They will kill you
They will kill you
Après avoir longtemps été séparée de sa sœur Maria, Asia retrouve sa trace dix ans plus tard. Cette dernière serait dans un grand établissement au cœur de Manhattan appelé « Le Virgil », un bâtiment construit en 1923 et abritant une étrange communauté bien décidée à s’en prendre à notre malheureuse jeune femme…
L'AVIS:
"They will kill you" aura fait couler pas mal d’encre lors du premier trimestre 2026. Ce film mâtiné d’action, d’horreur et de comédie aux allures très tarantinesque a très vite été mis en avant sur les réseaux sociaux, notamment grâce à son pitch très vendeur et son affiche racoleuse.
Produit par le cinéaste argentin Andy Muschietti (à qui l’on doit notamment "Mama", "The flash" et le renouveau du clown Gripsou dans le diptyque à succès sorti en 2017 et 2019), dont le nom est bien mis en évidence sur l’affiche, ce film un peu fourre-tout (passez-moi l’expression mais il est difficile de le catégoriser, bien que le survival semble être la case la plus appropriée s’il ne fallait en garder qu’une…) est pourtant loin d’être la BOMBE annoncée, ou plutôt vendue, par les équipes marketing/promotionnelles (teasers tonitruants, affiches très explicites…).
Du moins, en ce qui me concerne… Retour sur ce fameux "They will kill you" dans les quelques paragraphes ci-dessous.
L’un des principaux soucis avec le film de Kirill Sokolov (à qui l’on doit notamment "Why don’t you just die !" passé par le PIFFF en 2019) est que nous ne savons pas trop sur quel pied danser. Démarrant tel un thriller, le film nous plonge ensuite dans l’horreur et le film de secte pour finalement nous balancer de l’action à gogo et lorgner vers le satanic movie, le tout étiqueté « Survival » et saupoudré d’humour (je pense notamment à cette longue séquence d’un œil extrait de son orbite qui se balade dans les conduits d’aération de l’immeuble…).
Bon, soit, pourquoi pas mais encore faut-il que tout ceci soit maîtrisé et que nous ne soyons pas sur un film ne laissant transpirer aucune émotion. Et à ce niveau, c’est vraiment raté…
Le scénario, tout d’abord, n’est clairement pas ce que nous ayons vu de plus original. Très linéaire, ce dernier n’apportera que très peu de rebondissements (une fois passées l’identité des personnes formant cette étrange communauté ainsi que leur « maître » bien plus tard et deux-trois révélations sympathiques sans être renversantes, il ne reste pas grand-chose dans le film de Kirill Sokolov).
Sorte de mix entre Quentin Tarantino (notre héroïne badasse rappelle bien évidemment un certain "Kill Bill"…) et Sam Raimi (un mélange entre horreur et comédie avec une pincée d’absurde qui ne n’est pas sans rappeler les premiers "Evil Dead"), "They will kill you" ne brille pas intellectuellement parlant, c’est indéniable. Ces influences mentionnées ci-avant semblent être la ligne directrice, à tel point que tout le reste ne semble plus avoir beaucoup d’importance… Avec son côté satanique/secte trop vite expédié, sa vague allusion à un contexte social pourtant intéressant (l’embauche – ou plutôt devrait-on dire exploitation – de minorités et de personnes en difficulté) mais finalement pas du tout exploité, les relations entre sœurs complètement survolées et j’en passe, le film de Kirill Sokolov semble ne pas vouloir s’embêter avec toute la cimentation du récit.
Un scénario qui s’avèrera également fortement décevant quand il s’agira de créer une ambiance malsaine.
Généralement, les films de secte génèrent une atmosphère angoissante, un sentiment de mal-être, une impression de ne pas être à sa place et d’être systématiquement épié par une communauté malaisante… Mais ici rien. Une première attaque intervient de la même manière que celle dans "Indiana Jones et le Temple Maudit" quand notre archéologue préféré se retrouve nez à nez avec un tueur après que ce dernier ait utilisé un passage secret menant à sa chambre. « Sympa » me direz-vous, sauf que cette attaque survient beaucoup trop tôt, là où nous aurions préféré que notre chère Asia fasse un peu plus connaissance avec la communauté habitant cette grande bâtisse, le temps de créer cette ambiance anxiogène et de la faire grandir en intensité (peut-être pas aussi longtemps que dans le chef d’œuvre "Midsommar" mais on peut trouver un juste milieu).
Décidemment on en revient toujours à cette même impression que notre cinéaste russe souhaitait orienter plus volontiers son film vers le côté « défouloir gore et dynamique » avec ses nombreuses scènes d’action en veux-tu en voilà que vers le côté fantastique, bien que cette facette reste bien ancrée du début à la fin du récit avec notamment ce final WTF.
Et ce n’est pas le jeu d’acteurs non plus qui nous fera penser le contraire : là aussi, ce n’est pas terrible terrible et seules les scènes de baston semblent vraiment bien travaillées et mises en valeur.
Impossible comme dit avant de ne pas penser à "Kill Bill" ou encore à "John Wick" quand on regarde "They will kill you". Avec sa belle métisse qui dégomme les vilains méchants à tout va à mains nues ou avec diverses armes (machette, hache enflammée, fusil…), ses giclées de sang (moches il faut bien l’avouer : les décapitations et tranchages de membres ne sont pas réussies) qui éclaboussent le visage d’Asia et ses coups qui font bien mal, notre long-métrage du jour ne manque pas de dynamisme !
A ce petit jeu-là, Kirill Sokolov est en parfaite maîtrise de son sujet : avec ses travellings compensés (ou effets Vertigo si vous préférez), ses ralentis soignés et sa caméra virevoltante, le montage est top et les chorégraphies sont très dynamiques et fort bien travaillées pour un rendu vraiment propre. Un gros point fort pour notre film du jour.
Mais la satisfaction sera de courte durée car malheureusement le film s’avère extrêmement répétitif dans ses scènes d’action (la toute dernière m’a carrément ennuyé, c’est pour dire…), "They will kill you" perdant de son intensité et de son maigre intérêt là où justement il aurait dû être punchy et aurait dû tenir en haleine le spectateur.
A trop vouloir nous donner de l’action et de la baston à tout-va, on finit par s’en accoutumer et pire s’ennuyer ferme. Ce n’était clairement pas l’effet escompté mais il est là et c’est vraiment dommageable.
Au final, "They will kill you" n’est pas la petite claque que nous espérions au départ. Certes, les scènes de baston fort bien chorégraphiées sont là mais le reste ne suit malheureusement pas. Avec son scénario simpliste, son ambiance ratée, sa répétitivité navrante ou encore ses personnages pas suffisamment travaillés, la liste des défauts n’est pas négligeable et gâche en grande partie ce long-métrage.