Prends ta bible et tire-toi
Prends ta bible et tire-toi
Peu après le passage d’un émissaire extraterrestre venu prévenir sans succès l’Humanité de la venue d’un terrible danger, une pluie de météorites contenant un terrible parasite infectieux transforme la population d’une petite ville de la Somme en Picardie en enragés cannibales. Des lors, des survivants hauts en couleurs ainsi qu’un singe alien humanoïde jouant les chasseurs de primes, tentent de survivre par tout les moyens, même les plus inattendus...
L'AVIS :
S’il n’est pas difficile, l’exercice de critiquer un film est tout de même quelque chose de perturbant. En quelques bafouilles et une note à l’emporte-pièce, l’auteur peut flatter ou blesser une personne qui a travaillé sur son projet pendant des années. Bien sûr, cela marche pour les journalistes ou rédacteurs qui ont pignon sur rue, pas pour un petit scribouillard comme moi ! Mais, tout de même, il est toujours difficile de donner un avis, qui n’engage pourtant que celui qui l’écrit, sur un film. Alors pourquoi, le fais-je, me direz-vous ? Par amour du cinéma et pour pouvoir parler des films, tout simplement ! Et en parlant de passionné, il est facile d’effectuer la transition vers le créateur de « Prends ta bible et tire-toi » : Alexis Wawerka. Imaginez-vous, l’homme a investi son argent (ainsi que celui d’une campagne Ulule) et douze ans de sa vie dans un film d’environ une heure. Un métrage que la plupart de gens qui le verront concluront hâtivement en disant « c’était cool » ou « c’était naze ». Alors, excusez-moi, mesdames et messieurs, mais toute œuvre, underground ou produite par un grand studio, mérite mieux que ça !
Alors, si cette page blanche se noircit et que vous lisez ces quelques phrases, ce n’est pas que pour « critiquer », c’est aussi pour rendre hommage et porter honneur à ce réalisateur qui a passé plus d’une décennie de sa vie pour terminer ce film! Durant ce long laps de temps, il a dû affronter des reports pour causes de problème d’emploi du temps avec son équipe, des galères de tournages, le manque et le besoin d’argent… Il est certainement passé par toutes les phases de démotivation possibles, puis s’est reboosté, a vu plus grand, a ajouté des segments et des effets à ce qui, initialement, devait être un court-métrage.
Oui, vous me direz que c’est bien beau d’avoir de la compassion, mais que c’est le résultat qui compte. Et vous aurez raison… En partie… Car pour ce genre de film dans la lignée des productions Troma ou des films de J.R. Thomson, le contexte a une part non négligeable. Pas pour juger de la qualité du film, mais pour savoir dans quoi on met les pieds. Le spectateur non initié, attiré par la très belle affiche de John Capone, risque effectivement de se prendre un choc thermique s’il s’attend à un blockbuster hollywoodien.
Pour les autres, le plaisir de voir à l’écran des aliens tout droit sortis d’un Star Wars sous acide, un singe chasseur de primes, des marginaux furibonds, des zombies cannibales et j’en passe, risque d’être jubilatoire. Et tout ça avec le budget café d’un film d’auteur en champ/contre-champ dans un appart’.
Alors, oui, cette série B plonge parfois dans le Z, mais sans jamais que ce soit déshonorant. Même si la photographie ou le manque d’ampleur de certaines scènes trahissent parfois le côté limité du budget, cela n’enlève rien à la réussite des maquillages des créatures et aux ambitions science-fictionnelles. Des monstres et des aliens que Wawerka nous montrent en full frontal, sans essayer de nous les cacher, dans une apocalypse zombie qui oscille entre prises de vue réelles et film d’animation.
Du côté du scénario, si l’ensemble est un peu foutraque et rafistolé, cela ajoute au côté unique de l’œuvre. Ici, on n’est pas dans « l’industrie du cinéma », mais dans l’artisanat. Et un artisanat parfois bluffant, lors de séquences en vaisseau extraterrestre, lors d’attaques de zombies ou dans les phases animées.
Et puis, les acteurs et actrices, Flora Labrot, Urfé Koupaki et Pascal Jarlat en tête, se donnent corps et âmes dans leurs rôles. Et quel plaisir de voir des têtes connues pointer le bout de leur nez dans des partitions déjantés. Jean-Claude Dreyfus est hilarant dans le rôle du maire du petit village picard (on dit « Hauts-de-France » !) ; Lloyd Kaufman fait son spectacle en président français (avec l’accent américain), la cultissime Linnea Quigley vient apporter toute la nostalgie nécessaire aux fans de films d’horreur des années 80 et le regretté Jean-Pierre Mocky apparait furtivement pour notre plus grand plaisir.
En conclusion, si le film n’est pas un chef d’œuvre (ce qu’il ne prétend pas être, de toute façon), sa générosité, sa folie, ses fulgurances et ses qualités cinématographiques intrinsèques en font une œuvre à voir ! Et puis, pour la note, un « 3/5 » semble approprié. Mais comme le disait Orelsan, "On te dira d’être premier, jamais d’être heureux. Premier c’est pour ceux qu’ont besoin d’une note, qu’ont pas confiance en eux". Donc, bien au-delà et bien loin de cette note, Alexis Wawerka doit être tout simplement heureux d’avoir vu son film enfin sortir en DVD chez Bach films, dans une chouette édition.
* Disponible en DVD chez BACH FILMS :
https://bachfilms.fr/horreur-angoisse/938-prends-ta-bible-et-tire-toi--…
BONUS :
- DANS LE DERRIÈRE DE PTBETT (Making-Of) - 20 Minutes
- PTBETT (Le court-métrage) - 21 Minutes
- ANIMATIONS DE SLO - 6 Minutes
- DIAPORAMA - 65 Minutes
- CONCEPT-ART - 2 Minutes
- LES CLIPS DE John CAPONE (Concepteur de l'affiche du film).