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Accident domestique | Mesita del comedor - La | 2022
Affiche originale
Accident domestique | Mesita del comedor - La | 2022
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Accident domestique

Mesita del comedor - La

Jesus et Maria viennent d’avoir un bébé et ont emménagé tout dernièrement dans l’appartement de la défunte Grand-Mère qu’ils envisagent tous deux de retaper pour y passer du bon temps en famille.
Mais voilà, après avoir acheté une table de salle à manger dans un magasin de mobilier contre l’avis de sa femme qui trouvait cette dernière bien vilaine, Jesus s’aperçoit qu’il manque une vis pour finir de monter sa précieuse table. Une table qui va donner bien des soucis à notre malheureux homme qui est loin de s’imaginer la salle soirée qu’il va passer…

Accident domestique | Mesita del comedor - La | 2022

L'AVIS:

"Accident domestique" est un film qui vous dit peut-être rien et pourtant ce long-métrage espagnol sorti en 2022 a fait de nombreux festivals européens (Hors-Compétition au PIFFF, Compétition Longs-Métrages aux Hallucinations Collectives, Nomination au Grimmfest…) mais a surtout reçu plusieurs récompenses dont celles-ci : le White Raven au BIFFF, le Prix du Public au Festival du Film d’Horreur et Fantastique de San Sebastian et le Grand Prix Crossovers au FEFFS, sans oublier le Prix du Public au Macabro (Mexico) si on sort de l’Europe le temps d’un festival.

Etonnante moisson pour un film dont le titre original espagnol ("La mesita del comedor") signifie tout de même « La table de la salle à manger » !
Retour sur ce petit phénomène de festival.

Après plusieurs courts-métrages, un certain Caye Casas décida de réaliser en 2017 son premier long-métrage (avec un certain Albert Pinto) intitulé "Matar a dios". Cette comédie noire fut primée dans plusieurs festivals (bien que presque invisible dans son pays natal) et poussa notre cinéaste espagnol à récidiver (en solo cette fois-ci) avec une seconde œuvre d’humour noire en 2022, le fameux "La mesita del comedor" dont il est question ici. Et rebelote : même carrière et même destin pour ce second long-métrage qui fut récompensé dans plusieurs festivals où il fut sélectionné mais sans vraiment rayonner dans les foyers espagnols (malgré un joli Prix du Public à San Sebastian comme nous l’avions dit précédemment).

Nous sommes ici face un film de genre certes mais bien plus axé tragédie/drame avec une belle pincée de psychologie. Pas de diable, de fantôme, de loup-garou, de monstre et autres squelettes, la peur ici vient de notre vie de tous les jours, celle que l’on vit au quotidien. Les épreuves que la vie nous impose, ce parcours parfois semé d’embûches qui se dresse face à nous avec des drames familiaux, des maladies… Cette peur qui nous est la plus proche, intimement, et non celle qui nous est procurée par nos cauchemars, par des légendes ou encore par des contes.

Le « destin », le « karma » : des mots qui reviennent à notre esprit mais également de la bouche de Maria, la femme de Jesus. Et le destin est parfois tragique, le karma peut être cruel et marquer un tournant des plus dramatiques dans une vie.
Car ici, tout part d’une malheureuse table en verre achetée dans un magasin de mobilier. Une table que Maria trouve laide mais que Jesus veut impérativement acquérir, ne serait-ce que pour camper sur sa position, lui qui semble ne jamais avoir le dernier mot dans ce couple de nouveaux parents. Et au moment du montage de la table, catastrophe : une vis s’avère absente bien que notifiée dans la notice et empêche de profiter de ce nouveau mobilier pour lequel Jesus a tant bataillé auprès de sa femme dans le magasin. Une sorte de punition infligée à notre pauvre Jesus qui a osé résister à sa femme et dépenser l’argent du foyer dans cette horreur visuelle qui ne colle pas du tout avec la décoration de l’appartement.
Et quel karma ! Une vraie tragédie pour notre foyer qui jusque-là baignait dans le bonheur après la naissance de leur fils, tant désiré après deux années d’attente.

"Accident domestique" (un titre français bien plus explicite finalement, bien que nous préférions peut-être le titre original plus énigmatique et original) nous plonge dans un huis-clos tourné dans un vieil appartement dont on ne semble pas pouvoir s’échapper : Jesus doit surmonter cette épreuve qui vient de se dresser face à lui, faire face à la réalité la plus douloureuse qui soit. Et comment cacher plus longtemps un si terrible secret dans ce si petit appartement où toute cachette est vaine, toute esquive perdue d’avance ? Comment échapper à toutes les interrogations de sa femme qui est loin d’imaginer la terrifiante nouvelle ? Comment se dépêtrer de cette situation abominable ? Comment fuir toutes ces questions qui l’embarrassent au plus haut point et lui rappellent le tragique évènement survenu quelques dizaines de minutes auparavant et dont lui seul est informé ?

Aucune issue heureuse ne semble possible dans notre histoire pour le malheureux père de famille et nous attendons, nous spectateurs, comment tout cela va bien pouvoir se terminer.
Une longue et sinueuse descente aux Enfers attend Jesus, secoué par ce terrible évènement irréparable. Tremblotant, atteint de visions et de pensées sombres, pris de sueurs excessives et de grimaces synonymes d’un mal-être pourtant peu habituel chez lui, Jesus garde ce terrible secret en lui, ne le partageant qu’avec le spectateur qui vit à ses côtés ses longues minutes et ses longues heures durant lesquelles il est sans arrêt confronté à son chagrin (on retourne le couteau dans la plaie à de nombreuses reprises par le biais de petites phrases assassines, de mauvais jeux de mots…).
David Pareja est excellent dans ce rôle dramatique qu’il joue à la perfection, perdu dans ses pensées, totalement envahi d’un mutisme à toute épreuve et arborant à bien des moments un regard absent (comme lors de ce passage où son frère lui annonce qu’il va être papa sans que cela ne le fasse réagir d’une quelconque façon, absorbé par ses démons), prêt à tomber dans les pommes d’un moment à l’autre.

Comme si cette peine inconsolable ne suffisait pas et qu’il fallait encore plus parachuter Jesus dans une souffrance des plus atroces, Caye Casas confronte son personnage principal à d’autres individus (un vendeur véreux envahissant, une jeune adolescente qui veut mettre à jour des penchants pédophiliques chez Jesus, un frère qui baigne dans le bonheur avec la future mère de son enfant...) qui n’ont de cesse que de l’énerver, le mettre mal à l’aise, bref compliquer cette situation déjà insurmontable.

Et justement c’est peut-être là que "Accident domestique" peut décevoir quelque peu. En effet, l’attente est longue, très longue par moments. Certains dialogues sonnent creux ou paraissent tellement répétitifs (on retiendra le fou-rire de Maria qui n’en finit plus, l’introduction avec le vendeur de mobilier qui s’éternise…) que l’on attend impatiemment un rebondissement, une péripétie bienvenue. Mais non. Tout tourne finalement autour du personnage de Jesus, mal en point et en train de littéralement mourir de l’intérieur. Nous sommes dans un drame psychologique et non pas dans un film social/satirique à la Alex de la Iglesia, pour ne citer que l’un des maestros du paysage fantastique espagnol qui nous balance souvent de l’humour noir à gogo avec son gros lot de péripéties bienvenues qui nous tiennent en haleine du début à la fin. Ici c’est tout le contraire : nous sommes dans une tragédie teintée d’humour noir (et d’absurde) mais qui ne cherche en aucun cas à briller par des rebondissements tirés par les cheveux, le réalisme l’emportant sur tout le reste, histoire de nous faire comprendre qu’une vie à priori normale/banale peut rapidement basculer dans l’horreur en quelques minutes voire quelques secondes.

Et là où le film devient également intéressant c’est dans les émotions qu’il fait ressortir en chacun de nous. Certains passages réellement tragiques devraient nous faire frissonner, nous faire ressentir un certain malaise (que nous n’aimerions pas être dans la peau de Jesus bon sang !) mais étonnamment les dialogues distillés quelques secondes après ou encore les situations amusantes qui succèdent soudainement nous poussent à sourire, voire à rigoler. Nous nous surprenons à rire devant des moments tragiques : c’est perturbant quand on y pense !

Alors oui "Accident domestique" réussit le pari de nous peindre une descente aux Enfers réaliste et prenante, grâce notamment à un David Pareja remarquable, et ce malgré cette petite déception toutefois de ne pas avoir eu droit à une seconde partie partant dans un délire à la Alex de la Iglesia avec ces quelques personnages satellites qui gravitent autour de Jesus et auraient tout simplement pu le rendre totalement dingue par exemple.
L’impression qu’il manque un petit quelque chose mais c’est un parti pris pour Caye Casas qui souhaitait rester dans quelque chose de réaliste et sérieux (quoique la scène finale du chien qui trouve LE truc qui aurait dû rester caché le plus longtemps possible fait son petit effet…).

Comme quoi l’horreur peut provenir parfois d’un tout petit rien. Très rapidement une vie peut s’écrouler autour de soi, il suffit parfois d’une simple vis manquante qui empêche de finir de monter une satanée table en verre…

Accident domestique | Mesita del comedor - La | 2022
Accident domestique | Mesita del comedor - La | 2022
Bande-annonce
Note
3
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David Maurice