Affiche française
Chandu le magicien | Chandu the magicien | 1932
Affiche originale
Chandu le magicien | Chandu the magicien | 1932
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Chandu le magicien

Chandu the magicien

Frank Chandler est un magicien doté de pouvoirs surnaturels, acquis auprès de yogis. Sous le nom de Chandu (terme qui désigne également un type d’opium), il utilise ses capacités pour lutter contre le redoutable Roxor, un savant criminel. Ce dernier a enlevé le Dr. Regent, un scientifique ayant conçu un rayon de la mort d’une puissance terrifiante. Roxor projette d’utiliser cette arme pour dominer le monde. Aidé par la fille du Dr. Regent, Nadji, Chandu va devoir déjouer les plans machiavéliques de Roxor et sauver l’humanité d’une destruction imminente...

Chandu le magicien | Chandu the magicien | 1932

L'AVIS :

Sorti en 1932 et co-réalisé par William Cameron Menzies et Marcel Varnel, Chandu le Magicien mêle mystère et orientalisme, ce qui le pose en tant que témoignage du cinéma des années 30, conjuguant exotisme, ésotérisme et technologie futuriste. Ceci, tout en demeurant résolument moderne dans son approche, et assez démonstratif, période pré-code oblige. Il est le fruit d’une adaptation du feuilleton radiophonique à succès diffusé dès 1931, d’abord à Los Angeles, puis plus largement aux États-Unis, jusqu’en 1936. Programme si populaire que la Fox a acheté les droits, pensant avoir un public conquis d’avance sous la main, capitalisant ainsi bien évidemment sur le succès de la série radiophonique. Le film met en scène Edmund Lowe dans le rôle-titre, affrontant un Béla Lugosi en savant fou. Le tournage a débuté le 14 juillet 1932, pour se terminer quelques semaines plus tard. Véritable condensé des tendances cinématographiques de l’époque, Chandu le Magicien mérite une analyse approfondie tant sur le plan esthétique que narratif.

L’histoire suit Frank Chandler (Edmund Lowe), alias Chandu, un Américain ayant acquis des pouvoirs mystiques en Inde auprès d’un ordre occulte, lui conférant des facultés de télépathie, d’hypnose et de lévitation. Il peut également traverser le feu, faire apparaître des choses qui n’existent pas, etc. Le mec est balèse. Dès son retour en Occident, il découvre que Roxor, un génie du mal déterminé à dominer le monde, a enlevé le scientifique Robert Regent afin de le forcer à achever une arme de destruction massive, le Rayon de la Mort. Chandu se lance alors dans une quête périlleuse et un peu laborieuse pour contrecarrer les plans de Roxor et sauver la famille de Regent. À travers une série d’affrontements, il utilise ses pouvoirs pour infiltrer la forteresse de son ennemi, manipuler ses sbires et semer la confusion dans ses rangs. Le film alterne entre duels psychiques, courses-poursuites et évasions spectaculaires, Chandu exploitant à la fois ses compétences mystiques et son intelligence pour triompher.

Ce récit typique du serial – à savoir une suite d’épisodes mettant en scène un affrontement manichéen entre un héros et un antagoniste – exploite un imaginaire mêlant spiritualité orientale et science-fiction naissante, illustré par l’opposition entre les arts occultes de Chandu et la science destructrice de Roxor. Ce fonctionnement est désormais chose courante et c’est une formule qu’on retrouverait évidemment encore dans n’importe quel film d’action contemporain.

Edmund Lowe, alors connu pour ses rôles de soldats et de détectives dans les films muets et sonores, incarne un Chandu assez placide, ce qui n’est ni en adéquation avec la contenance attendue pour un tel personnage, et encore moins quand ledit personnage est l’antagoniste d’un autre personnage de même calibre interprété par Béla Lugosi. On peut également lui reprocher un manque de mystère dans son interprétation, ainsi qu’un manque de charisme en général. En somme, dans la premiière partie du film, avant l’arrivée de Roxor, on s’ennuie un peu. Edmund Lowe avait déjà interprété un magicien un an auparavant, dans The Spider (également co-réalisé par William Cameron Menzies). Cependant, le véritable moteur dramatique du film reste Béla Lugosi. Encore auréolé du succès de Dracula (1931), il insuffle à Roxor une présence scénique et une diction qui rendent le personnage aussi fascinant qu’inquiétant, et tout ceci en plus de son charisme habituel, à toute épreuve. Il permet ainsi de rendre crédibles des lignes de dialogues assez excessives – les dialogues n’étant véritablement pas le point fort du film. Le personnage de savant fou qu’il incarne ici a le mérite de la singularité dans sa filmo. En effet, bien qu’étant connu pour avoir été catalogué comme acteur incarnant Dracula et rôles assimilés, c’est en réalité les rôles de savants fous qui ont été pléthoriques dans sa filmographie (Dr Mirakle en 1932 dans Double Assassinat dans la rue Morgue, Dr Vollin en 1935 dans Le Corbeau, Dr Orloff en 1939 dans The Dark Eyes of London, Dr. Carruthers en 1940 dans The Devil Bat, Dr Vornoff en 1955 dans Bride of the Monster… Et j’en passe !)

L’un des grands atouts du film est la contribution de William Cameron Menzies, l’un des plus influents directeurs artistiques de l’époque, connu pour son travail sur Le Docteur Jekyll et M. Hyde (1920) ou encore sur Le Voleur de Bagdad (1924). Si la mise en scène proprement dite est en grande partie assurée par Marcel Varnel, Menzies, en tant que superviseur visuel, apporte une touche expressionniste aux décors et aux jeux de lumière, jouant sur les ombres et les architectures labyrinthiques. Les scènes dans le temple, où Chandu travaille ses pouvoirs mystiques, rappellent les influences du cinéma allemand des années 20, notamment les expérimentations visuelles de Docteur Mabuse de Fritz Lang. De même, le laboratoire de Roxor, bardé de leviers, d’étranges cadrans lumineux et de machines imposantes, évoque l’héritage de Metropolis (1927). Visuellement, c’est très réussi de bout en bout.

Comme nombre de productions hollywoodiennes de cette époque, Chandu le Magicien repose sur une vision fantasmée de l’Orient. L’Inde et l’Égypte y sont dépeintes comme des lieux de mystère et de pouvoir occulte, servant de toile de fond à un récit où l’Occidental initié devient le dépositaire d’une sagesse antique. Cet aspect rappelle d’autres serials comme Fu Manchu, où l’exotisme est à la fois source de fascination et de danger. Le personnage de Chandu illustre cette ambivalence : bien que formé par des maîtres orientaux, il reste un Américain guidé par un sens moral supérieur. À l’inverse, Roxor, qui combine l’archétype du savant fou et du tyran oriental, incarne la menace étrangère technologique et irrationnelle, un motif récurrent dans les productions pré-Code Hays. Autre thème récurrent de cette période qui rend ce cinéma aussi intéressant (et on peut ici faire un parallèle avec le cinéma des années 70 pour plein de raisons) est l’absence de freins. Ainsi, on peut voir un servant pas très efficace se faire énucléer, ou encore Roxor qui met la fille de l’inventeur (alors vêtue de vêtements relativement transparents) en vente au plus offrant lors d’une enchère publique.

À sa sortie, Chandu le Magicien eut un succès modéré. La première projection a eu lieu en septembre 1932 au Roxy Theater de New York, et ne donna pas lieu à une unanimité de critiques élogieuses. Cependant, le succès du film fût suffisant pour engendrer une suite, The Return of Chandu (1934). Quelques différences notables dans cette suite. Tout d’abord sur le format, puisqu’il s’agit d’un serial de 12 épisodes. La fox espérait un succès plus grand, permettant de faire un second long métrage, et non un serial. Seconde différence notable dans cette nouvelle version, Béla Lugosi, qui incarnait initialement le méchant Roxor, se voit attribuer cette fois le rôle de Chandu lui-même, un choix révélateur de son impact auprès du public et de son magnétisme unique. Ce renversement de distribution témoigne non seulement de la popularité grandissante de l’acteur, mais aussi de l’attrait de son jeu singulier, qui transcendait les archétypes classiques du héros et du vilain pour captiver les spectateurs.

Aujourd’hui, le film est un objet d’étude intéressant pour comprendre l’évolution du cinéma d’aventure et du fantastique à Hollywood. Il anticipe certains éléments du film de super-héros et s’inscrit dans une tradition qui mènera aux serials de la fin des années 30. Son esthétique, quant à elle, témoigne d’une période charnière où l’influence de l’Art déco et de l’expressionnisme allemand façonnait encore le cinéma populaire américain.

Si Chandu le Magicien n’a pas la notoriété de certains classiques contemporains, il demeure une capsule (in)temporelle très intéressante, où la magie du cinéma se conjugue à celle de l’imaginaire des années 30.

Chandu le magicien | Chandu the magicien | 1932
Chandu le magicien | Chandu the magicien | 1932
Bande-annonce
Note
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Mélanie W.