Errementari, le forgeron et le diable
Errementari, el herrero y el diablo
Nous sommes en Espagne, en 1841. Voilà maintenant deux ans que la Première Guerre Carliste est terminée.
Le Gouvernement envoie un inspecteur dans un village pour percer un mystère que semble cacher un forgeron dans sa bâtisse isolée dans la forêt (de l’or aurait été détourné par notre individu). Un être solitaire que craignent les villageois car ces derniers le suspectent d’avoir fait un pacte avec le Diable.
Dans les mêmes moments, une jeune orpheline nommée Usue va entrer dans la forge et découvrir un terrifiant secret que cachait jusqu’à présent notre artisan solitaire…
L'AVIS:
En 2018 je me rendais comme chaque année au Festival International du Film Fantastique de Gérardmer et je découvris un petit film franco-espagnol bien sympathique répondant au nom de "Errementari, le forgeron et le diable".
Présenté en hors-compétition, ce long-métrage ne faisait clairement pas partie des films que j’attendais le plus l’année-là soyons francs (cette année j’attendais avec bien plus d’impatience le dernier Pascal Laugier "Ghostland", le frenchy "Revenge", le nouveau Xavier Gens "Cold skin", le multi-primé "Les bonnes manières", le petit Dick Maas "Prey", le secouant Ryuhei Kitamura "Downrange" ou encore un autre film espagnol d’un certain Alex De La Iglesia : "El bar") et pourtant quelle erreur j’aurais faite si je ne m’étais pas laissé tenter par ce film présenté en toute fin de festival !
Car justement nous en parlions juste avant, l’une des choses qui a suscité mon intérêt pour le film de ce jeune réalisateur n’est autre que le fait que ce dernier est produit par le grand Alex De La Iglesia.
D’ailleurs, le film dont il est question aujourd’hui présente des thématiques chères à notre cinéaste espagnol : humour noire et religion se côtoient en effet une fois de plus pour notre plus grand plaisir dans ce film que vous pouvez trouver aujourd’hui sur Netflix.
Aux côtés du géniteur de "Action mutante" et "Le jour de la bête", nous retrouvons un jeune réalisateur espagnol captivé par le dessin et la bande dessinée qui se passionna très rapidement pour la littérature, les arts graphiques et le cinéma. Son nom ? Paul Urkijo Alijo.
Et nul doute que le compatriote d’Alex De La Iglesia va faire parler de lui dans le milieu de l’Heroïc Fantasy car il a déjà présenté deux films dans les Vosges ancrés dans ce sous-genre cinématographique et tous deux sont fort appréciables : le fameux "Errementari, le forgeron et le diable" - dont il est question aujourd’hui - et cinq ans plus tard "Irati".
Alors, maintenant que nous avons fait le tour du propriétaire, qu’en est-il réellement de ce fameux film au titre intrigant qui reçut le Prix du Public au Festival du Film d’Horreur et Fantastique de San Sebastian en 2017?
Hé bien la première chose que l’on retiendra de ce long-métrage est son scénario diablement (hum hum…) original. Car si notre histoire commence comme bon nombre de films historico-horrifiques teintés d’Heroïc Fantasy (une ambiance très moyenâgeuse, des villageois qui parlent de Diable et de démons, un mystérieux forgeron qui vit en marge de la société et qui semble cacher un secret bien enfoui…), nous allons vite nous retrouver plongés dans un contexte fantastique avec un bestiaire en provenance directe des Enfers, après avoir été confrontés à quelques péripéties bienvenues.
Car ce qui semblait relativement linéaire au départ va s’étoffer un peu plus dans sa narration (un drame familial nous est conté, des affiliations nous sont dévoilées entre certains personnages tandis que d’autres nous montrent leur véritable identité…) : "Errementari, le forgeron et le diable" va rapidement devenir sombre et sans pitié pour certains de ses personnages qui vont se retrouver mêlés à une histoire totalement dingue.
Mais, à l’inverse de toute attente, le film de Paul Urkijo Alijo va même se permettre des touches d’humour bienvenues, typiques du cinéma d’Alex De La Iglesia, alors que le contexte de prime abord ne s’y prête pas du tout à ce moment du récit. Et le tout fonctionne parfaitement, grâce notamment à une galerie de personnages forts intéressants interprétés par des acteurs et actrices convaincants pour la plupart.
Et forcément, quand les péripéties sont au rendez-vous et que les personnages sont captivants, hé bien le rythme est soutenu et on ne s’ennuie pas devant cette histoire mêlant religion, fantastique et humour, le tout ancré dans un contexte historique bien immersif. Car ne l’oublions pas : je l’ai mentionné tout à l’heure, le jeune Paul Urkijo Alijo a baigné dans ses études dans le dessin et les arts graphiques et cela se ressent dans son premier film : "Errementari, le forgeron et le diable" est esthétiquement léché, repose sur des jeux de couleurs réussis (les couleurs chaudes pour représenter le feu, les Enfers et les démons menaçants qui contrastent avec la noirceur de certains lieux intrigants et glauques à souhait que sont la forêt, l’auberge vétuste où se réunissent régulièrement les villageois ou encore l’antre du forgeron par exemple) et fourmille de petits détails nous renvoyant directement dans ce XIXème siècle en proie aux croyances et coutumes ancestrales.
Une immersion visuelle et auditive réussie comme les espagnols savent souvent si bien le faire.
Bien plus Fantasy qu’horrifique, le film de Paul Urkijo Alijo nous livre ici un bestiaire démoniaque divers et réussi, comme en témoignent certains démons dont des effets spéciaux propres ou de simples maquillages ont pu donner vie face à la caméra. C’est visuellement propre en ce qui concerne les effets visuels et le final, magique et divertissant à souhait, est de toute beauté. Un gros point fort pour "Errementari, le forgeron et le diable" !
Au final, ce second visionnage sept ans plus tard sur Netflix n’aura pas fait changer mon avis en ce qui concerne ce premier film de Paul Urkijo Alijo. C’est divertissant, c’est esthétiquement propre, c’est bien joué, c’est original… Bref c’est un bon moment de cinéma auquel nous ont convié les deux compatriotes espagnols, l’un réalisateur et l’autre producteur, pour notre plus grand plaisir.