Mary Fleureau

Mary Fleureau

Et encore une autrice kidnappée par Stéphane afin qu'elle réponde à toutes ses questions !! La pauvre Mary Fleureau a-t-elle survécu à cette pression ? Apparemment oui...

* Coucou Mary. Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Hello Stéphane, hello les lecteurs d'horreur.com ! Enchantée, moi c'est Mary Fleureau, autrice indépendante composée à 90% de café, de frissons et d'émotions fortes.

Je suis née au milieu de séries comme Buffy contre les Vampires, de slashers comme Souviens toi l'Été Dernier et des livres Chairs de Poule.

Je passe une moitié de l'année en tant qu'horticultrice à être toujours dehors, en pleine nature et à travailler au milieu des plantes ; l'autre moitié à écrire des histoires d'épouvante. On rajoute par-dessus tout ça de belles questions existentielles sur la vie et les hommes avec mon bagage d'études en philosophie, et mes weekend passés en forêt avec ma chienne, et on a déjà un tableau plutôt complet 😆

* Quand et qu’est-ce qui t’a décidé de franchir le cap de l’écriture et de devenir autrice ?

Ah, j'aime bien raconter cette histoire. La vérité, c'est que j'écris depuis toute petite (mes premières histoires étaient des fanfictions Zelda, voilà pour le fun fact !) Mais même si je disais à tout le monde que je voulais devenir "écrivaine", il y avait toujours cette petite voix qui me disait que ce n'était pas un vrai métier.

Cependant j'ai eu la chance d'avoir des parents qui m'ont toujours soutenue dans ma passion et qui ont lu toutes les histoires que j'ai pu écrire adolescente. 

Et puis, soudain, la santé de mon papa se dégrade. Je lui avais promis alors de publier mes histoires, et c'est ce que j'ai fait. J'ai commencé à écrire mon premier roman, L'Autre Côté, juste après son décès, et je l'ai publié quelques années plus tard en lui dédiant le roman. 

Et c'est à la suite de ce premier roman décisif et de cette promesse tenue que j'ai choppé le virus ! Aujourd'hui, je suis réellement animée par le fait de partager mes histoires. C'est ce qui me fait vibrer.

* Pourquoi avoir choisi le domaine du thriller et de l’horreur ?

Aaaah ! Alors j'ai aussi une petite histoire à ce propos. Déjà, de base, j'ai toujours bien aimé ce milieu, et on a toujours été plutôt fan de thriller et d'horreur dans ma famille. Entre les Stephen King qui s'empilaient sur la table de chevet de ma mère et les décorations de la maison, disons que c'était un peu toujours Halloween chez nous ! 

J'ai donc, de base, une familiarité avec l'épouvante. Mais le déclic et vraiment le moment où je suis "tombée dedans", c'est un moment, précis, dont je me souviens très très bien. C'était lorsque j'étais animatrice, pendant mes études. Je m'occupais donc d'un groupe de pré-adolescent, tu sais, cet âge où on aime bien tester ses limites, où on commence à se faire un peu peur, où on se montre courageux… et donc ces gamins m'avaient demandé de leur raconter une histoire d'horreur.
Vraiment, je souris en me remémorant cette histoire. Donc je les installe en cercle autour de moi, on baisse les lumières, ambiance tamisée. Je me lance dans mon histoire.

Au début, ils faisaient les fiers, garçons comme filles. Même pas peur. 
Mais, au fur et à mesure du récit, au fur et à mesure qu'ils s'impliquaient dans l'histoire, je les ai vu. Inconsciemment, ils se rapprochaient les uns des autres. Le cercle se resserrait, au point où les genoux se frôlaient, au point où certaines copines se tenaient la main. 

Et c'est en les voyant se rapprocher les uns des autres, sans même s'en rendre compte, que je me suis dit c'est ça. C'est ça que je veux faire de ma vie → reconnecter les gens, aux autres, à leurs émotions, à travers la peur.

* Question rituelle : dans le domaine du cinéma fantastique et horrifique, aurais-tu un petit TOP 5 à nous proposer et pourquoi ces choix ?

Mon top 5 de films d'horreur ? Alors en vrai, je crois que j'hésite à peine. Direct, je te donne : (l'ordre ne veut rien dire)
"Dans le Noir" (Lights Out), David F. Sandberg (2016)
"Le Secret des Marrowbone", Sergio G. Sanchez (2017)
– "The Haunting of Hill House", Mike Flanagan  (2018)
"The Mirror", Mike Flanagan (2013)
"La Dernière Maison sur la Gauche 2009", Dennis Illiadis (2009)

Mentions honorables tout de même : "Sermons de minuit" (Mike Flanagan, again), "Insidious", "Rec" (qui m'a fait découvrir le found footage !), "Sinister", "Hérédité" bien sûr… 

Mais ce qu'on peut remarquer dans ces histoires que j'aime au point où elles sont des comfort movies / series pour certaines, c'est que le focus de l'intrigue est placé sur les personnages et leurs relations familiales = fratrie, parents/enfants… et c'est vraiment aussi ça qui est le moteur de mes propres histoires d'horreur, complètement character-driven.

* Idem, au niveau de la littérature (tous genres confondus), quels sont tes auteurs préférés et tes livres préférés ?

C'est le moment où je cuisine un petit mélange rigolo. Direct, mes deux auteurs préférés sont un homme et une femme : Stephen King, classique, et Lucy Maud Montgomery (Anne aux Pignons Verts), dont la plume délicate et poétique se rapproche de mon genre préféré (qui n'est pas l'horreur en top 1 !) le "Nature Writing".
Mon idéal d'écriture, ce serait d'être le parfait enfant de ces deux auteurs. Mélanger les messages d'espoir, d'ode à la vie, de poésie, de beauté pure de Lucy Maud Montgomery et ce don qu'a Stephen King pour montrer cette part d'ombre et de mal qui guette à tout instant, toujours avec une plume simple. 

* As-tu une manie, un rituel, quand tu te mets à écrire ? (ambiance, musique, autre…)

Je me fais couler un café ! (Peu importe l'heure…) Non seulement je suis réellement accro, mais en plus, j'aime à penser que toutes les choses sérieuses doivent être discutées autour d'un café. Et l'écriture est une chose sérieuse, n'est-ce pas ? 

* En 2022, tu publies ton premier roman, L’Autre Côté. Tu peux nous en parler ?

Bien sûr ! Pour te donner une idée un peu du genre, imagine un mélange d’Hannibal et de Simetierre, réalisé par Mike Flannagan.

L'histoire se passe à Boscmort, dans les Alpes. Des gens disparaissent mystérieusement et la police de proximité ne retrouve que leurs cadavres dévorés par une sorte d'animal. La panique monte vite au fur et à mesure que les morts s’accumulent, jusqu'au moment où la population organise des battues pour traquer et éliminer “la Bête”. 

Will, ancien commissaire, qui vit désormais reclus avec sa culpabilité, aurait laissé cette histoire comme tant d'autres se dérouler sans lui. Sauf que sa fille disparaît à son tour. Will n'a alors d'autre choix que de sortir de son isolement pour affronter ses démons et retrouver sa fille avant qu'il ne soit trop tard. Mais dans sa course contre la montre, il découvre que la bête qu’il poursuit lui est étrangement familière.

* Je suppose qu’on ressent une certaine appréhension, un certain stress quand on publie un premier roman. On se demande s’il va être bien reçu de la part des lecteurs. Alors, ça a donné quoi pour L’Autre Côté ? Heureuse ?

Comme je le disais, L'Autre Côté est parti quand même d'un moment pas facile dans ma vie, la perte de mon papa, et il s'agissait avant tout d'une promesse, donc pour dire les choses de façon 100% transparente, je m'en fichais un peu que le roman fonctionne ou non ! 😆 
Par contre, je ne m'attendais pas à ce qu'il marche "autant". Le fait que des lecteurs aient pris le temps de me dire que l'histoire les avait touchés, qu'ils avaient ressenti pleins d'émotions, ça a provoqué un feu d'artifice dans ma poitrine. J'aime profondément ce roman pour avoir été mon premier, le début d'une belle histoire.

* En 2024, tu fais ton retour littéraire avec Le Dernier Palier, qui semble plaire énormément aux lecteurs d’après les quelques avis que j’ai lu. Tu nous le présente ?

Avec plaisir ! On est cette fois-ci dans l'été 98. Cinq meilleures amies, semi-professionnelles de plongée, partent explorer les eaux profondes d'Australie pour fêter leur fin d'étude.
Ces vacances devaient être le voyage de tous les rêves, celui qui réparerait d’anciennes blessures et renforcerait leur amitié, à base de soirées sur la plage, d'eau turquoise et de piña coladas.
À l’aube de la plongée, tout est prêt. Les filles se promettent de se retrouver dans quelques heures, puis plongent toutes les cinq dans les profondeurs.
Sauf que l'une d'elle ne remontera pas à la surface.
Et que cette tragédie n'est que le début du cauchemar qui attend celles qui restent.

* Qu’est-ce qui t’a plu dans le fait d’écrire un « slasher » ? C’est un genre que tu affectionnes au niveau du cinéma de genre ?

Les slashers d'été sont des comfort movies ☀️ En fait, ce que j'adore particulièrement avec ces genres, c'est vraiment (je reviens vraiment toujours à mes valeurs piliers haha) le groupe : les slashers ont vraiment mis en avant ce groupe très archétypé avec le quaterback, la bimbo, le nerd, la final girl etc, et j'adore reprendre ces archétypes à ma sauce pour décrire un peu plus finement quelques traits de personnalités, les relations intrinsèques entre les personnages (ah, les fameux "amis pour la vie !") ou des problématiques plus modernes.
Ce qui est important, aussi, c'est vraiment cette dimension "teenage-movie". La plupart des personnages des slashers sont des jeunes, et j'avais besoin d'écrire et de faire un peu d'introspection sur ces questions qu'on se pose tous en devenant adulte : qu'est-ce que je veux faire de ma vie, la responsabilité & le besoin de liberté en même temps, mes valeurs… 

* Après quelques recherches, car je n’ai (pas encore) lu un de tes romans, il semble que tu attaches beaucoup d’importance au développement de tes personnages. C’est quelque chose qui compte beaucoup pour toi, de leur donner une vraie épaisseur ?

Oui oui et re-oui. Dans le pseudo jargon littéraire et scénaristique, on parle d'histoires "character-driven" ou "plot-driven". Pour faire court et simple, j'affirme qu'une histoire est meilleure avec une mauvaise intrigue (scénario plat, déjà vu…) mais de bons personnages ; qu'une histoire à l'intrigue de zinzin et aux plot-twist super originaux mais avec des personnages sans saveur, coquilles archétypales. 
Évidemment, l'idéal est quand même d'avoir les deux 😅 
Mais le fond reste là : mon but est de créer des histoires qui connectent les lecteurs par empathie à leurs émotions, aux autres, mais aussi à eux-mêmes. Et ça, ça passe forcément par les personnages. 

* Est-ce que tu as des tabous ou des sujets que tu t’interdirais d’écrire au sein d’un de tes livres parce que trop choquants ou tu ne t’imposerais aucune limite si l’histoire demande d’aller très loin dans la violence par exemple ?

Tout de suite, j'aurais tendance à te répondre la violence sur les animaux, et la violence sur les enfants. Après, je ne considère pas non plus que ces éléments devraient bénéficier d'un bouclier scénaristique en toute circonstance. Mais pour moi on peut vite tomber dans une sorte de violence à la limite de la perversion en torturant ou en s'attardant plus longtemps que nécessaire dans la violence sur ces personnages, parce qu'ils sont innocents dans l'inconscient commun je suppose, ou en tout cas ils n'ont pas les mêmes moyens de défense qu'un personnage adulte.

Après, de manière générale, je ne donne pas dans le gore. Je dis souvent que j'écris du "cozy-horror" : j'écris une épouvante davantage psychologique et très symbolique. Toujours, l'élément horrifique de mes histoires est une personnification d'un élément dysfonctionnel pour les personnages. Dans l'Autre Côté, c'est le deuil. Dans le Dernier Palier, c'est la trahison. Et quelque part… j'ose dire que cette épouvante plus "soft" peut être plus délicate à installer. Je ne peux pas me reposer sur des effusions de tripes et boyaux et des scènes de torture de dix pages pour effrayer mon lecteur. Je dois l'attraper par autre chose : les personnages.

* Tu es venue au Frisson Festival, comment s’est passé ce week-end et la rencontre avec tes lecteurs ? Tu apprécies de participer à des salons littéraires ?

Le Frissons Festival est une sacrée expérience ! Déjà, encore merci à toute l'équipe organisatrice de m'avoir invitée, à la première et à la seconde édition. Ce qu'il faut savoir, c'est que le FF était et est le tout premier salon de ma vie : j'étais tellement surexcitée et stressée que je ne tenais plus en place.
Et ça a été une expérience extraordinaire, pour l'ambiance, à la limite des colos de vacances, et surtout pour les rencontres : moi dont le but d'écriture est la connexion, participer à ce salon m'a permise de connecter à la fois avec des collègues auteurs, dont certains sont devenus depuis des potes, et de connecter avec mes lecteurs, et ça, ça n'a vraiment pas de prix. C'est vraiment… vraiment inspirant.

* J’ai vu que tu aimes fortement le genre de la « folk horror », ces histoires se déroulant souvent en campagne et dans lesquelles des croyances antiques à base de sorcellerie refont surface. Qu’est-ce qui te plait dans ce genre, quels sont tes films favoris de Folk Horror et aimerais-tu écrire un roman de Folk Horror ?

J'ai vécu ça, voilà pourquoi 😆 Plus sérieusement, ce que j'aime réellement dans le Folk Horror, c'est cette confrontation qu'il y a entre l'urbanisme et la campagne. Dans le Folk Horror, souvent, on a un protagoniste qui "vient de la ville" et qui fait la rencontre d'une ruralité à la fois fantasmée (nature environnante, liberté, simplicité…) et en même temps sous-estimée et incomprise (autres croyances, tradition plus ancrée, entre-soi rural très en rejet justement de ces "citadins" et des "pas d'ici", secrets de famille sur plusieurs générations…) J'ai vécu cette confrontation dans mon expérience personnelle, j'y suis donc attachée.  

Mes films préférés de Folk Horror… "Délivrance", ça compte ? 😆🪕 Sinon, je dirais le classique "The Wicker man". J'ai également bien aimé "The Ritual", mais je n'ai pas forcément été convaincue par "Midsommar". Et sinon, "Simetierre", en vrai, partage pas mal d'éléments de folk horror, et j'adore !

Quant à savoir si j'aimerai écrire du folk horror spécifiquement… OH QUE OUI. J'écris déjà une nature omniprésente, et des huis-clos. Manque plus qu'à trouver les bons personnages, installer des croyances locales, trouver un prétexte pour coincer les protagonistes dans un environnement qu'ils ne connaissent pas… et let's go. J'attends juste l'étincelle. Mais encore une fois, le folk horror, dans cet aspect de confrontation entre le monde rural et le monde "moderne", est un excellent prétexte pour me permettre d'écrire des relations humaines complexes, des points de vue divergents et des personnages en nuances de gris, et ça : j'adore.

* On associe souvent le fantastique et l’horreur au cinéma à des personnalités masculines (il y a peu de réalisatrices quand les réalisateurs pullulent). As-tu ressenti des difficultés en tant que femme, en tant qu’autrice, à te faire une place dans ce milieu au sein du domaine littéraire ?

Alors il est vrai qu'on a beaucoup moins de réalisatrices que de réalisateurs, mais ça c'est à cause de toutes les causes qu'on connaît : plafond de verre, difficultés de se faire une place dans un réseau fermé et très masculin, idées reçues… 
MAIS ! Je trouve toujours ça rigolo de rappeler qu'on doit beaucoup d'éléments fondateurs des œuvres de fiction horrifiques à des autrices : Ann Radcliff, Mary Shelley ou Charlotte Riddell pour ne citer qu'elles ont été des figures pionnières du genre gothique. Et aujourd'hui, j'ai l'impression qu'une grande fenêtre s'ouvre sur les femmes autrices d'horreur (Daphné de Maurier, Shirley Jackson, Susan Hill, Mariana Enriquez…) et ceci est aussi en partie grâce au développement de la publication indépendante et numérique ! 
Donc non : je n'ai pas l'impression d'avoir plus de difficultés à "faire ma place" dans le milieu à cause de mon genre. Dans l'édition indépendante, j'aurais tendance à dire que la difficulté vient davantage des moyens économiques, du réseautage, de si on est issue d'une minorité éthnique, de l'audience… (après, je ne suis pas experte !)

* Travailles-tu sur un prochain roman ? Et si oui, on peut avoir quelques infos en exclusivité, sans trop en dévoiler bien sûr ?

Ouuuh, ça demande des exclus… ? 😏 Ok, très bien ! Roman 3 (appelons-le comme ça) est une histoire d'horreur qui se déroule… à Noël ! Je retourne un petit peu de mon côté coup de coeur, plus psychologique. On sera sur un huis-clos avec une horreur qui s'installe crescendo, dans des vibes à la "The Mist" ou "Silent Hill". Et je suis : ultra excitée par ce projet ♥

* Que peut-on te souhaiter pour le futur ?

Santé, prospérité et tout le tralala ? En vrai, c'est tout bête mais j'essaye vraiment de rester focus sur l'essentiel. Donc si on devait me souhaiter quelque chose, je dirais de m'épanouir dans ma passion, de choyer mon foyer… et de pouvoir continuer de connecter avec mes lecteurs. Parce que sans lecteurs, pas d'écrivain ! (et sans café non plus, faites que je n'en manque jamais, svp ! ♥)

MERCI A MARY FLEUREAU POUR SA DISPONIBILITÉ

- La page FB de Mary : https://www.facebook.com/maryfleureau?locale=ms_MY
- L'Instagram de Mary : https://www.instagram.com/maryfleureau/
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- Le site Web de Mary : https://www.maryfleureau.com/

Stéphane Erbisti