Affiche française
Hex | Hex | 2026
Affiche originale
Hex | Hex | 2026
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oui
Musique de

Hex

Hex

Hex est un documentaire consacré au groupe Witch Club Satan, explorant leur démarche artistique et politique à travers leur quotidien performatif, leurs rituels, et leur volonté de se réapproprier les codes du black metal.

Hex | Hex | 2026

L'AVIS :

Présenté dans le cadre du festival Inferno à Oslo, Hex s’inscrit dans une tendance désormais bien établie du documentaire musical contemporain : privilégier la sensibilité à l’analyse, l’immersion à la distance critique. En prenant pour sujet le collectif Witch Club Satan, le film se donne un matériau particulièrement propice à ce type de traitement : une matière brute où le son, le corps et le rituel se confondent.

D’un point de vue strictement formel, le résultat est difficilement contestable. Hex est remarquablement réalisé. La photographie, souvent travaillée dans des textures contrastées, entre pénombre granuleuse et éclats lumineux presque irréels, confère aux performances une dimension quasi picturale. Il y a là un véritable sens du cadre, du rythme, de la durée.

Le travail sonore mérite une mention particulière. Loin de lisser la rugosité des performances de Witch Club Satan, le film en restitue tout : nappes saturées, cris dissonants, respirations, silences tendus. Le mixage, d’une grande finesse, parvient à rendre lisible ce qui, sur scène, relève parfois de la masse indistincte. C’est un travail d’orfèvre, qui participe pleinement de l’immersion dans ce documentaire qui suit nos protagonistes sur une durée de trois ans. Et c’est bien là la grande réussite de Hex : sa capacité à faire ressentir. Le spectateur n’est pas invité à observer le groupe, mais à en partager l’expérience, y compris au quotidien, dans ce qu’elle a de plus physique, de plus immédiat.

Mais cette réussite formelle constitue aussi, paradoxalement, la principale limite du film.

Car à force de s’en tenir à une logique d’immersion, Hex peine à prendre du recul sur son sujet. Le film accompagne Witch Club Satan, il les épouse, parfois même il les magnifie ; mais il les interroge peu. Les enjeux pourtant essentiels (réappropriation féminine d’un imaginaire historiquement masculin, dimension politique des performances, rapport à l’héritage du black metal…) restent souvent, pour ne pas dire systématiquement, à l’état d’esquisses.

Le contraste est d’autant plus frappant que le contexte est riche. La scène norvégienne charrie une histoire lourde, ambivalente, faite de radicalité artistique mais aussi de postures caricaturales. Hex aurait pu, aurait peut-être dû, inscrire plus clairement son sujet dans cette généalogie, ne serait-ce que pour mieux mesurer la portée du geste de Witch Club Satan.

Or, en l’absence de cette mise en perspective, le film donne parfois le sentiment de rester à la surface de ce qu’il montre, aussi paradoxal que cela puisse paraître au regard de son intensité sensorielle. Il capte, magnifiquement, mais il analyse peu. Il montre, mais ne questionne qu’à demi. Cela ne retire rien à ses qualités plastiques, ni à la puissance de certaines séquences. Mais cela limite sa portée critique. Là où l’on attendrait une tension entre immersion et réflexion, Hex choisit clairement son camp : celui de l’expérience. Au fond, le film fonctionne presque comme une extension des performances qu’il documente : une œuvre qui se vit plus qu’elle ne se commente, qui privilégie l’impact immédiat à la mise à distance.

Dans le cadre du festival, ce choix n’a rien d’anodin. Il participe d’une forme de fidélité à l’esprit du lieu et de la scène. Mais en dehors de ce contexte, il peut laisser un léger sentiment d’inachèvement. Comme si, derrière la beauté indéniable des images et la richesse du travail sonore, il manquait une strate supplémentaire : celle du regard critique.

Un film très abouti sur la forme, indéniablement immersif et souvent fascinant ; mais qui, en refusant de prendre pleinement de la distance avec son sujet, se prive d’une profondeur analytique à la hauteur de ses ambitions esthétiques.

Hex | Hex | 2026
Hex | Hex | 2026
Bande-annonce
Note
4
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Mélanie W.