Deviant
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Père de famille en manque d’affection, Javier annule sa venue au repas de famille du Réveillon de Noël pour rencontrer une jeune fille vue sur une application coquine. Malheureusement, ce dernier ne se doute pas une minute qu’il va tomber dans un piège...
L'AVIS:
Présenté en deuxième film de soirée après "L’attaque de la moussaka géante" lors de la Nuit Décalée de la 32ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, "Deviant" est une petite comédie espagnole que nous étions beaucoup à attendre sur la Perle des Vosges.
Il faut dire que le résumé du film de Daniel M. Caneiro ainsi que les affiches disponibles laissaient présager un bon gros délire digne de cette Nuit Décalée qui se devait de revenir sur le devant de la scène après une année 2024 très moyenne en ce qui concernait le programme de la fameuse nuit du Samedi au Dimanche.
Alors le pari fut réussi pour la Nuit Décalée cuvée 2025 qui fut bien meilleure que celle de l’édition précédente mais il faut bien reconnaitre paradoxalement que les films n’étaient pas non plus extraordinaires. Passé le gros nanar de Panos H. Koutras qui a bien chauffé la salle, "Deviant" faisait office de petit inconnu à la différence de son prédécesseur et intriguait de ce fait les festivaliers.
Que penser du film de Daniel M. Caneiro ? Hé bien pour être franc avec vous ce n’est pas si évident de parler de ce film et de dire ce que l’on ressent lors de son visionnage car finalement tout dépend dans quel contexte vous regardez ce dernier.
En effet, "Deviant" méritait sa place dans la programmation d’une Nuit Décalée dans les Vosges mais pas sûr que vous auriez forcément apprécié ce film chez vous dans votre canapé, et encore moins en solitaire dans votre salon.
Car notre long-métrage espagnol du jour est loin d’être parfait, tout en étant loin d’être mauvais. Il amusera sans aucun doute son public lors d’un festival ou d’une soirée entre potes, comme cela fut le cas dans la salle de L’Espace Lac à Gérardmer cette nuit-là (du moins pour les résistants car les paupières commençaient à être lourdes), mais l’amusement sera bien moins au rendez-vous si vous le visionnez seul chez vous, c’est certain.
Car finalement soyons clairs là-dessus : le film de Daniel M. Caneiro est peut-être amusant et divertissant dans sa première partie mais la seconde moitié du film est sacrément répétitive et guère intéressante. C’est bête à dire mais une fois ce pauvre Javier séquestré, il ne se passe plus grand-chose dans le film et les quelques gags par-ci par-là ne passeront bien qu’auprès d’une population ambiancée, joyeuse, comme elle l’est lors d’un festival ou d’une soirée entre potes.
"Deviant" fait partie de ces films bancals, en demi-teinte, qui laissent un avis très mitigé une fois le générique de fin arrivé à l’écran. Nous avons certes une idée sympathique et prometteuse sur le papier (un père de famille en manque de sexe va se faire piéger sur une application de rencontres coquines et se retrouver séquestré par un homme désireux de faire la misère aux pédophiles et aux pervers qui peuplent le Net) mais le soufflé retombe rapidement une fois le piège refermé sur notre malheureux Javier qui va mettre un temps de dingue à se libérer alors que son kidnappeur ne représente finalement pas une grosse menace.
Les gags s’épuisent également au fil des minutes pour finalement laisser place à un désintérêt presque total. Un comble pour une comédie qui possédait pourtant quelques moments bien déjantés (la torture sexuelle perpétrée sur un curé pédophile, la mère du ravisseur que l’on peut acheter pour quelques petits gâteaux au chocolat bon marché…).
Les acteurs et actrices sont pourtant bons, les dialogues souvent amusants, la photographie très correcte, une technique derrière la caméra bien ressentie et là encore c’est déstabilisant de voir comment on peut gâcher autant un film par un manque cruel d’idées dans sa seconde moitié que l’on essaye de camoufler par du remplissage sans grand intérêt (je pense à la chasse aux indices quand Javier arrive dans la maison et cherche cette petite coquine de l’application de rencontres, ou encore au temps mis par Javier pour se libérer de ses liens…). Un scénario trop inégal et surtout bien trop creux une fois passées 45 minutes de film.
A cela se rajoutent même des passages incompréhensibles comme par exemple cette scène où Javier parvient à s’échapper, se retrouve hors de la maison (donc en liberté) mais retourne dans l’antre de son ravisseur pour récupérer des clés de voiture !!
Et là où nous aurions volontiers préféré avoir une bonne dose de trash (notre ravisseur possède par exemple une bien belle collection d’ustensiles de tortures à connotation sexuelle… pour finalement ne sortir que trop peu d’outils pour bien trop peu de sévices…), nous nous retrouvons avec quelque chose de bien trop gentillet. Un décalage entre souhait et réalité qui est dur à encaisser car on voulait tellement aller plus loin dans ce thriller teinté de comédie noire et pourvu d’un ton déjanté bienvenu !
Même le twist de fin ne fonctionne pas, tout comme le final à proprement parlé qui laisse une part d’incompréhension chez le spectateur. Dommage... Dommage de voir un scénario pas suffisamment travaillé. Dommage de ne pas avoir poussé un peu plus le curseur du mauvais goût et du trash. Dommage d’avoir lancé cette histoire franchement plaisante de père de famille franchissant l’interdit par désespoir pour finalement nous retirer tout ce sympathique potentiel scénaristique.
Vous l’aurez compris, le mot qui me vient en tête quand je repense au film "Deviant", c’est « dommage »… Des bons souvenirs, nous pourrons en garder de ce film… Mais nous retiendrons aussi qu’il aurait pu être tellement plus divertissant et mémorable si le scénario des 40 dernières minutes avait été plus fouillé.
Dommage.