Affiche française
Kissed | Kissed | 1996
Affiche originale
Kissed | Kissed | 1996
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Kissed

Kissed

Sandra, une jeune femme à la sensibilité singulière, entretient depuis l’enfance une fascination intime pour la mort et les rites funéraires. Cette attirance la pousse à travailler dans une entreprise de pompes funèbres, où elle peut enfin donner libre cours à ses pulsions inavouables. Son univers bascule lorsque Matt, un étudiant en médecine intrigué par son mystère, entre dans sa vie. Dès lors, leur relation se transforme en un jeu troublant, entre désir, obsession et incompréhension...

Kissed | Kissed | 1996

L'AVIS :>

Kissed nous plonge dans un univers rarement exploré avec autant de subtilité. Dès les premières minutes, le film impose une atmosphère à la fois poétique et dérangeante, nous immergeant dans l’esprit de Sandra (incarnée par une fascinante Molly Parker). Contrairement aux clichés, Kissed ne cherche jamais à choquer gratuitement : il traite son sujet avec une douceur inattendue, rendant presque palpable la connexion intime qu’entretient l’héroïne avec l’au-delà.

Visuellement, le film baigne dans une ambiance feutrée où la lumière tamisée et la mise en scène minimaliste accentuent l’impression d’un monde à part. Les scènes où Sandra se recueille auprès des corps sont filmées avec une pudeur étrange, presque mystique, qui souligne la dimension spirituelle de son rapport aux défunts.

Kissed adopte une approche sensorielle et introspective. Le travail du son, subtil mais évocateur, renforce cette impression d’intimité, tandis que la bande originale de Don MacDonald enveloppe le récit d’une mélancolie hypnotique.

Si Kissed aborde frontalement la nécrophilie, il le fait sans voyeurisme ni sensationnalisme. Plus qu’une perversion, elle devient ici une quête d’absolu, une expérience où le contact charnel devient extase spirituelle.

Pour Sandra, les corps inanimés ne sont pas de simples objets, mais des présences silencieuses qui lui offrent une forme de connexion pure, débarrassée des imperfections du monde des vivants. Ce rapport déroutant à la mort, traité avec une étrange délicatesse, confère au film toute sa singularité.

Plutôt que de condamner ou d’expliquer, Kissed nous invite à ressentir, à percevoir la logique interne de son héroïne, sans jamais chercher à l’enfermer dans une case psychiatrique ou criminelle. Sandra demeure une énigme, un territoire d’émotions inexploré qui déstabilise autant qu’il fascine.

Au-delà de son sujet audacieux, Kissed est avant tout l’histoire d’une relation impossible. La rencontre entre Sandra et Matt (Peter Outerbridge) introduit une tension nouvelle : alors que lui cherche à comprendre son mystère et à l’ancrer dans le réel, elle ne voit en lui qu’une distraction terrestre, incapable de rivaliser avec l’expérience transcendante qu’elle vit auprès des défunts.

Le film interroge ainsi notre rapport au désir, à la différence et à l’incommunicabilité. Matt oscille entre fascination et répulsion, tandis que Sandra s’abandonne à son monde sans jamais chercher à le justifier. Cette opposition nourrit une tension croissante jusqu’à l’inévitable rupture.

Si Kissed flirte avec l’indicible, il ne cherche jamais à provoquer gratuitement. La mise en scène évite tout voyeurisme et refuse de réduire Sandra à une figure monstrueuse. Au contraire, le film la présente comme une femme en quête d’un amour absolu, quitte à défier toutes les conventions morales.

Pour son premier long-métrage, Lynne Stopkewich adopte une approche à la fois dépouillée et poétique, privilégiant l’intériorité des personnages plutôt que l’excès dramatique. Sa mise en scène épouse le regard de Sandra, jouant sur des cadrages serrés et une lumière douce qui enveloppe les corps, comme pour atténuer la dureté du sujet.

Elle évite ainsi les clichés glauques et les effets de style trop appuyés, préférant une réalisation contemplative qui capte l’essence du trouble plutôt que sa simple illustration. Chaque détail – un souffle, un frisson, une ombre – devient un élément de langage à part entière, soulignant la frontière ténue entre fascination et effroi.

Cette sobriété formelle s’avère essentielle pour faire de Kissed un film qui trouble plus qu’il ne choque, qui interroge plus qu’il ne condamne. Plutôt que de provoquer, Kissed nous plonge dans une expérience intime et troublante, où la beauté et l’étrangeté s’entrelacent dans une danse funèbre fascinante.

À mi-chemin entre drame romantique et fable macabre, il traite un sujet tabou avec une sensibilité rare, troublante et hypnotique.

Kissed | Kissed | 1996
Kissed | Kissed | 1996
Bande-annonce
Note
4
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Delphine Greffier