Amityville lost tape - the
Amityville lost tape - the
Une équipe de trois étudiants décide de tourner un documentaire sur divers phénomènes paranormaux. Ils parlent, roulent, discutent encore, filment des écrans, des visages, des arbres. À la toute fin, littéralement, ils passent en voiture devant la célèbre maison d’Amityville, avant que le film ne se souvienne soudainement qu’il est censé être un film d’horreur.
L'AVIS :
The Amityville Lost Tape appartient à cette fascinante sous-catégorie du cinéma d’horreur contemporain : le film qui promet une légende, évoque une mythologie, un folklore aussi fascinant que dense, et qui brandit un titre lourd de sens... et passe ensuite 1h14 à faire autre chose. Quoi exactement ? C’est une excellente question, à laquelle le film lui-même semble hésiter à répondre.
Dès l’introduction, The Amityville Lost Tape donne pourtant l’illusion d’un projet (très) vaguement structuré : une cassette maudite, archive perdue, une enquête méta sur la malédiction d’Amityville. Le truc habituel. On se dit naïvement que le film va explorer les angles morts de la franchise, ou au minimum proposer une variation found footage un peu fauchée mais sincère. Erreur de débutant. Il faut se plonger dans l’exploitation d’Amityville sans rien en attendre. Jamais.
Très vite, le film se replie sur son véritable sujet : des gens qui essaient de se faire peur en parlant de tarot et autres planches de Ouija : là aussi, les trucs habituels. Ils expliquent ce qu’ils vont chercher, qui ils vont rencontrer, pourquoi c’est dangereux, pourquoi ils ne devraient pas continuer ; tout en continuant scrupuleusement. La caméra filme des discussions, des visages vaguement anxieux, des silences, des déplacements sans enjeu.
L’horreur, elle, semble avoir été coincée dans les embouteillages. Le plus fascinant reste la déconnexion totale entre l’introduction, le corps du film et le final. L’intro promet un slasher cheap à en mourir. Le milieu ressemble à un road-movie sans destination ni péril. Le final, soudain pris d’un sursaut de conscience, est une vague tentative de climax, comme si quelqu’un, hors-champ, avait rappelé à l’équipe qu’il restait cinq minutes et un titre à justifier.
Et ce titre, parlons-en. Amityville. Mot magique. Dans The Amityville Lost Tape, Amityville est moins un lieu qu’une thématique de discussion entre nos protagonistes, qui se limitent bien évidemment là aussi à essayer de se faire peur, et évoquent l’histoire associée de façon superficielle. Ne rêvez pas : vous n’apprendrez rien de bien incroyable sur les DeFeo. Allez plutôt lire le livre de Kaplan. Ici, le lien est si ténu qu’il en devient presque expérimental : les protagonistes passent en voiture devant la maison d’Amityville au bout de 1h14 de film, sur une durée totale de 1h20. Quelques secondes. Pas d’arrêt. Pas d’exploration.
C’est à ce moment précis que le film devient involontairement comique. Non pas par maladresse, mais par minimalisme conceptuel extrême : et si la véritable horreur était l’attente elle-même ? Le spectateur, conditionné par cinquante ans de malédiction, réalise qu’il a été mené jusqu’à la maison… sans jamais y entrer. Presque une performance.
Au final, The Amityville Lost Tape n’est ni un scandale, ni un désastre total. C’est un film étrangement vide, presque abstrait dans son refus de l’événement. Un film qui semble croire que l’aura du mot « Amityville » est suffisante. Cela dit, ce n’est pas entièrement faux, puisque c’est une motivation suffisante pour pousser certains à regarder ces films, encore et encore... On ressort tout de même avec l’impression d’avoir regardé une note de bas de page d’une franchise épuisée. Pas désagréable. Pas passionnant. Juste là. Un peu comme la maison d’Amityville dans le film d’ailleurs.
2/5 pour l’effort conceptuel involontaire, et pour avoir osé faire un film Amityville où Amityville apparaît moins longtemps qu’un générique de fin.