compte-rendu : PIFFF 2013

compte-rendu : PIFFF 2013

PIFFF 2013

Nous voilà réunis pour une troisième édition du Paris International Fantastic Film Festival, qui apporte quelques légères modifications dans son organisation, notamment la suppression du Jury pour les longs-métrages en compétition, et plus de séances cultes programmées.

C’est donc du 19 au 24 novembre 2013 que s’est tenue dans la capitale cette réunion des films fantastiques les plus attendus à venir. Et, si sur le papier les noms ne sont pas les plus attractifs, ils s’avèrent après leur vision d’excellentes surprises. Car une fois n’est pas coutume, cette troisième édition s’est révélée excellente et jamais véritablement décevante. Il reste à espérer que la plupart des longs-métrages projetés trouveront vite des distributeurs !

1er Jour : Les sorcières ouvrent le bal

L’ouverture du festival avec l’un des films les plus attendus du début d’année 2014, à savoir "Les sorcières de Zugarramundi" (un titre difficilement prononçable) du trublion Alex de la Iglesia. Le film fût d’ailleurs projeté en présence de son réalisateur. Visiblement marqué par une expérience maritale cataclysmique il en profite pour régler ses comptes avec la gent féminine, et le fait à sa manière, en mariant humour et fantastique. Si par moments, ça manque de subtilité, voilà un spectacle qui fait mouche, et qui atteint son paroxysme lors d’un sabbat faisant intervenir la Mère. Ce spectacle réjouissant est attendu dans les salles françaises le 8 janvier 2014.

2ème Jour

On entre dans le vif du sujet avec le premier en compétition, "Love eternal" de Brendan Muldowney, adaptation d’un roman japonais (et cela se voit dans l’approche assez froide de son sujet ou lors de certains plans : une rencontre sur une gare avec le vol de fleurs de cerisiers…), Loving The Dead, de Kei Ôishi. Une véritable étrangeté aussi réussie, mais qui reste trop froide pour passionner les cœurs. Une sorte d’apprentissage de la vie qui doit dépasser la Mort et le Suicide, pour (ré)-apprendre à vivre, et qui devient fort et touchant lorsque Ian fait la rencontre de sa dernière femme suicidaire.

Comme une sorte de récréation, la première séance culte est consacrée à "Ré Animator", qu’on ne présente plus. Film culte par excellence des années 80, le film de Stuart Gordon ("Aux portes de l'au dela", "Dolls-Les poupées") est toujours ce monument jubilatoire de gore, d’humour et sexy (rahhh Barbara Crampton).

Le second film en compétition fût "The Battery" de Jeremy Gardner, un micro-budget de 6 000 $ pour nous raconter une nouvelle histoire de zombies (mais non ne partez pas !) vue sous l’angle du buddy movie. Film de potes, on suit les pérégrinations de deux hurluberlus qui tentent de survivre dans un univers où les humains sont devenus des proies. Fortement teinté d’un humour paillard (la branlette dans la voiture), il s’en dégage une énergie communicative. Un peu regrettable que le réalisateur se croit obligé de filmer une séquence en temps réel dans une voiture assiégée par des zombies, au risque d’y provoquer de l’ennui.

C’est le documentaire "Du sang sur la neige" revenant sur le mythique festival d’Avoriaz qui vint mettre un terme à cette journée.

3ème Jour

Mon grand coup de cœur parmi les films en compétition, "Animals (2012)", de l’espagnol Marçal Forès, dans un film d’une sensibilité rare et jamais mièvre. Porté par de jeunes acteurs en état de grâce, c’est l’occasion de toucher du doigt le monde de l’adolescence attaqué et fissuré par sa rencontre avec l’âge adulte. Symbole de cet enfance en perdition un ours en peluche doté de la parole, et qui deviendra le confident parfait d’un jeune garçon. A l’instar d’un « Donnie Darko » auquel on pense indubitablement, l’œuvre reste très personnelle et ce mélange de pudeur/impudeur n’en finit pas de nous poursuivre après le visionnage du film.

Un John Frankenheimer ("Un crime dans la tête", "French Connection 2") méconnu, nous vient ensuite tout droit des années 60, période où la paranoïa régnait en maître aux Etats-Unis. Les assassinats politiques frappant de plein fouet plusieurs leaders de ce pays (JFK et son frère Robert, ou encore Martin Luther King), il n’est pas étonnant que le cinéma hollywoodien s’en soit emparé. Après son The Manchurian Candidate il n’est guère étonnant que Frankenheimer y revienne et plonge Rock Hudson dans une ambiance « complotiste » pour un résultat percutant.

Fortement attendu, visionnage ensuite du nouveau film des sales gosses que sont Lucky McKee ("May", "The Woman") & Chris Silverston ("I know who killed me", magnifique thriller giallesque américain avec Lindsay Lohan). Mais fallait-il qu’ils reviennent à leur œuvre de jeunesse avec "All cheerleaders die", un campus movie qui se veut drôle mais qui marche plus sur les plates-bandes de "Dangereuse Alliance" (The Craft) ? Une véritable déception pour un film manquant de mordant et qui se révèle finalement trop sage.

Bel objet vampirique, le nouveau film du réalisateur de "Entretien avec un vampire", "Byzantium", met en scène deux femmes (mère et fille) confrontées au secret de leur immortalité. Toujours aussi plastiquement réussi, le film de Neil Jordan constitue une approche différente de celle à laquelle le genre assez fermé du film de vampires nous avait habitués. Et c’est tant mieux, car ce romantisme vénéneux sied à merveille à la mythologie vampirique. Quant à dire que les comédiennes Gemma Arterton et Saoirse Ronan irradient de beauté, cela va de soi.

4ème Jour

De Stephen Sommers, on retient pour le meilleur "Un cri dans l’océan" et "La momie". Perdu depuis dans les projets bas de plafond ("Van Helsing", "G.I Joe"), il avait disparu des écrans radars avant de réapparaitre, avec cet "Odd Thomas", adaptation du romancier Dean Koontz. L’occasion de revenir à un sujet plus classique et série B avec cette histoire qui n’aurait pas dépareillé dans l’univers de Stephen King himself. Toujours aussi généreux dans le démonstratif (plein de CGI pour les créatures), c’est clairement orienté pour un public adolescent et ça pêche par le trop plein d’explications et flash-backs.

La suite du programme part vers l’Asie, avec toujours dans le cadre des séances cultes, le manga "Perfect Blue", qui est suivi d’un film en compétition, «Real » de Kurosawa ("Cure", "Kairo", "Retribution"), film poétique mais qui peut dérouter et laisser sur le côté de la route quiconque a du mal avec l’œuvre du réalisateur.

Nettement plus fou et susceptible de mettre le feu (en termes d’accueil !) à une salle : "HK/Forbidden super hero" avec son super-héros loufoque qui s’habille avec une culotte sur la tête. Il n’y a pas à dire, les japonais sont totalement fous et j’allais dire tant mieux. C’est sur cette note débridée que s’achève la journée de vendredi.

5ème Jour

Fortement attendu par toute une armada de fans en furie, "L’étrange couleur des larmes de ton corps" de Bruno Forzani & Hélène Cantet, qui reviennent ici de nouveau avec leurs expérimentations giallesques. Après un "Amer" qui l’était déjà, les voilà de nouveau réunis pour cette histoire assez limitée mais propice aux expérimentations visuelles et auditives.

Moins attendues, les courts-métrages français, s’avèrent être tous d’un excellent niveau. Je dois avouer que c’est assez rare (surtout quand je me souviens de l’année précédente). Trois surnagèrent dans le lot et méritent d’être rapidement abordés ici : "Jiminy" d’Arthur Môlar qui lorgne vers le film d’anticipation et aborde la notion de libre-arbitre. Teinté d’un humour à froid, la maîtrise du sujet et des acteurs convaincants finissent par emporter notre adhésion. Pas aussi maîtrisé mais néanmoins plus qu’intéressant, "Je ne suis pas Samuel Krohm" prend des risques et ose la filiation avec l’univers de Lovecraft. Assez casse-gueule à adapter, on ne peut que saluer une telle initiative qui prend son cadre dans la campagne française. Orienté nettement vers la comédie, «Mecs meufs» est tellement drôle que chaque réplique et/ou situation fait mouche. Comme son titre l’indique, ce court aborde les relations de drague entre les hommes et les femmes. Les propos sont assez justes.

Dernier film en compétition, "Cheap Thrills", est une petite réussite nous démontrant la noirceur et le cynisme du monde capitaliste qui nous entoure. C’est l’électrochoc de cette édition du PIFF. Dans sa graduation vers le malsain, on se laisse happer par le destin de deux pauvres ères broyés par un système et qui sont prêts à tout pour gagner de l’argent. Grâce à un climat second degré permettant de lâcher la pression, le spectateur rit jaune dans ce portrait acide et dégradant de l’humanité.

Après la nuit Clive Barker la saison précédente, c’est au tour de Stephen King d’être mis à l’honneur cette année, avec quelques-unes de ses adaptations cultes. Si le premier film est une compromission faite à l’actualité ("Carrie, la vengeance", adaptation lisse et rarement prise en main par sa réalisatrice, qui peine à suivre le sillon de celle de De Palma, et où chaque comparaison entre les deux films fait mal), le reste constitue des petits classiques de l’épouvante : "Creepshow", le film à sketches de George Romero, "Simetierre" de Mary Lambert, ou encore "Christine" de John Carpenter.

6ème Jour: On the road again

Cette fois-ci c’est au tour des courts-métrages internationaux de se dévoiler et là c’est la douche froide (voire glacée) car les films sélectionnés se révèlent ennuyeux ou sans intérêt. En tout cas bien loin de représenter ce qu’on est en droit d’attendre d’un court. A savoir, ne pas se limiter à un pitch ou une idée, mais raconter une histoire. Ce n’est pas toujours le cas ici…

Heureusement que pour s’en remettre, s’ensuivit la projection de "The Wicker Man" de Robin Hardy. Ce film païen de 1973 fût pour moi une découverte –ne l’ayant pas vu auparavant-, d’une histoire assez culottée et sulfureuse. Mettant à mal la religion chrétienne sur une île où les anciens cultes ont refait surface. On pourrait croire qu’il s’agit d’un film léger mais il n’en est rien car ça se révèle plus sombre au final malgré les chants guillerets qui émaillent le film ici et là.

Enfin, pour conclure ce petit marathon festivalier, le très attendu "Wolf Creek 2", toujours réalisé par Greg Mc Lean, s’inscrit dans la lignée de ce qu’on peut attendre de ce type de suite. Sans surprises certes, mais efficace en diable, rarement un paysage n’aura été aussi bien mis en valeur depuis longtemps. On pardonnera alors le manque de prise de risque pour prendre cette suite pour ce qu’elle est : plus gros, plus lourd, plus trash !

Encore un grand bravo aux organisateurs du festival pour une sélection finalement très réussie !

LE PALMARES :

ŒIL D'OR - Long-métrage : "Cheap Thrills"

ŒIL D'OR - Court-métrage français : "Jiminy"

ŒIL D'OR - Court-métrage international: "The man who could not dream"

Prix du Jury du meilleur court-métrage français : "Jiminy"

Prix du Jury Ciné + Frisson – Long-métrage : "L’étrange couleur des larmes de ton corps"

Prix spécial Ciné + Frisson – Court-métrage: "Jiminy"

Gérald GIACOMINI

Stéphane Erbisti