Affiche française
Perdicion - la | Perdicion - la | 2021
Affiche originale
Perdicion - la | Perdicion - la | 2021
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oui

Perdicion - la

Perdicion - la

Un jeune homme part en excursion érotique avec une nouvelle connaissance, pour se retrouver victime captive d'un tueur en série dépravé et dérangé...

Perdicion - la | Perdicion - la | 2021

L'AVIS :

Dans La Perdición, Domiziano Cristopharo dissèque lentement la chute d’un homme pris au piège, broyé par une relation toxique et un huis clos étouffant. Inspiré des crimes du “Butcher Baker” Robert Hansen, le film opère un renversement saisissant : ici, la proie n’est plus une femme, mais un homme, Mark, que l’on suit depuis ses désirs de fuite jusqu’à sa dissolution intérieure. Sur un yacht, flottant entre ciel et mer, se joue un drame d’une cruauté contenue, où l’eau, au lieu d’être un horizon, devient une frontière sans échappatoire.

Mark, interprété avec une justesse troublante par Nicholas Sartori, incarne une fatigue existentielle, une fragilité qui ne demande qu’à céder. Il cherche une sortie de secours à sa routine sentimentale, lasse et creuse. Sa rencontre avec Robert — figure glacée, presque spectrale, incarnée par Lorenzo Vivian — semble d’abord une bouffée d’air. Mais rapidement, le souffle devient halètement.

Le yacht, à l’allure luxueuse, se révèle lentement être un piège doré. L’intimité forcée, l’éloignement du rivage, les gestes codifiés du quotidien… Tout s’organise en un rituel d’aliénation. Le huis clos devient rituel. L’attente, la répétition, le silence, tissent la toile d’une domination insidieuse.

Cristopharo ne filme pas la nudité comme une provocation mais comme une vérité. La chair est ici vulnérable, offerte, exposée à la prédation. Chaque plan sur le corps de Mark dit la dépossession, la peur, l’effritement du “je”. La scène pivot, où le jeune homme dévoile ses fantasmes de soumission, de coercition, trace la ligne de fracture : en se livrant, il signe sa mise à mort symbolique.

La violence qui suit, crue mais jamais gratuite, s’inscrit dans la continuité d’un rapport de pouvoir qui ne dit pas son nom. Robert devient moins un amant qu’un bourreau méthodique, qui infiltre le désir pour mieux le retourner. L’agression sexuelle n’est ni édulcorée, ni esthétisée : elle est frontale, dérangeante, et laisse une empreinte sur le regard du spectateur comme sur la chair de la victime.

Le lendemain, ligoté, bâillonné, Mark est laissé seul, flottant dans le silence comme un spectre dans sa propre vie. Cette ellipse narrative agit comme une suspension du temps, où la souffrance ne crie plus, elle stagne, elle s’infiltre. Une vision cauchemardesque s’ajoute, comme si la psyché même du personnage se désintégrait.

La domination se poursuit, moins brutale qu’avant mais plus insidieuse : gestes mécaniques, touchers humiliants, absence de dialogue. Une scène marquante montre Robert enfonçant violemment ses doigts dans le corps de Mark, dans une gestuelle qui tient autant de la possession que de l’anéantissement. Ce n’est plus du sexe, c’est une prise d’otage.

Une lettre de suicide, discrètement découverte, agit comme un cri muet. La violence ici ne se limite pas à l’acte : elle se loge dans l’isolement, dans la déshumanisation. Mark devient l’ombre de lui-même, vidé, aspiré. Il ne lutte plus : il subit, il attend. L’oppression n’a plus besoin de barreaux.

La force du film est de ne jamais céder au sensationnalisme. La descente psychologique est progressive, distillée. Mark ne devient pas une victime de film d’horreur : il devient une figure tragique, un être en train de se dissoudre, rongé par l’ennui, la manipulation et la perte de soi.

Nicholas Sartori évolue d’une certaine raideur initiale vers une intensité déchirante. Ses regards, ses silences, sa posture disent plus que mille mots. Vivian, lui, incarne le calme glacial du prédateur : sans éclats, sans cris, il impose une présence étouffante, comme une lame sous la gorge qui ne tranche jamais mais menace toujours.

Cristopharo adopte une mise en scène minimaliste, héritée du Dogme 95 : caméra souvent fixe, lumière naturelle, cadre resserré. L’esthétique est sèche, rugueuse, sans fioriture. La musique, rare, souvent classique, tranche avec la violence montrée, rendant le malaise encore plus acide. L’épure crée la claustrophobie. L’économie de moyens devient une arme.

La Perdición ne se regarde pas comme un thriller. C’est un drame dérangeant, une expérience mentale, physique, presque organique. Le film ne cherche pas à choquer, mais à montrer. À faire ressentir. Il enferme le spectateur sur ce bateau, avec Mark, dans le silence, la peur, la répétition, jusqu’à l’étouffement.

Ce n’est pas un film sur la violence. C’est un film sur la dépossession. Sur le corps livré. Sur l’âme qui se décompose lentement. Une œuvre trouble, où la mer ne libère pas mais engloutit.

Perdicion - la | Perdicion - la | 2021
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Bande-annonce
Note
3
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Delphine Greffier