Obsession
Obsession
Bear est un jeune homme timide incapable d’avouer ses sentiments à sa meilleure amie Nikki. Frustré, il finit par utiliser un étrange gadget trouvé dans une boutique ésotérique, censé exaucer un vœu. Son souhait ? Que Nikki l’aime plus que tout.
Le problème, c’est que le vœu va se réaliser… de la pire manière possible.
L'AVIS :
Avant de parler du film, il faut revenir rapidement sur son réalisateur : Curry Barker.
À l’origine, Barker s’est fait connaître sur YouTube grâce à ses courts-métrages horrifiques, où il démontrait déjà une vraie maîtrise du cadre, du rythme et du malaise. Avec des projets comme Milk & Serial, il avait réussi à attirer l’attention des amateurs de cinéma de genre grâce à une approche très moderne de l’horreur : accessible, efficace, mais jamais paresseuse.
Bon, je dis ça car c’est ce que j’ai lu sur les réseaux car, bien que je sois abonné à la chaine youtube du bonhomme, je n’ai pas encore pris le temps de regarder ses vidéos. Bref, maintenant que j’ai vu « Obsession », il y a de grandes chances pour que j’aille vraiment y jeter un œil ! Car Obsession confirme tout le bien que j’ai entendu de Curry Barker.
Le film aurait presque pu s’appeler Oppression ou Escalation, tant il nous happe progressivement pour faire monter la tension jusqu’à des sommets d’angoisse. C’est un mélange particulièrement réussi entre horreur mainstream et cinéma d’auteur. Le film trouve un équilibre rare : jamais trop prétentieux ou hermétique, mais jamais idiot non plus. Barker réussit à proposer un vrai film de genre intelligent sans sacrifier l’efficacité horrifique. L’ambiance fonctionne à merveille grâce à une mise en scène extrêmement précise et une photographie très travaillée. La bande-son participe énormément à cette réussite. Pas seulement par la musique, mais aussi par le travail sur les silences, les intonations, les changements d’humeur de Nikki, qui deviennent presque des outils de terreur à part entière.
Le début du film repose sur une mise en place particulièrement solide. On croit immédiatement à ce groupe d’amis dont font partie Bear et Nikki. On s’attache à eux car le scénario prend le temps de construire leurs personnalités, leurs relations et leur quotidien entre travail, soirées et discussions banales.Ici, les personnages ne servent pas uniquement de chair à canon.Chaque personnage existe réellement. Cette empathie devient essentielle pour la suite du récit et donne beaucoup plus d’impact émotionnel aux événements horrifiques.
Le scénario, écrit avec précision, suit son concept jusqu’au bout sans chercher à multiplier les twists artificiels. Certains pourront peut-être juger la résolution prévisible, mais elle reste totalement cohérente avec tout ce que le film construit depuis le départ. Et finalement, la véritable surprise du film ne vient pas de son histoire, mais de l’intensité de son escalade horrifique. L’obsession de Nikki commence par des moments simplement gênants. Puis le malaise devient anxiogène, puis oppressant, avant d’être totalement terrifiant.
Et Barker joue avec quasiment tous les registres de l’horreur : le malsain, le malaise, l’angoisse psychologique, le graphique, les jump scares, les arrière-plans flous, les détails cachés dans le cadre…
Le tout avec une maîtrise technique impressionnante, portée par un cadrage et un éclairage extrêmement précis. Mais cette maîtrise visuelle ne fonctionnerait pas aussi bien sans le jeu des acteurs. Et surtout sans la performance d’Inde Navarrette dans le rôle de Nikki. Elle livre une prestation remarquable, capable d’être touchante, attendrissante et profondément effrayante dans la même scène. Son interprétation repose constamment sur des contrastes extrêmes, et c’est précisément ce qui rend le personnage aussi imprévisible et inquiétant.
L’une des grandes forces du film est aussi sa capacité à détourner des situations très banales du quotidien pour les transformer en moments de tension étouffants.
Le simple fait de contempler quelqu’un dormir au début d’une relation devient une scène glaçante. Une discussion anodine où Bear demande s’il peut sortir avec son pote se transforme en moment de stress quasi insupportable.Et c’est justement parce que ces situations paraissent crédibles que le malaise fonctionne aussi bien.
Le film aurait pu tomber dans un piège : celui de représenter Nikki uniquement comme une figure possessive et jalouse au point de rendre le propos involontairement misogyne.
Mais Barker évite intelligemment cet écueil en montrant également les failles de Bear. Car même s’il devient victime d’un vœu qu’il n’avait pas vraiment formulé sérieusement, Bear finit lui aussi par développer une forme de dépendance affective toxique. Sous le regard accusateur de ses amis qui pensent qu’il profite de Nikki et qu’elle est “trop bien pour lui”, il cherche progressivement à prouver qu’il mérite cet amour, qu’il soit artificiel ou non.
Le film gagne également beaucoup à préserver son mystère.Aucune explication inutile sur le fonctionnement exact du vœu ou de l’objet ésotérique. Et heureusement, parce qu’une sur-explication aurait probablement fait basculer le film dans le ridicule. Certains points restent volontairement flous après le premier visionnage, notamment la manière dont “l’ancienne Nikki” semble continuer d’exister et de lutter intérieurement contre cette version d’elle-même totalement consumée par l’amour obsessionnel. Si la mécanique pose question dans le fonctionnement, ce flou sert justement l’efficacité du film. Il permet à Barker de créer des ruptures de ton imprévisibles, des changements d’humeur terrifiants et même, au détour d’une scène nocturne particulièrement réussie, un vrai moment d’émotion qui agit comme un point de bascule dans le récit.
Au final, dans Obsession, on sent un vrai respect du spectateur et du cinéma d’horreur à tous les niveaux : écriture, réalisation, montage, rythme, direction d’acteurs, photographie, sound design…
Le film ne se perd jamais dans une mythologie inutile. Il reste simple dans son concept, mais intelligent dans son exécution. Et surtout, il n’oublie jamais d’être un véritable ride horrifique.
Plus original qu’une production Blumhouse classique, moins dilué et plus profond qu’un "Smile" auquel il peut parfois faire penser, mais aussi moins complexe et labyrinthique que le cinéma d’Ari Aster, Obsession serait-il le mélange parfait entre horreur mainstream et elevatedhorror ?
Peut-être bien.