Affiche française
Fatal Games | Heathers | 1989
Affiche originale
Fatal Games | Heathers | 1989
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Fatal Games

Heathers

Veronica Sawyer est une jeune fille qui a voulu faire partie de la bande des Heathers au pluriel, à savoir trois pestes du lycée se prénommant Heather et qui, grâce à leur énorme popularité, font régner la loi dans l'établissement, n'ayant aucune considération pour les élèves qui ne rentrent pas dans leur univers codifié. Mais Veronica n'apprécie pas vraiment le comportement de ses nouvelles amies. Elle se lie alors avec J.D., Jason Dean, un jeune rebelle au charme ténébreux, qui lui propose de l’aider à se débarrasser des Heathers et de ceux qui créent une mauvaise ambiance dans le lycée. Ce qui au départ ne ressemblait qu'à une mauvaise farce se transforme rapidement en un petit jeu de massacre, dans lequel Veronica et J.D. vont maquiller les morts qu’ils provoquent en suicide...

Fatal Games | Heathers | 1989

L'AVIS :

Alors la genèse de Heathers est assez amusante : le scénariste Daniel Waters aime beaucoup les films sur l'adolescence des années 80 réalisés par John Hughes, à l'image de Seize bougies pour Sam, Breakfast Club, Une créature de rêve ou La Folle journée de Ferris Bueller par exemple. Sauf que la vision assez angélique de la vie adolescente présentée par Hughes, dans laquelle les ados sont des héros malgré leur faille, ne correspond pas à la vision du scénariste. Il décide alors de rédiger un scénario plus noir, plus sombre, plus satirique, qui représente mieux la difficulté des fameuses années lycée. A l'arrivée, il pond un script de 250 pages et décide que le seul qui puisse le mettre en image sera... Stanley Kubrick ! Sûr de lui, alors qu'il s'agit de son premier scénario, Daniel Waters attend patiemment que Kubrick le contact, tout en envoyant son scénario à différents studios, qui trouvent tous son histoire géniale mais qui refusent tous de le produire vu le sujet ! La firme New World Pictures se montre intéressée mais demande à ce que le final, trop nihiliste, qui voyait Veronica se suicider en faisant exploser son lycée et tous les étudiants à l'intérieur soit modifié. Le scénario se retrouve dans les mains d'un jeune étudiant en cinéma, Michael Lehmann, qui vient de terminer un premier court-métrage. Il adore l'histoire et contact Waters pour lui dire qu'il est partant pour le réaliser. Mais ce dernier lui dit qu'il attend un appel de Kubrick, appel qui ne viendra évidemment jamais. Le scénariste débutant accepte donc la proposition de Michael Lehmann et la productrice Denise di Novi se charge de monter le film pour la New World Pictures, avec les modifications demandées. Le réalisateur raccourci également le script, sans quoi le film aurait duré 3H.

Le casting se montre également très compliqué puisque les agents de divers acteurs, dont Heather Graham et Jennifer Connelly refuse que leur protégée ne participe à un film traitant du suicide adolescent. Au final, c'est Winona Ryder, qui vient de connaître le succès avec Beetlejuice, qui est retenue pour interpréter Veronica et ce, malgré les fortes réticences de son agent qui pense que l'actrice va dynamiter sa carrière avec ce film. Et c'est Christian Slater, repéré grâce à son rôle dans Le Nom de la Rose, qui est choisit pour jouer Jason "J.D." Dean. A noter que Brad Pitt a tenté d'avoir le rôle. Pour les personnages des trois Heathers, on trouve Kim Walker qui joue Heather Chandler, la chef de la bande, Shannen Doherty qui joue Heather Duke et Lisanne Falk qui joue Heather McNamara. Voulant prendre le contre-pied des teen movies de John Hughes, Heathers, rebaptisé en Fatal Games pour sa sortie française le 31 juillet 1991, va donc nous présenter la face sombre des adolescents, à travers les 3 Heathers tout d'abord.

Trois grandes pestes donc, qui tyrannisent tous les lycéens qu'elles trouvent hors normes, comme les geeks, les intellos, les branleurs ou qui ne répondent pas à leur critères esthétiques, comme Martha qui a un problème de surpoids. Brimades, moqueries ou ignorance pure et dure, les Heathers ne supportent personne et se sentent intouchables, étant très populaires auprès des garçons, notamment les sportifs, qui abusent d'elles sans qu'elles y trouvent vraiment à redire. Un constat peu glorieux en réalité fait par le scénario de Daniel Waters et qui met bien en avant les problématiques de harcèlement scolaire, de dérives sexuelles, transformant donc les gentils ados de John Hughes en personnages antipathiques, sûrement plus proches de la réalité en effet, les années lycée étant parfois durement vécues par certains élèves subissant ce type de traitements irrespectueux.

On se demande pourquoi une gentille fille comme Veronica a voulu rejoindre ce trio diabolique, puisqu'elle ne semble pas du tout adhérer à leur attitude toxique envers les autres. Superbement joué par une Winona Ryder totalement craquante, Veronica va devenir le personnage principal de l'histoire. Mais un personnage qui possède aussi une dualité, qui n'est pas blanc ou noir mais gris. Dépassée par les actions de ses trois fausses amies, Veronica va succomber au charme de J.D., le rebelle du lycée. Un jeune homme qui prône le chaos, l'anarchie et veut mettre fin à la domination des Heathers.

Et c'est là que l'aspect satirique du film prend son envol. Sur un sujet grave, à savoir le suicide des adolescents, Heathers bifurque lentement sur la vraie thématique du film, à savoir le comportement des gens, des médias vis à vis du phénomène du suicide adolescent. L'humour, forcément très noir, va contaminer les deux personnages principaux, sorte de futur Bonnie & Clyde en devenir, du moins dans un premier temps. L'imagination de J.D. pour se débarrasser des pestes semblent au départ assez bon enfant, à base de blague de mauvais garnement, comme vouloir faire ingurgiter à la chef du trio infernal un liquide pour déboucher les canalisations. Bon, dis comme ça, ce n'est évidemment pas très drôle, Winona préférant lui servir un mélange de jus d'orange et de lait pour la faire vomir. Mais une erreur de tasse fait que la malheureuse victime ingurgite bel et bien le liquide agressif et tombe sur une table basse en verre, raide morte. Commence alors un jeu dangereux pour les deux protagonistes, qui, sur l'idée de J.D., vont transformer cette mort accidentelle en suicide réfléchi, histoire d'échapper à la prison. Un suicide qui sera sur toutes les lèvres, comme dans cette réunion entre proviseur et professeurs, le proviseur étant alarmé que ce soit la fille la plus populaire qui se soit suicidée, puisqu'il va devoir accordé une journée de deuil au lieu de quelques heures si ça avait été un élève lambda. Le propos et les dialogues sont assez acides et provoquent souvent des sourires jaunes chez le spectateur, tout au long du film, car il faut reconnaître que la plupart des répliques font mouches. Des dialogues qui se juxtaposent à des situations souvent cyniques et cruelles, ce qui fait tout le sel du film de Michael Lehmann, qui va donc à l'encontre total du facteur empathie disséminé dans les films de John Hughes.

Là où le scénario de Daniel Waters frappe juste, c'est justement en structurant le lycée comme une entité non protectrice de ses élèves : c'est un lieu totalitaire, dirigé par des chefs qui écrasent les castes inférieurs et où la popularité est une question de vie ou de mort sociale, ce qu'a tout à fait compris Veronica en se rapprochant des Heathers. La critique est d'autant plus explosive que le meurtre déguisé d'Heather Chandler provoque chez les lycéens une empathie envers celle qui les terrorisait jusque là. Une professeure de lettres, Miss Fleming, va organiser des séances de thérapie de groupe pathétiques à la télévision locale, poussant les élèves à exprimer leur douleur face caméra. Le suicide est traité comme l'accessoire social ultime. Une réplique culte d'une élève résume parfaitement cela : "Heather Chandler n'est morte que depuis une semaine et déjà, tout le monde prétend qu'elle était sa meilleure amie. Si j'avais su que le suicide rendait si populaire, je l'aurais fait depuis longtemps." Et par la même occasion, le film met le doigt sur le fait que lorsqu'un trôné se libère, un autre dictateur ne tarde pas à prendre la relève. Ici, c'est une seconde Heather qui va venir s'attribuer le nouveau pouvoir. Le Mal a de nombreux visages, on le sait depuis longtemps.

L'humour noir étant la force du film, il va continuer à se développer de manière exponentielle, enchaînant avec la mort de deux joueurs de foot ultra-macho, qui vont devenir la cible de Veronica et J.D. qui, pour se dédouaner, vont faire passer ce nouveau meurtre en suicide de la part de deux homosexuels ne pouvant révéler la vérité. La scène des funérailles est d'une méchanceté assez intense, notamment avec le père d'une victime qui proclame : "Mon fils était un homosexuel ! Je n'aimais pas ce qu'il était, mais je l'aimais, lui !" alors que tout le monde comprend bien que si son fils était encore vivant, il n'accepterait pas cette fausse homosexualité. C'est une scène d'une ironie féroce car le père devient tolérant uniquement parce qu'il croit que son fils s'est suicidé par amour, alors qu'en réalité, son fils était un harceleur violent et profondément intolérant de son vivant.

La trajectoire de Veronica est très intéressante car elle comprend assez rapidement que derrière son sourire enjôleur, son petit ami J.D. est en fait un véritable sociopathe. Si Veronica est au départ coupable de complicité par pur opportunisme, choisissant le camp des bourreaux car il offre une protection, elle effectue une vraie prise de conscience morale, rejetant le comportement inquiétant de J.D., tout comme elle a réussi à s'extraire du groupe des Heathers, quitte à devenir elle-même la cible du trio. Mais le cas le plus intrigant du film reste celui de J.D. Un personnage qui, en 1989, est un véritable précurseur des futures tueries de masse en établissement scolaire. J.D. représente le nihilisme absolu, le chaos total. Il justifie sa violence par une posture philosophique : la société est corrompue, le lycée est le reflet de cette corruption, donc détruire le lycée, c'est purifier le monde. Son plan ultime fait froid dans le dos et renvoie à des tragédies comme Columbine en 1999.

Au final, Heathers est une satire féroce et réussie sur le milieu lycéen, bien moins rose que dans les films de John Hughes. Le film réussit à nous faire sourire face à des situations qui ne devraient pas porter à rire. Il ne se moque jamais du suicide mais pointe le doigt sur la récupération médiatique qui en découle. La séquence finale entre Veronica et JD est particulièrement réussie car elle est le miroir d'une séquence vue auparavant, quand Veronica, comme pour se réveiller d'un cauchemar, se brûle la main avec l'allume-cigare de sa voiture. Plutôt que de la secourir, J.D. lui prend la main et allume sa cigarette via sa brûlure. Son côté pervers narcissique qui jouit de la douleur des autres et de sa propre petite amie était déjà là sous nos yeux. Et la scène finale inverse les rôles avec une réelle jubilation, vous verrez ça par vous-mêmes !

Fatal Games | Heathers | 1989
Fatal Games | Heathers | 1989

* Disponible en Mediabook chez CAMEFLEX
Un produit de grande qualité, déjà rien que le visuel a bénéficié d’une couche de vernis par rapport au fond et ça le fait vraiment bien ressortir. On a un chouette livret sur papier glacé avec un interview du réalisateur et pleins de belles photos. On a donc le film en 4K et en BR, avec des tas de bonus, des bonus pour correspondent à ce qu’un acheteur est en droit d’attendre, à savoir commentaire audio du real, du scénariste et de la productrice, le premier court-métrage de Michael Lehmann, plusieurs entretiens avec ce dernier, un autre avec le scénariste, on a un module sur la direction artistique du film, un entretien avec Lisanne Falk, une analyse du film par deux journalistes et j’en passe, bref, c’est du costaud ici. Cerise sur le gâteau, on a un second bluray qui nous propose une captation de la comédie musicale, avec making off et interviews de l’équipe en plus. N’en jetez plus, la coupe est pleine ! Donc une entrée dans le monde de l’édition qui se fait en grande pompe pour Caméflex, qui a aussi sorti Zodiac Killer Project, une sorte de documentaire sur un projet avorté, la mise en chantier d’un film racontant la véritable traque d’un policier qui voulait attraper le Zodiaque. Ne pouvant réaliser ce film, le réalisateur a donc conçu ce documentaire racontant ce projet non abouti et qui décortique les rouages du genre du True Crime.
https://www.cameflex-boutique.com/shop/heathers-uhd-br-36

Bande-annonce
Note
4
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Stéphane Erbisti