Nuit des clowns - La

Clown in a cornfield - A

Quinn vient d’emménager avec son père à Kettle Spring, petite ville rendue célèbre grâce à son sirop de maïs Baypen, une grande marque nationale alimentaire, et fait la rencontre d’une petite bande de jeunes avec qui elle va se lier d’amitié.

Cette année, on fête le centenaire des fondateurs de la ville et Frendo, le clown-mascotte de la marque Baypen, est célébré par la même occasion, la prospérité de Kettle Spring étant étroitement liée à l’usine de sirop de maïs.
Mais voilà, les festivités vont virer au cauchemar quand notre célèbre clown local va commencer à s’en prendre à la population et à éliminer des jeunes de la ville…

Nuit des clowns - La | Clown in a cornfield - A | 2025

L'AVIS:

Adaptation du roman d’Adam Cesare "Clown in a cornfield" (qui gardera d’ailleurs ce titre dans les pays anglophones), "La nuit des clowns" est un slasher réalisé par un certain Eli Craig. Ce nom ne vous dit peut-être rien et pourtant, hormis le film "Little Evil" (production Netflix) qui demeure divertissant mais non transcendant, il a réalisé l’une des meilleures comédies fantastico-horrifiques de ce début de siècle : l’excellent "Tucker et Dale fightent le mal" (2010).

Alors forcément, notre homme –assez peu prolifique en termes de réalisations il faut le souligner – est attendu au tournant dès qu’un de ses films nous arrive sur grand ou petit écran. Sorti dans les salles obscures le 20 Août 2025 en France, son nouveau film "La nuit des clowns" faisait forcément partie des films que je m’étais noté de voir quand j’ai établi mon petit programme prévisionnel comme chaque début d’année. Bien que ce sous-genre des clowns tueurs ait déjà de nombreux représentants dans la sphère fantastique il va sans dire…

Eli Craig nous propose donc ici un slasher movie très ancré dans les années 80 et 90, nous mettant en scène des ados en proie à un clown tueur dans une petite ville paumée des Etats-Unis qui ne semble pas avoir mis un pied dans le 21ème siècle (pas d’enseigne moderne, peu de commerçants, des vieilles traditions perpétrées/célébrées chaque année, un réseau Wifi peu performant à certains endroits de la ville, la chasse et la pêche comme principales activités…).

Un film qui semble d’ailleurs vouloir piocher un peu partout dans l’univers cinématographique horrifique, favorisant ce qui semble le plus représenté en termes de clichés dans cette grande famille du septième Art.

La famille monoparentale qui arrive d’une grande ville (ici Philadelphie) et rejoint le monde des rednecks, les fameux champs de maïs environnants où il est facile de perdre l’orientation, nos sempiternels clowns tueurs (oui, ça a le vent en poupe depuis la réintroduction de Pennywise/Gripsou dans les deux films d’Andrés Muschietti dans la fin des années 2010), la parade annuelle avec son char, sa reine et sa mascotte (qui est souvent LE repère temporel dans un film quand elle est présente), l’habituelle bande de jeunes qui font des conneries et insupportent les adultes, le fameux personnage sorti de nulle part en début de film qui va mettre en garde notre héroïne au sujet de ses futures fréquentations…

Bref, vous l’aurez compris, nous nageons ici en monde bien connu et les scénaristes vont très peu s’aventurer dans les sentiers non battus. Alors oui, nous pouvons toutefois reconnaître que "La nuit des clowns" est bien plus fouillé en termes de scénario que de nombreux slashers qui ne cessent de nous envahir depuis le grand retour de ce sous-genre en 1996 avec un certain "Scream" (qui pour le coup était très réussi).

Eli Craig nous propose notamment une intrigue matinée de drame social sous fond de « choc des générations » : d’un côté ces adultes qui se plaisent à vivre simplement comme « au bon vieux temps » et de l’autre ces jeunes qui vivent de réseaux sociaux, de nuisances publiques et de fiestas mêlant drogues, alcool et sexe. Un fossé se creuse entre les deux générations à Kettle Spring : les commerçants de la ville regardent d’un sale œil ces jeunes qui viennent voler des produits dans leurs commerces, les professeurs en ont marre des railleries et des blagues incessantes de leurs élèves, le shérif en a assez de voir sa ville étalée sur les réseaux sociaux… Une ville au bord du chaos intergénérationnel et dont seule la mascotte Frendo semble pouvoir remettre un peu d’ordre et permettre progressivement aux deux générations de quitter ce conflit permanent et rétablir cette communication rompue. Mais cela a un prix : Frendo agit ici comme une sorte d’ange exterminateur qui va zigouiller certains jeunes de la ville non respectueux des traditions et de la marque Baypen dont il est la mascotte, faisant ainsi par la même occasion les bonnes affaires des adultes dirons-nous. Et vous l’aurez compris : c’est à ce moment-même que le film bascule alors au bout de 25 minutes seulement dans le slasher movie !

25 minutes, c’est un bon timing pour rentrer dans la partie horrifique du scénario. Un premier meurtre brutal (si on ne compte pas les deux homicides de l’introduction) qui en appelle bien évidemment d’autres par la suite. Egorgement, décapitation, empalement à la fourche, éventration à la tronçonneuse, tir de flèches… Frendo (qui d’ailleurs présente un design assez menaçant et frissonnant) ne manque pas d’originalité dans ses façons d’éliminer ses proies et vient nous offrir encore plus d’une heure de film au rythme soutenu, bien que ce soit au bout de 50 minutes que le film surprend son petit monde (mais chut…).

Une seconde partie bien plus rythmée il est certain mais pas forcément plus réussie, au contraire. Eli Craig et son collègue scénariste ont souhaité insérer par exemple quelques éléments humoristiques mais la sauce ne prend pas (un choix loin d’être judicieux, mieux aurait-il fallu faire ses inserts dès le départ pour annoncer la couleur), certains personnages surjouent (au point de parfois rendre certaines scènes risibles) tandis que Frendo manque parfois d’adresse (il se « prend les pieds dans le tapis » en poursuivant son assaillant, il prend des coups assez facilement, il lui faut du temps pour exploser quelques planches de bois pour pénétrer dans une grange…), et je ne parle pas du final très bavard, très pompeux et trop long, qui vient tout gâcher.

Nous préférions finalement cette première heure, avec la présentation de la communauté de Kettle Spring et les tout premiers meurtres, bien mieux maîtrisée que cette dernière demi-heure en dents de scie, poussive et répétitive par moments et au final raté.
Dommage car le film était loin d’être vilain et s’avérait même très divertissant dans cette première heure (jusqu’à cette fête de jeunes dans une grange qui marque LE tournant du film), même si nous sommes très souvent en terrain connu car les scénaristes ont pris assez peu de risques dans ce projet il faut bien l’avouer.

Mais bon, les clowns tueurs ça vend, donc après un résultat au box office très honnête je ne me fais pas de souci pour son avenir sur support physique ou sur plateforme…

Nuit des clowns - La | Clown in a cornfield - A | 2025
Nuit des clowns - La | Clown in a cornfield - A | 2025
Bande-annonce
Note
2
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David Maurice