET DE MORT T1 presque 18 mois plus tard ! Donc je crois que le ton que j’ai choisi pour ces deux histoires influence ton analyse !
Si demain j’écris un petit roman bien gore comme SCREAMING BOYS – SLASHER ISLAND, je changerai encore de ton pour quelque chose de plus léger et brut, radicalement différent.

* Comme on ne t’arrête plus, tu enchaînes avec ce que je considère comme ton chef-d’œuvre, « Un Conte de Neige et de Mort tome 1 ». Ou comment revisiter l’histoire de Blanche Neige à la sauce Violaine de Charnage. Quand t’est venue cette idée de créer cette variation sombre et morbide de Blanche Neige ?

Merci !!! Ça me touche !Je le considère comme mon roman le plus abouti. Ça ne veut pas dire le « meilleur » (ni mon préféré, car je n’en ai pas), car c’est une affaire de goût, mais c’est celui sur lequel j’ai mobilisé le plus de techniques, d’efforts, de temps.
Blanche-Neige m’obsède depuis toujours. C’est LE personnage de conte pour moi. Sinon, difficile à dire… rien à voir avec les nains (je rigole parce que la question de leur présence revient souvent !). Je crois que c’est l’ombre de la mort sur Blanche-Neige qui me « travaille » : chez les frères Grimm, même chez Disney… Il fallait que je dissèque le personnage et aille au bout de cette thématique.

* Au Frissons Festival, tu m’as dit que tu ressentais une certaine appréhension d’avoir écrit une histoire en deux tomes, car si le premier ne fonctionne pas, ça tue un peu la sortie du tome 2. Es-tu rassurée depuis la sortie du premier tome, les retours ont l’air dithyrambique, ce qui est amplement mérité, car ton tome 1 est juste incroyable !

Non je ne suis pas rassurée. Il y a les critiques et il y a les ventes. Il y a des bijoux littéraires qui ne se vendent pas, et il y a des romans passables qui se vendent comme des petits pains.
Sur UN CONTE DE NEIGE ET DE MORT, la critique est en effet dithyrambique, sans parler de sa place en finale du Prix Masterton 2025. Mais il faudra attendre le T2 et plusieurs mois après sa sortie pour juger de son succès. Quoiqu’il arrive…je l’ai édité en indépendant sous « Venin d’Encre », ce qui signifie que je ne dépends pas du planning promotionnel d’un éditeur. Libre et charge à moi de le faire vivre au-delà de quelques mois et qu’il s’ancre dans la durée dans le paysage littéraire horrifique français et francophone.

* Est-ce que tu t’interdis certains thèmes, certains sujets ou pour toi, rien ne doit être tabou, que ce soit dans l’univers littéraire ou cinématographique ?

Merci pour cette question !
Dans l’absolu, rien n’est tabou. Le problème, ce n’est pas le tabou, c’est l’intelligence ou au contraire la maladresse avec laquelle on s’en empare. Sur le même sujet (un exemple extrême : la nécrophilie), des auteur(e)s accouchent de chefs-d’œuvre. D’autres d’un ramassis dégueulasse et indigeste. Dans ce dernier cas, selon moi, c’estun manque de maîtrise. Mon analyse peut semblerbrutale et suffisante, mais c’est un fait. C’est pareil pour le gore… pour moi, il y a Gore et gore.
C’est donc mon baromètre pour ce que je m’autorise ou non à écrire : si je ne me sens pas capable de traiter le tabou avec finesse et intelligence, je ne m’y aventure pas. Je laisse cela à d’autres plus doué(e)s que moi.
Si je suis dans le registre du premier degré, je suis extrêmement prudente. Le meilleur exemple se trouve dans le T2 d’UN CONTE DE NEIGE ET DE MORT. ***ATTENTION SPOILER : je me suis attaquée à l’un des derniers tabous, un tabou véritable, celui de la pédophilie féminine. En plus de recherches sur le sujet, j’ai mené une réflexion intense sur comment la représenter, l’utilisation de la suggestion, du vocabulaire, des tournures, les émotions que je désirais provoquer chez le lecteur/ice, et celles que je ne voulais absolument pas susciter... FIN SPOIL***.
Reste le cas du second degré comme dans SCREAMING BOYS – SLASHER ISLAND…C’est autre chose. Ce n’est ni fin ni délicat, certains passages du roman sont super trashos, absurdes, grotesques. Mais telle était mon intention -> retour à la case« maîtrise » ! Si on prend ce roman au premier degré, c’est dommage, on ne l’a pas compris.

* As-tu commencé l’écriture du Tome 2 et en connaissais-tu déjà les grandes lignes à la fin de la rédaction du tome 1 ?

Oh oui ! Le plan des deux livres était prêt. Je ne débute JAMAIS l’écriture d’un texte sans savoir où je vais, quel est mon intention, mon fil rouge, et comment je le termine. Mais un roman respire, mature en cours d’écriture, une œuvre est vivante. Ce qui est prévu au départ doit parfois être ajusté. Et je n’ai jamais fait autant d’ajustements qu’avec ce projet !

* Est-il important pour toi d’avoir créé ton propre label, « Venin d’encre » ? Qu’est-ce que ça t’apporte de plus que si tu passais par un éditeur ?

C’est un point de repère pour les lecteurs, et pour moi une manière d’organiser ma bibliographie par rapport à mes publications en maisons d’édition.
« Venin d’Encre » n’est pas mieux ou plus, c’est différent et complémentaire. J’en ai parlé souvent en interview… Je veux vivre de ma plume, et l’autoédition me permet de garder la part du lion de mes créations, avec comme contrepartie de porter toutes les casquettes et devoir gérer des prestataires, la communication…
Mais je ne me voile pas la face, je ne mets pas l’autoédition au-dessus de l’édition traditionnelle : il est des éditeurs qui me pousseraient plus haut par leur expertise et leur exigence éditoriale, je le sais. Je vois une relation pérenne avec une maison d’édition comme un partenariat : il faut trouver le bon partenaire, avoirdes objectifs communs, cultiver des rapports équilibrés et respectueux, désirer du long terme…
Tout est ouvert pour l’avenir. Partenaire très particulière (moi) cherche partenaire...

* J’aime beaucoup tenir un livre dans mes mains, avoir l’objet « en dur », mais j’avoue que j’apprécie beaucoup la lecture via Kindle, très pratique à emporter et d’un très bon confort visuel. Est-ce que le numérique représente un danger pour les auteurs/autrices en termes de rentabilité ou acceptes-tu cette nouvelle façon de lire des livres et la comprends-tu ?

Je le comprends à l’heure où le rythme des sorties littéraires est effréné (sans parler de l’émergencedes livres 100 % IA). Un livre physique prend de la place, coûte plus cher, et n’est pas toujours prioritaire dans un budget saturé de loisirs. Donc je n’ai pas de souci avec le numérique tant que l’auteur est rémunéré équitablement. De toute façon, moi, quand j’aime un livre et un(e) auteur(e), je veux le voir dans ma bibliothèque. Et je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas.
Ce qui me hérisse, c’est le piratage. Ou celles/ceux qui essaient d’obtenir un bouquin gratuit alors qu’ils se précipitent sur la dernière sortie best-seller ou sur des jaspages qui coûtent un bras. Ce sont les petit(e)s auteur(e)s dans des genres mal famés comme l’horreurqui ont le plus besoin d’être soutenus financièrement pour exister et continuer à créer.

* À la fin de tes livres, on trouve souvent un QR Code nous amenant à une set-list de chansons qui œuvrent souvent dans le métal. Est-ce que lors de ton processus d’écriture, tu mets ce type de musique en fond sonore et cela t’apporte-t-il des idées ou une certaine inspiration ?

La musique est partie prenante de ma phase de réflexion. Je passe beaucoup de temps à maturer chaque histoire, et pendant cette période je brainstorme à blanc, je fais des recherches tous azimuts, je me fais des listes de films, de livres, je lis la presse, j’écoute des podcasts et…je fais des recherches musicales. C’est un ping-pong cérébral permanent entre ces sources d’inspiration.
La musique en particulierest comme un moodboard, maisaudio. Le metalparticulièrement m’aide à construire une ambiance, trouver le ton, ou me réimmerger dans un projet. Par exemple j’ai écouté du Angellore en boucle récemment.Leur death/gothicmetal poétique s’est imposé en fin d’écriture du T2 d’UN CONTE DE NEIGE ET DE MORT. Je sais que si j’en entends par hasard dans cinq ans, je retrouverai ces sensations.

* Au Frissons Festival, on pouvait nettement dire que tu étais l’une des attractions principales du salon, la « star » du jour, avec souvent des files d’attentes de lecteurs venus te rencontrer. Je sais que tu es de nature assez timide, que tu n’aimes pas trop t’exposer, mais est-ce que ça te fait plaisir de voir une foule faire la queue pour te parler et échanger avec toi ?

Houlala comme tu y vas (rires). Ce qui est sûr c’est que le Frissons Festival 2024 avait été incroyable. Et 2025 l’a surpassé ! Quand tu n’as pas le temps de manger, d’aller aux toilettes, quand on fait la queue pour tes livres ou échanger quelques instants avec toi, c’est une sensation de dingue !
Ce que je regrette,c’est le revers ! Lorsqu’il y a beaucoup de monde, ça laisse moins de temps avec chacun(e), et ça peut être frustrant pour tous. Heureusement, j’ai encore de la marge avant d’être comme ces auteurs qui signent au kilomètre !
Aïe aïeaïeaïe le raccourci sur la timidité ! Jette un œil aux manifestations de l’hypersensibilité, de l’introversion, et dans une moindre mesure aux troubles du spectre de l’autisme. Après des événements aussi intenses que le Frissons Festival, je suis « rincée » émotionnellement et physiquement. Mais c’est après ! N’hésitez JAMAIS à venir me voir sur un événement. Je ne suis pas aussi exubérante que d’autres, mais si je me déplace c’est bien pour qu’on se rencontre !

* Que dirais-tu à un lecteur qui ne te connaît pas pour lui présenter ton univers et lui donner envie de le découvrir ?

Compliqué… Je déteste faire la poissonnière avec mes livres.
À toi qui hésites à te lancer :
Non, je n’écris pas une version TEMU de Stephen King, ni de Lovecraft, ni de Maxime Chattam (qui écrit majoritairement du thriller si je dois le rappeler !). Ne pense pas littérature, pense cinéma. Et accepte que je ne te serve pas la même mayonnaise à chaque roman !
Pour résumer : range la camomille et les chaussons littéraires, parce que ça va secouer !

* Quel effet ça te fait de te retrouver finaliste dans plusieurs catégories pour le Prix Masterton cette année ? Sacrée consécration, non ?

C’est cool, c’est flatteur, c’est gratifiant… évidemment ! C’est un indicateur que ce que tu as produit est au-dessus du lot.
Mais un prix reste une affaire de goûts du jury. Et un prix n’a jamais fait une carrière.
Ce qui fait une carrière, c’est le travail, la persévérance et l’humilité. Et surtout la fidélité profonde de ses lecteurs.
Le must pour moi, c’est quand mes lectrices et lecteurs me suivent en tout terrain. Elles/ils n’achètent pas un de mes livresparce qu’il buzze sur les réseaux : ils ratissent ma bibliographie et plongent les yeux fermés sur tous mes écrits, quelque soit le registre ! Ça, c’est fabuleux ! Elles et ils se reconnaîtront.

* Que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?
- Toujours plus de lectrices et de lecteurs.
- Qu’on me propose de beaux projets : maisons d’édition, événementiel, interviews, interventions publiques…
- Que je n’ai jamais à botter le train de ma créativité !
- Que je sois fière de tous mes monstres.
- L’échec serait de me dire un jour à propos de l’un de mes romans d’horreur : « ça va, ça passe ».
- La règle doit rester « ça défonce ou ça ne sort pas ».

RETROUVEZ L'UNIVERS DE VIOLAINE DE CHARNAGE SUR SON SITE :
www.violainedecharnage.com

MERCI A VIOLAINE POUR SA GENTILESSE ET POUR LE TEMPS OFFERT A CET INTERVIEW !

CHRONIQUES LIVRES

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Stéphane Erbisti