Bouche du diable - La
Devil’s mouth - The
Un groupe d’amis partent en vacances en Thaïlande et décident de visiter des grottes océaniques dont l’une répond au doux nom de « Bouche du diable ». Un endroit qui porte bien son nom car malheureusement cette petite expédition avec un guide local va tourner au cauchemar quand ils vont se rendre compte qu’un squale particulièrement affamé rôde dans le secteur…
L'AVIS:
Petite exclusivité pour Prime Video en 2026, "La bouche du diable" est un petit shark movie qui avait plutôt bonne Presse à sa sortie, ce qui n’est pas forcément le cas de tous les films de requins sortis les années précédentes. Entre navets soporifiques et laids à souhait et nanars en force, le sous-genre des shark movies en propose pour tous les publics et cela depuis des décennies. Et à côté des nanars et des navets, on nous propose de bien jolies réalisations également : "Les dents de la mer" et sa première suite bien évidemment mais aussi des films comme "L’ultimo squalo" (alias "La mort au large", à ne pas confondre avec "Mort au large"…), "Peur bleue", "47 meters down", "The reef", "Instinct de survie", "Open water" ou encore le très sympathique "Bait".
Mais nous n’allons pas revenir sur le sous-genre en question - notre rédacteur Steeve Raoult serait bien plus intéressé par ce genre d’écrit – et allons plutôt nous intéresser ici à ce fameux "La bouche du diable" qui se classe parmi les bonnes surprises au sein des shark movies. Ni nanar ni navet, voici donc une fort sympathique proposition nous venant de la plateforme Prime Video et réalisée par un certain Jeff Wadlow. Un nom qui ne vous dit peut-être rien et pourtant ce réalisateur américain n’en est pas à son coup d’essai comme le prouve sa filmographie dans le cinéma fantastique quelque peu en dents de scie : passées les petites déceptions "Action ou vérité" et "Imaginary", on retrouve de bien plus sympathiques choses comme "Nightmare island", "Cry wolf" et surtout "Kick-Ass 2". Ah, vous voyez que vous le connaissez un peu notre bonhomme !
D’ailleurs, en voyant son "La bouche du diable", on voit bien que Jeff Wadlow n’est pas un novice dans la réalisation. Esthétiquement réussi et bien réalisé, son film vous fera passer à coup sûr un bon moment une fois de plus.
Si nous devions commencer par les points négatifs de son film, nous soulignerions peut-être le côté un peu redondant de l’intrigue. En effet, cette expédition dans les grottes s’avère par moments un peu longue et répétitive et même quand notre prédateur aquatique fait son entrée cela n’empêche pas encore certains passages qui pourraient faire penser à du remplissage (le film aurait pu faire 1h30 sans aucun souci).
La seconde chose que je soulèverais ici est le petit nombre d’incohérences (des palmes qui apparaissent, disparaissent et réapparaissent, des morceaux de corps humains déchiquetés que l’on retrouve un peu facilement dans ces grandes grottes, ou encore des séquences en apnée qui s’apparentent à de jolies performances pour nos personnages pourtant pas amateurs de sports aquatiques…) ainsi que cette fin un brin exagérée mais qui ne laisse pas pourtant un goût amer en bouche (« ça passe » pourrait-on dire).
Car à côté de ces petites remarques qui ne gâchent en rien le film, nous avons là une bien belle péloche avec des scènes sous-marines bien fichues, une virée dans des grottes remarquables, mais aussi une petite baignade dans un banc de méduses inattendue, la découverte d’une tortue dévorée assez peu commune… Bref de bien sympathiques moments tout en esthétisme et en réalisme, avec une belle photographie et un jeu de couleurs maîtrisé.
Les personnages sont également un minimum travaillés et ne font pas uniquement office de chair à canon. Un détail peut-être pour certains mais quand tu as déjà un bon nombre de films de requins au compteur en termes de visionnage, tu te rends compte que ce n’est pas toujours le cas et tomber sur des personnages un peu plus fouillés fait plaisir à voir. Ici, nous prenons certes un peu de temps avant de plonger dans ces grottes océaniques mais cela permet de connaître un peu plus notre groupe d’amis, leurs liens affectifs et potentiellement d’imaginer le sort de chacun par la suite.
Enfin, et c’est bien là que j’attendais le film de Jeff Wadlow au tournant, "La bouche du diable" joue parfaitement la carte de l’angoisse. Cette sorte de "The descent" aquatique nous livre ici de bien bon moments anxiogènes, pris au piège dans un endroit peu clarteux avec un ennemi presque invisible qui surgit parfois sans prévenir dans des séquences redoutables d’efficacité. Les jumpscares sont nombreux et plutôt réussis dans l’ensemble : il n’est pas rare que notre requin passe soudainement sa tête entre deux roches pour tenter de refermer sa mâchoire terrifiante sur nos malheureux jeunes américains ou encore surgisse de l’eau pour tenter d’attraper au passage une jambe ou un bras (ou pourquoi pas une chauve-souris dans une scène des plus originales).
D’ailleurs, le requin-bouledogue dont il est question ici est plutôt bien modélisé. Imposant et terrifiant, ce dernier est de plus en plus amoché au fil du film à force de frapper sans cesse sa gueule contre des rochers pour tenter de niaquer l’un de nos amis.
Au final, "La bouche du diable" est une agréable surprise dans le milieu du shark movie. Le genre de film qui aurait pu mériter une sortie cinéma quand on voit parfois le nombre de conneries qui sortent dans les salles obscures. En tout cas, depuis mon salon, dans la bataille Netflix-Amazon je donne cette fois-ci le point aux deux Jeff (lol) car j’ai passé un meilleur moment, bien plus angoissant, devant "La bouche du diable" que devant "Sous la Seine" même si ce dernier valait aussi la peine d’être vu dans le milieu des films de requins.