Affiche française
Leeches | Leeches! | 2003
Affiche originale
Leeches | Leeches! | 2003
Un film de
Scénario
Date de sortie
Pays
Couleur ?
oui
Musique de

Leeches

Leeches!

Un groupe d’athlètes sous stéroïdes se retrouve pour passer quelques jours au bord d’un lac. Rapidement, des sangsues se nourrissent de leur sang et deviennent géantes, les traquant sans relâche. Les protagonistes doivent ainsi survivre, en luttant contre la menace surnaturelle qui semble sans fin...

Leeches | Leeches! | 2003

L'AVIS :

Il y a des films que l’on regarde comme on visite certaines ruines : non pas pour y trouver du sublime, mais pour en observer les fissures, les maladresses. Leeches! de David DeCoteau s’inscrit dans un genre du cinéma d’exploitation fauché, où l’horreur n’est souvent qu’un prétexte à la contemplation de corps masculins figés dans un décor et une narration pour le moins minimalistes. Sorti en 2003 en DTV, Leeches! est l’un des innombrables films d’horreur homoérotiques que DeCoteau a réalisés au fil des années. Ce film, bien que techniquement classé dans le registre de la science-fiction horrifique, est surtout un fantasme de vestiaires masculins, de douches collectives et de torses glabres filmés avec une insistance hypnotique.

L’histoire du film n’est pas bien sophistiquée et se résume en peu de mots : dans une université américaine, une équipe de natation masculine utilise en cachette des stéroïdes pour améliorer ses performances. Malheureusement, deux des athlètes plongent dans le lac et se retrouvent avec deux sangsues collées à eux, se nourrissant ainsi de leur sang contaminé. Résultat ? Des sangsues mutantes, géantes, affamées de chair humaine - et particulièrement de chair athlétique. Ce synopsis, qui pourrait aisément passer pour une parodie, n’est qu’un prétexte à une série de scènes quasi-identiques : un jeune homme en caleçon, seul dans une chambre ou dans une douche, est attaqué par des sangsues qui poussent des petits cris, avant de hurler lui-même mollement et de mourir hors champ ou dans une série de plans ultra cut pour donner vaguement l’impression d’une violence qui sinon est très peu démonstrative. L’économie de moyens impose ici sa grammaire : on ne montre pas la morsure, mais on la suggère ; on filme le cri, mais jamais la blessure. Au visionnage, Leeches! donne vraiment l’impression d’un court métrage qui tourne en boucle : les mêmes scènes se répètent, et on ne peut pas dire que l’on assiste à un développement substantiel des personnages tant ils sont interchangeables.

Cependant, réduire DeCoteau à un faiseur de séries Z serait mal comprendre l’ambiguïté de son cinéma. Il n’a jamais vraiment été un réalisateur de cinéma de genre traditionnel. Formé à l’école de Roger Corman, compagnon de route de Charles Band (Full Moon), DeCoteau est aussi l’homme derrière The Brotherhood et autres Voodoo Academy, dont la plupart tournent autour du même fantasme : un monde exclusivement masculin, où les femmes n’existent que comme présences marginales, et où les héros sont tous jeunes, imberbes, et presque toujours en sous-vêtements (qui ne sont pas toujours des slips blancs malgré la rumeur persistante à ce sujet ; David sait varier les plaisirs). Le modèle est clair : des archétypes de masculinité à travers le prisme du désir homosexuel - mais toujours dans l’ombre, jamais frontalement assumé. Le cinéma de DeCoteau n’est jamais militant.

Dans Leeches!, cette tension sexuelle est cependant décevante car faiblarde. Dans Voodoo Academy l’excès et l’insistance des scènes de douche rendent le film sympathique, amusant, et plaisant visuellement pour certain(e)s. Ici, elles sont présentes mais moins appuyées, comme si le réalisateur s’en foutait. Les scènes horrifiques présentes à intervalles réguliers sont ici également nettement moins divertissantes car très répétitives. À noter cependant que les petits cris poussés par les sangsues valent le coup d’être entendus. Les dialogues sont comme souvent dignes des séries AB Productions, et pas des meilleures. Les acteurs récitent ainsi leurs lignes comme s’ils n’y croyaient pas - et on les comprend bien. La narration est plate, les enjeux inexistants, et les sangsues en images de synthèse semblent sortir d’un CD-ROM éducatif de 1998.

Ce qui fascine dans Leeches!, c’est la manière dont le film semble faire du ralentissement son principe moteur. Les scènes durent toujours un peu trop longtemps. Les personnages ne font rien. Ils s’allongent. Ils se frottent la nuque - et le torse quand on a de la chance. Ils se regardent dans des miroirs, haletants. L’érotisation est omniprésente, mais jamais consommée. L’horreur ne vient pas tant de la menace des sangsues que de l’impossibilité pour le film de fournir une quelconque progression narrative. Les attaques sont lentes, les dialogues mécaniques. Un peu comme s’il fallait faire un long métrage, mais à défaut d’un nombre suffisant de plans à tourner, on les faisait traîner plus que de raison. On ne regarde pas Leeches! pour ses envolées dramatiques, mais pour sa manière d’abolir toute tension dans une esthétique de l’attente molle. Ici les monstres ne surgissent pas, ils rampent lentement hors-champ, comme s’ils avaient honte d’être là. Il s’agit là d’une œuvre bloquée, à l’instar de ses sangsues. Ces créatures qui cherchent à dévorer mais qui ne parviennent qu’à mordiller. On peut y voir une forme de poésie involontaire : celle d’un film qui voudrait être sexy et effrayant mais qui n’est que maladroit.

Leeches! n’est ni un bon film, ni un film important. C’est un artefact d’un cinéma trop invisible mais très dense, celui des DTV fauchés. C’est aussi un bon exemple du style DeCoteau : une horreur molle, suspendue dans une bulle où les personnages passent leur vie sous la douche. Cependant, Leeches! est malheureusement bien loin d’être son film le plus divertissant, car il ne va justement pas assez loin dans son style et s’arrête en chemin, semblant faire les choses à moitié. À réserver aux amateurs du réalisateur.

Leeches | Leeches! | 2003
Leeches | Leeches! | 2003
Bande-annonce
Note
2
Average: 2 (1 vote)
Mélanie W.