Barf bunny
Barf bunny
Un cauchemar digne d'un conte de fées, celui d'une lapine à l'appétit insatiable, adorant le vomi, abandonnée seule dans un jardin pour semer le chaos. Jusqu'à ce qu'elle soit attrapée et punie, avec des conséquences inimaginables et répugnantes...
L'AVIS :
Quarante minutes de rêve acide où l’érotisme s’égare dans les replis du grotesque insensé.
Au regard d'une affiche aussi extraordinaire et d'un concept aussi original, nul doute que les plus émétophiles d'entre nous s'y attarderont. Jonathan Doe dresse une fable rose bonbon à la fois colorée et nauséabonde. En performeuse figure Felicia Fisher, muse polissonne à la pilosité génitale effroyable, qui troque ici la sensualité contre la nausée. Ayant déjà assuré des performances de régurgitations dans "Spit" et "Fluid Fields" de la firme A Baroque House, elle se retrouve ici en lapine rose. Tentant de conserver un regard ravi, enthousiaste à l'idée de nous faire assister à sa séance de dégustation, elle incarne la joie du corps indigeste, et c'est sous son rire sardonique que s'opère une dévotion charnelle poussée jusqu’à l’écœurement.
La scène est simple, presque naïve : le décor n'est autre qu'un drap coloré, sur lequel se dessine un faux jardin. Et sur la table à manger, des pots en forme de fruits et de légumes, accompagnés d'un peu de musique classique qui nous apaise comme pour nous préparer à la tempête. Pas d'introduction, ni de narration, "Barf Bunny" se contemple comme on regarde une transe. L’art de performance n’est pas dans le pourquoi, mais plutôt dans le comment, et dans cette manière de faire du corps un pinceau, une oeuvre temporaire, mais aussi une offrande. Cet art démonstratif consiste à transporter son performeur dans un état second, et de proposer quelque chose de singulier et, surtout, de difficilement imitable.
La lapine savoure généreusement sa boustifaille composée de raisin, de fraises et de carottes. La mastication désagréable devient percussion, et les rots de camionneur des ponctuations de satisfaction. La gourmande se gave, mastique, salit, à l’image d’un festin obscène à la fois bestial et enfantin. Puis, après cette grande bouffe, l'insertion d'une carotte en plastique pour déclencher la régurgitation à répétition. Les couleurs du vomi répondent à celles des pots et un arc-en-ciel digestif se dessine là où l’organique flirte avec le pictural. Entre la morve au nez et le vêtement maculé, "Barf Bunny" dépeint un tableau infâme d'une mignonnerie qui inspire la nausée.
Et soudain, l'Ave Maria s’élève. Et le gore éclate dans un final succulent. Marcus Koch signe une orgie de sang avec la minutie d’un orfèvre du dégoût. La scène finale réunissant la violence et la douceur offre aux amateurs de gore ce qu'ils attendent. Bien qu'une seconde fin alternative existe, celle-ci ne créé aucun impact et retire la scène gore pour offrir l’image de Felicia s’aspergeant le crâne de vomi. Moui... On aurait préféré un ravalement intégral du contenu digestif. La performance n'étant pas poussée à son maximum, celle-ci nous laisse un peu sur la faim. Et malgré la bonne intention de desservir une sorte de Vomit-Gore jovial, le savoir-faire de Jonathan Doe n'arrive pas à la cheville de Lucifer Valentine, faute d'une absence de montage ou de fulgurance créative.
Même si le fond fascine, la forme, elle, titube. Caméra hésitante et aléatoire, cadrages sans âme, rythme minimisé... On dirait parfois la vidéo souvenir d'une soirée arrosée qui amuse plutôt qu'une oeuvre d'art extrême qui fascine. Le manque de style visuel et de caractère met le film en suspens comme s’il manquait d’une vraie vision ou d'une dimension poétique, bien que l'on puisse saluer l'endurance de Felicia qui veille à préserver un visage calme et posé, parfois émerveillé quand sort de sa gorge un énorme jet. Car étant familier à la performance vomitive, et parlant en connaissance de cause, je vous assure que vomir à répétition pendant une demi-heure est physiquement éprouvant. Il est dommage cependant que Jonathan Doe n'ait pas plus travaillé son oeuvre qui, bien qu'étant une petite curiosité, s'avère être trop brouillonne pour être félicitée.
À mi-chemin entre "Terrible Meal" et "Bugs Bunny", cette mignonnerie repoussante aux couleurs chatoyantes s'avance comme un conte pastel et pestilentiel. Un festin à la fois sucré et fétide au parfum de bile bien fruitée.
* Disponible chez TETRO VIDEO
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