Meat kills
Meat kills
Mirthe rejoint un groupe d'activistes décidés à libérer des porcs d'élevage victimes de maltraitance. L'opération dégénère, lorsque leur cheffe s'en prend aux enfants de l'éleveur. L'arrivée inopinée de ce dernier déclenche un véritable carnage...
L'AVIS :
Vendu comme un film gore d’une rare violence, "Meat Kills" promettait un affrontement abrasif entre activistes antispécistes et fermiers omnivores assumés. Sur le papier, le concept pouvait rappeler aussi bien la dérision carnassière de "Barbaque" qu’un survival en huis clos à la "Wake Up". Mais dans les faits, le film s’épuise rapidement dans une confrontation étonnamment tiède et dépourvue du mordant annoncé.
Dès le début, les activistes infiltrant une ferme pour “libérer” des porcs se révèlent difficilement supportables (il en existe des supportables ?). Sachant qu'écouter un discours de végans antispécistes soit aussi divertissant que gênant, mais toujours intriguant de par la pensée lunaire qui se dégage de ces hippies de salon avides de révolution juvénile, leur obsession militante, poussée jusqu’à comparer les abattoirs aux camps de concentration, reproduit les dérives les plus caricaturales de leur syndrome du sauveur hystérique, et pourtant bien réel (coucou Solveig Halloin). Le film semble vouloir dénoncer ces excès, mais le fait sans finesse ni ironie, rendant la majorité de ces personnages simplement antipathiques et crispants. Leur radicalisation progressive, censée justifier la montée de violence, manque tellement de nuances qu’elle devient presque risible. Face à eux, les fermiers ne sont pas plus convaincants. Ni assez caricaturaux pour devenir jubilatoires (on aurait préféré des rednecks ou des arriérés de village), ni assez humanisés pour susciter un vrai malaise lorsqu’ils se mettent à exterminer les activistes un par un. Là où le film aurait pu s’assumer comme un carnage décomplexé et fun façon "Tucker & Dale", ou à l’inverse tendre vers une cruauté sèche et cynique à la "Wolf Creek", il reste coincé dans une fade médiocrité dépourvue de caractère où jamais il ne parvient à rendre leurs affrontements viscéraux ou cathartiques.
L’un des grands problèmes de "Meat Kills" est son incapacité à choisir un ton clair. Par moments, on croit assister à une satire, comme si le film voulait se moquer de toutes les idéologies en présence. À d’autres, la mise en scène tente désespérément de créer du suspense ou de la terreur pure. Mais aucune direction n’est assumée, et tout est formaté de façon pudique. Cette hésitation permanente brouille la narration et le rythme, donnant l’impression d’un long-métrage constamment en retard sur ses propres intentions. On ne sait jamais si l’on doit rire, frémir, ou simplement attendre que la scène suivante apporte enfin ce qu’on nous promet depuis la cauchemardesque bande d'annonce.
Un autre élément frappant est le manque de tension. Là où un film comme "Green Room", confrontant un groupe de musique punk à des néo-nazis, parvenait à maintenir une pression continue sans jamais s’encombrer d’idéologie, "Meat Kills" s’embourbe dans des dialogues et des monologues explicatifs qui tuent toute montée dramatique. Le danger ne semble jamais imminent, les confrontations n’ont aucun impact, et même les moments censés être choquants coulent sur l’écran sans provoquer la moindre réaction. On se retrouve ainsi devant un film conventionnel qui parle constamment de violence sans jamais réellement la ressentir. Il aurait fallu un splatter plus jubilatoire en faisant des personnages plus caricaturaux, plus hystériques et plus poisseux. Hélas, le film est trop fade et insipide dans sa confrontation.
Le comble pour un film supposé baigner dans la crasse, la boue et le sang : "Meat Kills" est visuellement… propre. Trop propre. L’abattoir ressemble davantage à un laboratoire clinique qu’à un lieu saturé de puanteur et d’humidité. Les granges sont impeccables, les sols et les murs plus brillants encore que ma salle de bain, les effets gores généreux mais artificiels. On aurait espéré une esthétique plus brute, plus poisseuse et plus organique, quelque chose qui sente la viande froide, le foin humide, le crottin puant, l'acier rouillé et la mort. Ici, tout semble aseptisé, comme si le film refusait de toucher la saleté qu’il prétend vendre. Cette propreté visuelle est d’autant plus problématique que le film cherche ostensiblement à traiter de rapports de domination naturelle, culturelle et physique. Or, sans une mise en scène caverneuse, il devient difficile de croire à la violence supposée émaner de cet univers rural. On ne ressent ni la chaleur suffocante des bâtiments d’élevage, ni l’odeur du sang, ni l’enfermement des animaux, pourtant des éléments indispensables pour nourrir le malaise ou renforcer la dimension horrifique. Le décor rustico-clinique devient un simple plateau neutre où des idées s’entrechoquent sans jamais produire de sensation forte ou d'émotion intense. S'assumer comme un gros splatter grand-guignolesque aurait aussi pu marcher, mais le réalisateur a sûrement voulu rester sérieux malgré ses tentatives d'ajouter des touches de sarcasme occasionnel, plus timide qu'incisif.
La bande sonore, elle non plus, n’aide en rien puisqu'elle ne parvient jamais à installer une atmosphère digne d’un survival poisseux à la "Massacre à la tronçonneuse" (remake), encore moins d’un film gore à la "Meat Grinder". Elle semble presque plaquée, comme un assemblage générique pioché dans une bibliothèque sonore bon marché. Quant aux dialogues, ils se perdent dans des sermons idéologiques simplistes, portés par des acteurs souvent amorphes, incapables de donner corps ou colère à des personnages déjà mal incarnés par des acteurs en retenue. À force de sûrement vouloir dénoncer tout et n’importe quoi, "Meat Kills" finit par ne rien dire du tout. Le film passe son temps à opposer deux extrêmes sans jamais creuser leur humanité, leurs fêlures ou leurs contradictions. Il ne reste alors que des archétypes qui crient dans le vide, des idées répétées jusqu’à la lassitude, et des scènes de violence qui parviennent à peine à divertir et à choquer. On ressort avec l’impression d’avoir vu une vaine provocation de surface dépourvue de substance. En voulant délivrer à la fois un message et un spectacle sanglant, "Meat Kills" échoue sur les deux tableaux. Ni assez intelligent pour devenir un pamphlet corrosif, ni assez radical pour être un divertissement de terreur efficace, il s’enlise dans une neutralité filmique regrettable, seulement regardable, et facilement oubliable. Un film frustrant, aussi propre qu’il aurait dû être sale, et aussi fade qu’il aurait dû être furieux.