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Je suis le sang
Je suis le sang
Au théâtre du Lyceum, la pièce Jekyll & Hyde fascine la bonne société victorienne tandis qu’une série de meurtres est commis dans l’East End. Des prostituées sont sauvagement assassinées. Bram Stoker, écrivain et régisseur du Lyceum, voit dans ces meurtres atroces la matière pour écrire le grand roman qui lui vaudra la postérité. En visitant les lieux du crime, il rencontre Mary Kelly, une prostituée irlandaise, et l’assassin que la presse surnomme bientôt : Jack l’Éventreur...
L'AVIS :
Le résumé en quatrième de couverture m'a rapidement donné envie de découvrir ce livre. Mais attention, il ne s'agit nullement d'une biographie de l'auteur de Dracula. Non, la grande force de Je suis le sang et de ses deux auteurs, Ludovic Lamarque et Pierre Portrait, est d'avoir entremêlée vérité et invention avec un brio certain.
L'histoire a pour sujet la genèse du roman Dracula et d'où est venue l'inspiration à Bram Stoker pour écrire ce chef d'oeuvre de l'épouvante et du romantisme gothique. A partir de là, les deux romanciers ont pris des libertés non restrictives tout en se documentant religieusement pour imbriquer le tout dans un roman épatant, foisonnant d'idées et qui pourrait être totalement véridique au final, même s'il ne l'est pas.
Bram Stoker est donc le régisseur du théâtre londonien du Lyceum, drigé par son ami Henry Irving et ça, c'est vrai. Le théâtre rencontre un succès fou avec la pièce Jekyll & Hyde, adapté du roman de Stevenson. Sheridan Le Fanu vient d'écrire la nouvelle Carmilla qui a fortement marqué Stoker et ça, c'est vrai aussi. Dans ce contexte, Stoker est marqué par les tragiques événements qui se déroulent à Londres : des prostituées sont sauvagement assassinées et mutilées, notamment dans le quartier de Whitechapel. Désireux d'écrire un roman qui fera de lui un auteur de renom, il se lance dans sa propre enquête pour comprendre les motivations de ce mystérieux tueur, voire même pour le rencontrer et le faire appréhender par la police, qui essuit échec après échec.
Stoker va réussir sa quête du tueur et entretenir un rapport complexe avec ce dernier. Par petites touches, les auteurs de Je suis le sang placent de nombreux clins d'oeil au roman Dracula t on jubile devant ces détails qui trouvent leur place dans ce récit imaginé. A titre d'exemple, le tueur s'appelant Dragan, il envoie une lettre à Bram Stoker qu'il termine par "Votre ami. D." Si un grand sourire ne vient pas se poser sur votre visage à cet instant, je ne peux plus rien pour vous. Il en va de même pour les cauchemars récurrents de Stoker, qui rêve de trois femmes le malmenant et qui inspireront les trois créatures vampires du célèbre comte transylvanien !
Ce croisement entre les meurtres de Jack l'éventreur et l'inspiration que ces derniers provoquent chez Stoker est diablement efficace. Sa relation avec une prostituée, Mary Kelly, jeune femme farouche qui lui inspirera le personnage de Mina, est aussi très bien mis en avant.
Je suis le sang est un cross-over hybride de grande qualité, un pur roman gothico-romantique moderne qui se montre intelligent, subtil, passionnant. Je vous le recommande.