Affiche française
Marama | Marama | 2025
Affiche originale
Marama | Marama | 2025
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Marama

Marama

1859, au cœur de l'Angleterre victorienne. Mary Stevens, une jeune femme d'origine māorie en quête de vérité sur ses racines familiales, débarque au manoir Hawkser, une demeure lugubre isolée dans les landes désolées du Yorkshire. Accueillie par Nathaniel Cole, un ancien baleinier fraîchement anobli, elle accepte d'y devenir la préceptrice de sa petite-fille. Mais derrière les boiseries sombres et le faste britannique, le racisme et le fétichisme colonial planent. Très vite, les couloirs du manoir s'animent de visions ancestrales terrifiantes, réveillant un mystère sanglant...

Marama | Marama | 2025

L'AVIS :

On le sait, le cinéma fantastique est régulièrement utilisé par les réalisateurs pour aborder des thématiques sérieuses, graves, politiques ou d'actualité. Taratoa Stappard, né d'une mère maori et d'un père anglais, a voulu rendre un hommage au peuple Maori à travers son premier long-métrage, Marama, qui puise dans le folk horror et n'a pas choisi la facilité du cinéma d'horreur moderne, qui cède souvent trop simplement à la facilité des jump scares. Non, il a préféré se diriger vers une approche beaucoup plus atmosphérique et psychologique pour traiter le véritable sujet qui l'intéresse ici. Car dans Marama, le monstre n'est pas le fantôme tapis dans l'ombre, mais le colonialisme britannique.

Le film utilise le cadre classique du conte gothique (on a le le manoir isolé, le secret de famille caché) pour mieux disséquer les mécanismes de l'appropriation culturelle, du viol des identités et de la dépossession des corps. L'horreur des faits historiques – la colonisation sanguinaire d’Aotearoa (le nom maori de la Nouvelle-Zélande, d'où est originaire le réalisateur) – devient ici une matière fantastique et macabre, un cauchemar dont l'héroïne cherche à s'émanciper. Une héroïne superbement interprétée par l'actrice Ariāna Osborne, totalement investit dans ce personnage qui a des visions d'une époque peu glorieuse du colonialisme anglais vis à vis de son peuple.

Visuellement, le film est d'une splendeur crépusculaire. Jouant constamment sur le clair-obscur – le prénom Marama signifiant d’ailleurs lune ou lumière en maori –, la réalisation enveloppe le spectateur dans une ambiance moite, parfois étouffante. Certains regretteront peut-être une photographie parfois trop sombre, mais elle sert magnifiquement le propos : celui d'exhumer des vérités enfouies dans les ténèbres de l'Histoire.

La force du film repose, comme déjà évoquée, sur les épaules d’Ariāna Osborne. Son interprétation brute donne corps à une douleur héritée qui, au lieu de se soumettre, choisit la voie de la vengeance spirituelle. En convoquant les esprits de ses ancêtres pour réparer les crimes du passé, Mary incarne à elle seule le proverbe māori qui innerve l'œuvre : "Ka mua, ka muri" (regarder vers le passé pour avancer vers l'avenir).

Marama n'est pas un film d'épouvante pop-corn pour se faire peur entre amis le samedi soir. C’est un drame historique horrifique, exigeant, déconcertant et profondément cathartique. En dépit de légères longueurs dans sa structure narrative, ce premier essai de Taratoa Stappard frappe fort et s'avère intrigant. C'est un cinéma de genre nécessaire, qui redonne une voix aux oubliés de l'Histoire.

Marama | Marama | 2025
Marama | Marama | 2025

* Disponible en DVD et BR chez l'éditeur BLAQ OUT
Bonus : entretien avec le réalisateur
https://metalunastore.fr/products/marama

Bande-annonce
Note
3
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Stéphane Erbisti