Affiche française
Singapore sling | Singapore sling | 1990
Affiche originale
Singapore sling | Singapore sling | 1990
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Singapore sling

Singapore Sling: O anthropos pou agapise ena ptoma

Une nuit d’orage. Un détective à la recherche d’une femme disparue, Laura. Il tombe sur une villa décadente où vivent une mère et sa fille, aristocrates obsolètes, incestueuses, nécrophiles, et tout à fait convaincues que le monde est leur décor intérieur. Le détective devient alors leur jouet.

Singapore sling | Singapore sling | 1990

L'AVIS :

Dans l’histoire du cinéma nauséeux, Singapore Sling occupe une place d’honneur. Il est le chef-d’œuvre de Nikos Nikolaïdis, un homme pour qui, à l’instar d’un Jorg Buttgereit, la catégorie « déconseillé aux âmes sensibles » n’est pas une mise en garde, mais un compliment.

On pourrait, si on est pressé, résumer Singapore Sling ainsi : un film noir refondu dans un théâtre sado-burlesque où la mythologie familiale explose en orgie funéraire. Mais comme nous ne sommes pas pressés, et que l’objet mérite d’être examiné de plus près, allons-y.

Le film semble démarrer avec l’élégance d’un roman noir ou d’un classique d’Universal : noir et blanc, environnement nocturne, pluie battante, détective mutique, narration intérieure monotone. Et soudain, on glisse. On glisse vers l’hystérie. On passe du film noir au film noirci. L’innocence disparaît dès la première scène. La mère et la fille constituent l’un des duos les plus sauvagement théâtraux du cinéma européen.

Ce sont des personnages qui ne vivent que pour performer l’excès, pour réinventer leur propre mythe, pour ritualiser l’horreur comme certains ritualisent le thé. Leur demeure est une scène de théâtre. Leur vie est un opéra décadent et leur invité un cobaye à la recherche d’une mystérieuse Laura. Le prénom de cette dernière n’est pas le fruit du hasard. Les moins incultes auront compris qu’il s’agit d’une référence à l’excellent Laura (1944) d’Otto Preminger, mettant en scène la talentueuse Gene Tierney.

La forme reprend les codes classieux du film noir, même si ici, tous les fluides corporels sont présents : sang, sueur, bave, sperme, urine, larmes, le catalogue complet. Mais attention, ce n’est pas de l’excès dégueulasse à la « on fait ça juste pour choquer ». Non, ici, c’est de la dégueulasserie de haute couture. De la dégueulasserie d’élite. De la dégueulasserie classieuse, qui sert le propos du film.

La photographie en noir et blanc contribue nettement au contraste esthétique, entre le fond et la forme : chaque éclaboussure, chaque soupir de douleur est traité comme un parti pris esthétique. On se retrouve à contempler un acte ignoble comme on regarderait un paysage sublime.

Les emprunts musicaux à Rachmaninoff renforcent le sentiment d’être spectateur d’une danse que l’on ne peut approuver mais dont on ne peut détacher les yeux. Cependant, on ressort du visionnage étrangement reconnaissant. Comme si on avait été lavé par la boue, ou baptisé dans un marécage.

Dans un monde où l’on confond parfois trop facilement provocation et profondeur, Singapore Sling rappelle que l’excès peut être grandeur. Un chef-d’œuvre.

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Bande-annonce
Note
5
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Mélanie W.