Affiche française
Plan 9 from outer space | Plan 9 from outer space | 1957
Affiche originale
Plan 9 from outer space | Plan 9 from outer space | 1957
Un film de
Scénario
Date de sortie
Pays
Couleur ?
non
Musique de

Plan 9 from outer space

Plan 9 from outer space

Des extraterrestres mettent en œuvre le « Plan 9 », une stratégie visant à réveiller les morts pour semer la panique et empêcher l’humanité de développer une arme destructrice. Tandis que des cadavres se relèvent dans un cimetière de Californie, une équipe composée d’un pilote de ligne, d’un inspecteur de police et de l’armée tentent de comprendre et de contrer cette menace...

Plan 9 from outer space | Plan 9 from outer space | 1957

L'AVIS :

Dans la très vaste galaxie qu’est celle du cinéma bis, un film brille d’un éclat particulier ; non pas pour sa virtuosité, mais pour sa maladresse chronique. Plan 9 from Outer Space d’Edward D. Wood Jr., s’est imposé comme une œuvre culte, quasiment systématiquement qualifié d’être « le pire film de tous les temps ». Derrière cette étiquette aussi infamante qu’usurpée se cache pourtant un témoignage de la détermination et de la débrouillardise d’un réalisateur résolument passionné. En effet, on trouve ici une forme d’hommage à l’art de l’imperfection, de l’amateurisme et du bricolage, qui, loin de lasser, parvient à transcender ses défauts pour offrir une expérience presque surréaliste.

Le film raconte comment des extraterrestres (qui ont pourtant une apparence parfaitement standardisée), désespérant de l’aveuglement humain, arrivent sur Terre avec l’intention de stopper l’humanité avant qu’elle ne détruise l'univers avec l’armement nucléaire. Pour ce faire, ils activent le fameux (et mystérieux) « Plan 9 », un projet qui consiste à ressusciter les morts sous forme de zombies pour semer la terreur. L’histoire, aussi rocambolesque que confuse – pour qui tente de la suivre de manière exhaustive – réside davantage dans un enchevêtrement d’idées et d’intrigues où les personnages se croient intelligents sans l’être un seul instant, peinant à masquer des décors en carton, des effets spéciaux indigents et des dialogues d’une naïveté confondante. Ce qui frappe immédiatement dans Plan 9 from Outer Space, c’est cette absence totale de logique narrative. Non seulement les éléments scénaristiques semblent se succéder sans raison apparente, mais encore chaque scène est entachée de décisions esthétiques maladroites qui relèvent autant de la volonté délibérée d’expérimenter que de l’impossibilité de faire autrement.

Ainsi, les scènes de vol spatial sont réalisées avec des maquettes clairement visibles, et les « zombies » sont interprétés par des acteurs souvent figés dans une gestuelle digne d’une pantomime théâtrale et caricaturale, avec des maquillages réalisés à la va-vite et des costumes dont la qualité laisse franchement à désirer. Cependant, ces imperfections formelles ne font pas que caractériser le film, elles le définissent. Plan 9 from Outer Space incarne à la perfection ce que l’on pourrait appeler une esthétique de l’échec, ou de la débrouille. Chaque erreur, chaque maladresse technique, chaque inconsistance dans le scénario semble plutôt devenir un atout pour un film qui, loin d’être une simple accumulation de mauvais choix, s’élève paradoxalement au rang d’objet culte. Si le film avait été tourné avec plus de moyens et/ou plus de compétences, il aurait probablement sombré dans l’oubli, victime de la masse de films d’horreur et de SF de série B produits dans les années 50. Mais là où la qualité fait défaut, c’est le charme brut de l’amateurisme qui opère.

L’un des aspects les plus célèbres du film est la présence posthume de Béla Lugosi. Les scènes où il apparaît ont très certainement été initialement tournées pour un autre projet : « The Vampire’s Tomb », mais rien n’est moins sûr, les versions divergent selon les époques. Quoi qu’il en soit, ces scènes ont été recyclées dans Plan 9. Elles sont muettes, tournées devant la maison de Tor Johnson. Décédé le 16 août 1956, Béla est remplacé par un double approximatif : Thomas R. Mason – un chiropracteur et hypnothérapeute dissimulant son visage sous une cape. Fait-il illusion ? Pas une seule seconde, mais peu importe. Ce choix absurde permet d’illustrer parfaitement à lui seul le bricolage permanent qui caractérise le film. Initialement, Béla devait être le mari de Vampira, aller dans le cimetière voir la tombe de cette dernière, et expliquer qu’il croit aux extra-terrestres lors d’une visite à son beau-fils qui est pilote. Est-ce plus cohérent ? Sans doute pas. D’ailleurs, ce sont des propos rapportés par Ed Wood après-coup. La réalité reste un mystère.

La présence de Vampira (Maila Nurmi) sur le tournage n’était pas le fruit d’une folle passion de cette dernière pour les productions d’Ed Wood non plus. Blacklistée pour tout un tas de raisons auprès des principaux studios hollywoodiens, Maila a appris par la presse qu’Ed Wood s’apprêtait à tourner un nouveau film, et qu’il souhaitait qu’elle fasse partie du casting. En manque d’argent et ne recevant aucune autre offre, Vampira accepte le tournage : une journée de travail, payée $200. Une seule condition : n’avoir aucune ligne de dialogue. Maila arriva avec un vieux costume de Vampira troué – elle s’était déjà débarrassé des anciens – en se disant peu importe, personne ne verra ce film. L’ensemble des acteurs, tels des marionnettes visiblement déconnectées de la réalité, oscillent systématiquement entre un jeu théâtral et une rigidité la plus totale. La performance de Tor Johnson, pour sa part, est d’une grandeur involontaire, un monolithe de chair qui semble ne jamais comprendre ni son rôle, ni le film dans lequel il évolue. Au-delà des défauts du film qui pourront en rebuter certains, le réalisateur est allé au bout de son projet, en dépit des difficultés technico-budgétaires, et de ses problèmes personnels (à cette époque, il avait déjà commencé à picoler plus que de raison – ça n’aide que très rarement).

La différence principale entre ce film et les autres productions d’Ed Wood réside principalement dans son ambition excessive qui dépasse très largement ses capacités de production. Sans cette dernière, on se retrouve avec des films, certes fauchés, mais sans effets spéciaux (ou a minima), amoindrissant ainsi l’impact visuel du manque de budget et de compétences techniques. D’ailleurs, Ed Wood saura se montrer résolument en avance sur son temps dans bien des thèmes abordés lors de certains de ses autres films, comme Glen or Glenda. Mais revenons-en à Plan 9. Son maigre budget est estimé à 60 000 dollars environ – issus en partie d’une levée de fonds auprès de représentants de l’église baptiste du coin. D’ailleurs, ces derniers n’ont pas hésité à mettre leur veto concernant le titre du film qui devait initialement être « Grave Robbers from Outer Space ». Plan 9 a bénéficié d’abord d’une sortie au Carlton Theater à Hollywood en 1957, sous son titre original. Sa sortie plus large eu lieu en juillet 1959, sous le titre actuel.

Si Plan 9 from Outer Space n’incarne évidemment pas l’apogée d’une réussite sur le plan technique, il est toutefois le fruit d’un miracle d’obstination et de sincérité. Là où d’autres films médiocres sombrent dans l’oubli – et ce parfois dès leur sortie – celui d’Ed Wood demeure objet d’un culte transgénérationnel. Plan 9 est une invitation à célébrer non pas la perfection, mais la passion du cinéma qui animait son réalisateur, fût-elle maladroite et fauchée. Et rien que pour cela, son mérite doit être reconnu.
Très loin d’être le pire film de tous les temps, Plan 9 est surtout l’un des plus immortels, qu’on le veuille ou non.

Plan 9 from outer space | Plan 9 from outer space | 1957
Plan 9 from outer space | Plan 9 from outer space | 1957
Bande-annonce
Note
4
Average: 4 (1 vote)
Mélanie W.