UGLY STEPSISTER - THE
DEN STYGGE STESOSTEREN
Dans un royaume indéterminé où la beauté règne en maître, Elvira et Alma sont deux sœurs. Leur mère, Rebekka, a récemment épousé Otto, un homme plus âgé, dans l'espoir d'acquérir richesse et privilèges, mais elle a aussi dû devenir belle-mère de la magnifique Agnès, la fille du mari issue d'un précédent mariage. Après la mort d'Otto la nuit de ses noces, la famille apprend qu'il était sans le sou. Craignant d'être trop âgée pour trouver un nouvel époux fortuné, Rebekka décide de marier l'une de ses filles. Comme Alma n'a pas encore atteint la puberté, elle se rabat sur Elvira. Tandis que cette dernière rêve d'épouser le prince Julian, sa mère, consciente que sa fille est perçue comme un laideron et a peu de chances de le séduire, va alors tout faire pour que son aînée soit la plus belle possible, quitte à recourir aux méthodes les plus extrêmes...
L'AVIS :
A la lecture du résumé, on aura vite compris qu’on a affaire ici à un film complètement décalé, The Ugly Stepsister, étant effectivement un body horror movie norvégien faisant plus que frissonner par son approche des standards de beauté et le niveau de souffrance intense auquel on peut se soumettre pour y arriver ! La scénariste et réalisatrice Emilie Blichfeldt a commencé à développer son métrage alors qu'elle travaillait sur son projet de thèse à l'École de cinéma norvégienne. Elle s'est inspirée de Aschenputtel, la version des frères Grimm de l'histoire de Cendrillon, elle-même calquée sur le conte de Charles Perrault, et a réimaginé le personnage principal pour qu'il soit l'une des demi-sœurs de l’héroïne susmentionnée.
Curieusement, la cinéaste norvégienne avoue qu’elle n'était pas familière avec le genre de body horror jusqu'à ce qu'elle regarde Crash de David Cronenberg, ce qui l'a amenée à découvrir ses œuvres mais également celles des réalisateurs italiens Dario Argento et Lucio Fulci. Leurs films, ainsi que "Grave" de Julia Ducournau, l'ont ainsi amenée à utiliser le body horror pour son premier long-métrage. Le scénario s'inspire aussi des propres luttes de Blichfeldt avec l'image corporelle, qu'elle entendait « provoquer à la fois empathie et inconfort et inspirer le public à réfléchir à ses perceptions et à sa relation à la beauté ».
Autre influence et non des moindres, c’est celle du réalisateur polonais Walerian Borowczyk, connu pour avoir travaillé sur des films pornographiques et érotiques comme "La bête", la réalisatrice ne se privant ainsi pas pour montrer de la nudité frontale de certains de ses personnages dans quelques scènes de façon effrontée et sexy !
On compare aussi souvent The Ugly Stepsister à "The Substance", et certes, ils partagent des idées similaires sur la mutilation corporelle, la perception idéale de la beauté et les performances féminines de premier plan. Toutefois, les deux œuvres sont complètement différentes quant à ce qu’elles montrent et l’univers choisi pour en parler ! Le film norvégien par son décorum crée un sentiment intemporel et d'autrefois, sublimé par une musique fantaisiste de flûtes, de harpe et de synthétiseur avec des costumes et des décors remarquables.
En ce qui concerne les principaux protagonistes, ils sont tous avides ou abjects à part la jeune Alma, car elle s'avère finalement l'âme la plus pure et la seule à ne pas encore être devenue adulte ! En effet, Elvira est prête à n’importe quel sacrifice pour épouser Julian qui est tout sauf un gentil prince car il n’est qu’un enfant gâté capricieux ! La mère Rebekka est, quant à elle, cupide et met tout en œuvre pour que sa fille devienne la plus belle possible afin d’épouser un mari riche, elle investit donc dans le futur de sa rejetonne ! Tandis qu’Agnes, n’est pas si innocente et naïve que ça car elle batifole pas mal avec Isak, le garçon d’étable de la maison…
Comédie noire, nudité frontale disséminée parcimonieusement et performance d’actrices mémorables, notamment celle de Lea Myren se donnant entièrement pour son rôle, The Ugly Stepsister nous réserve aussi son lot de séquences malaisantes et s’est fait connaître pour cela dès sa projection au festival de Sundance en janvier 2025 ! Parmi les festivités on rencontrera de belles séances chez le chirurgien esthétique qui n’est pas trop favorable aux anesthésies, des sessions d’humiliation publique aux cours de danse de Madame Vanja, du rabotage d’orteils pour bien rentrer dans la pantoufle de vair et surtout, de l’expulsion de tænia en live ! Ainsi, le troisième acte de ce film d'horreur corporelle est parfois tout aussi dégoûtant à regarder qu'épuisant émotionnellement, mais pour les fans d'horreur avertis, il pourrait être un régal car c’est une belle histoire où l'amour fait faire des folies avec quelques moments grotesquement grandioses !
Pour conclure, ce premier film de la norvégienne Emilie Blichfeldt, The Ugly Stepsister est une relecture originale de Cendrillon version body horror un peu à la manière de "The Substance" de Coralie Fargeat, mais transposée à une autre époque. Ici, le personnage central n’est pas Cendrillon, mais l’une de ses demi-sœurs, Elvira, prête à tout pour séduire le prince et notamment à souffrir pour être belle sur les bons conseils et grâce à l'argent de sa mère. Un peu érotique par moments, sacrément gore à d'autres, ce qui nous vaudra certains séquences chocs dont on reparlera assurément çà et là, cette mise à jour du conte originel de Charles Perrault vaut notamment pour son actrice principale Lea Myren qui s'est donnée corps et âmes pour son rôle inconfortable, mais surtout par le discours très moderne dénonçant l'injonction faite aux femmes d'appartenir aux canons esthétiques de beauté établis par la société (celles des hommes surtout...) et ce, dès leur plus jeune âge, ce qui constituera une bonne matière à réflexion.