



Nos deux rédacteurs Christophe Jakubowicz et Vincent Duménil ont été invité par la charmante Blanche Aurore Duault de la société MiamCom à venir rencontrer l'actrice culte des films de Lucio Fulci, la sublime Catriona MacColl. Catriona était sur la capitale dans le cadre du Festival Paris-Cinéma 2006, à l'occasion de la diffusion sur grand écran de Frayeurs, ce dernier, ainsi que L'Au-Delà, ressortant également en Dvd dans une édition collector remasterisée chez l'éditeur Néo Publishing. Pour Christophe plus particulièrement, admirateur fou de Catriona, ce fut une rencontre chargée d'émotion.
Voici donc le compte-rendu de cette discussion à trois, pour en apprendre un peu plus sur Catriona MacColl et sur sa relation en tant qu'actrice avec Lucio Fulci.
Bonne lecture !
[Vincent] : Bonjour Catriona. Nous allons commencer par vos origines. Votre prénom a une consonance italienne, hors nous avons su, car nous sommes bien documentés quand même, malgré notre statut amateur, que votre prénom était d'origine écossaise.
[Catriona] : Absolument. Catriona, c'est Catherine en gaélique, ce n'est pas un nom très répandu, mon nom de famille est plus qu'écossais, " MacColl ", et Catriona, qu'on croit être d'origine italienne, ou souvent russe aussi, et bien pas du tout, c'est un nom qui existe encore en Ecosse, il y a de très beaux livres d'époque qui s'appellent Catriona, dont l'un de nos grands écrivains écossais, auteur de " l'île au trésor ", Robert Louis Stevenson, qui a écrit un livre un peu moins connu qui s'appelle " Catriona ", qui était une battante, romantique…
[Vincent] : C'était un prénom prédestiné alors ?
[Catriona] : Ben peut-être, de la part de mon papa alors (rires). C'est un prénom que j'aime beaucoup, bon c'est vrai que ça a pris une certaine résonance en Italie, c'est pour ça qu'il m'ont appelée " Catherine ", parce que la langue italienne fait en sorte que quelque chose qui se termine par " o.n.a. " veut dire grandiose, qui peut être aussi traduit comme " grosse " donc à l'époque, l'agent qui m'avait trouvée en Angleterre me disait " mais c'est pas possible de s'appeler Catriona ", j'ai dit " mais pourquoi ? C'est un très beau nom, c'est mon nom, j'en suis fière, je le revendique " et lui " non c'est pas possible, ça veut dire Grosse Catherine ". Ca m'amusait assez parce que je n'étais pas grosse, encore moins grosse que maintenant, enfin je ne suis pas grosse maintenant (rires) et moi ça me faisait rigoler mais ils ont insisté et comme je ne croyais pas que ces films allaient avoir un tel succès, je me suis dit ce n'est pas grave, ils peuvent m'appeler comme ils veulent, personne ne va les voir en dehors de l'Italie, donc voilà…
[Vincent] : D'accord…Bon j'en viens aussi à votre parcours, vous avez tourné très tôt chez nous, en France, dans un téléfilm...
[Christophe] : C'est même vos débuts si je ne m'abuse, votre tout premier tournage était en France...
[Catriona] : Oui, oui absolument. Mon histoire d'amour avec la France, parce que c'est vraiment ça, a commencé même avant que je sois comédienne, j'étais danseuse et j'avais fait un long entraînement de danseuse classique en Angleterre, du genre " petits rats ", et y'a pas plus dur, je vous assure, même si j'ai aimé ça à l'époque, mais c'est déjà un peu…euh…j'ai eu de très bon moment, j'ai beaucoup aimé ça mais c'est aussi une espèce d'entraînement masochiste donc, si on se projette plus tard dans les films d'horreurs qui sont aussi un peu masochistes, je crois que je me suis retrouvée, mais en même temps, cette espèce de souffrance dont je parle, c'était chaque fois un défi, vaincre cette souffrance, la traverser…
[Vincent] : D'accord et donc, vous vivez depuis quelques années en France…
[Catriona] : Oui, donc j'ai commencé en tant que danseuse en France pendant deux ans à Marseille, suite à ça, un concours de circonstance à fait en sorte que je suis devenue comédienne à travers la danse, on cherchait une danseuse qui saurait jouer un peu dans une pièce de théâtre, j'ai fait partie du centre dramatique de Nice pendant deux ans où j'ai joué des rôles de plus en plus importants, en terminant par Shakespeare, y'a pas plus sérieux que Shakespeare n'est-ce pas, et c'est plutôt cette direction là que je voulais suivre à l'époque, la vie est pleine de surprise, je suis devenue une icône des films d'horreurs (rires) et suite à ces deux années où j'ai côtoyé par mal d'acteurs qui sont maintenant connus, genre Pierre Arditi, Nicole Garcia, mais qui n'étaient pas connus à l'époque en France, tout en étant de très bons acteurs, j'ai commencé à contacter certaines personnes à Paris, en me disant " qu'est-ce que je fais, je retourne en Angleterre, je reste en France ? ", parce que j'avais décidé de me lancer un autre défi, et quelqu'un m'a présentée à un agent à Paris et j'ai commencé à tourner dans des téléfilms, d'ailleurs je ne sais même plus ce que c'est, vous l'avez le premier téléfilm ?
[Christophe] : Grande erreur de ma part, ce matin je me suis dit, il faut que je me rappelle son premier rôle et ça ne me revient plus…
[Catriona] : Ce n'est pas grave, j'essaye de me rappeler mais moi aussi, ça ne me revient plus…
[Vincent] : On sait que l'un de vos premiers grands rôles en France, c'est " Lady Oscar "…

[Catriona] : Ah oui, ça c'était après quelques téléfilms, ça c'était très important pour moi, parce que d'abord, c'était avant Lucio Fulci, c'était une grande rencontre, Jacques et moi, on s'est beaucoup aimé et respecté, et c'est vrai que ce film, qui n'a pas eu malheureusement la carrière qui lui était destinée, et c'est vrai que j'ai eu une carrière assez atypique dans l'ensemble, parce que c'était vraiment destiné à me lancer, Jacques y croyait complètement, je ne sais pas si ce film, qui fait très style Jacques Demy quand même, aurait été un grand succès à l'époque, parce que c'était l'époque où les films genre " Apocalypse Now " sortait, donc c'était vraiment à l'opposé, donc je ne sais pas si ça aurait marché, mais c'était une aventure merveilleuse, film d'époque, cape et d'épée, y'a pas mieux pour une jeune comédienne, j'avais 23 ans quand je l'ai tourné, et je suis allée au Japon, et là bas, je me vante pas hein, j'étais très, très connue, c'était incroyable, incroyable, je ne m'attendais pas à ça, fallait être solide pour pouvoir supporter, j'ai même eu, maintenant que je pense à ça, c'est rigolo, j'ai même eu des fois neuf gardes du corps, dont j'avais besoin, parce que y'avait des émeutes, la foule qui me tombait dessus, c'était un peu comme une aventure hollywoodienne des années 40, ça n'existait pas en Europe à l'époque, même en Amérique…
[Vincent] : Il me semble que Lady Oscar était une coproduction franco-japonaise…
[Catriona] : Oui absolument, coproduction franco-japonaise, mais l'argent était japonais, avec Agnès Varda qui était productrice exécutive en France, et c'était un an de ma vie, car j'ai dû apprendre à monter à cheval, je l'avais fait quand j'étais petite, en fait j'ai menti à l'interview à l'audition, j'ai dit que je savais très bien monter à cheval, faire de l'escrime, et je savais pas du tout mais comme j'avais été danseuse, pour faire de l'escrime, ça m'a beaucoup servi.
[Christophe] : Alors donc, ce qui est intéressant, c'est que vous avez dit, bon là j'improvise, vous avez dit une chose qui m'a interpellé, vous avez dit que Jacques Demy a été une grande histoire, on vous retrouve d'ailleurs dans " trois places pour le 26 ", son dernier film, y'a eu Peau d'Ane entre, même si vous n'avez pas joué dedans, mais c'est vrai que Peau d'Ane c'est du fantastique, y'a un univers, et par rapport à son univers, est-ce vraiment une question de personne votre histoire avec lui, ou justement, cet univers, tout de suite vous vous êtes projetée dedans…
[Catriona] : Dans l'univers de Jacques Demy ? Oui je pense que, malgré l'évidence des films de Jacques Demy, un peu bonbon, eau de rose, avec des effets d'images, de couleurs, d'univers très spécial, il y a quand même toujours une petite cruauté en dessous, petite cruauté très subtile, Jacques n'était pas cruel, il avait un humour parfois très pinçant, que moi j'aimais beaucoup, mais même lui n'était pas toujours facile, il n'était pas l'image de ses films, et ça le rend d'autant plus intéressant.
[Vincent] : C'était une provocation vous pensez de sa part de faire ce genre d'humour ou c'était vraiment lui ?
[Catriona] : Non, non, c'était une commande, il avait été cherché par les Japonais pour faire ce film, c'est ce qu'on m'avait raconté, et y'avait même George Cukor qui avait dit à Jacques, ou bien…enfin on m'avait raconté ça, ça date bien de presque trente ans, qui avait dit à Jacques, qui était très connu à Hollywood, ou il avait dit aux Japonais, qui voulaient au début choisir des acteurs américains et un metteur en scène américain, " vous vous trompez, allez chercher un réalisateur français, pourquoi pas Jacques Demy, qui ferait ça beaucoup mieux et prenez des acteurs anglais plutôt que des américains ". Jacques, c'était tout un personnage, et on s'est côtoyé pas mal parce qu'on a quand même présenté ce film à quelques festivals, pourquoi on s'est trouvé à New York ? On s'est trouvé à New York ensemble, on avait même montré le film à Louis Malle, en projection privée, qui avait été très gentil à mon égard, donc j'étais très encouragée, là dessus, un jeune producteur canadien m'avait contacté, il connaissait Jacques, Jacques lui avait parlé de moi pour faire un film, qui finalement s'est fait des années plus tard et sans moi, c'était un peu chaotique, mais il m'a quand même offert un aller à Hollywood pour aller rencontrer le metteur en scène, pas un aller retour (rires), un aller simple, alors il y avait quelque chose de très poétique par rapport à un aller simple pour aller à Hollywood, j'avais 23/24 ans, je me souviens, j'avais téléphoné à Jacques en disant " mais qu'est-ce que je fais Jacques, c'est qui ce réalisateur, un aller simple, non mais ça va pas " et Jacques m'a dit " vas-y ma chérie, j'y serais en Juillet, on va se retrouver, tu y vas, tu trouveras toujours un moyen de revenir si ça marche ou pas "… (rires)
[Christophe] : Merci pour ces anecdotes ! Ce que je voulais vous proposer maintenant Catriona, évidemment, on est là pour " Frayeurs "…
[Catriona] : Oui, oui, on est pas là pour mes histoires hollywoodiennes… (rires)
[Christophe, Vincent] : Oh non, non, au contraire, ça nous intéresse, car on va parler de Frayeurs, de Fulci, mais justement on a aussi envie de parler d'autre chose, en fait, on a envie de connaître un peu Catriona MacColl, pas seulement pour Frayeurs…
[Catriona] : Très bien, tant mieux, car je suis beaucoup plus que ça (rires)
[Christophe] : Donc vous êtes là pour " Frayeurs " aujourd'hui, et le fait d'être là pour présenter le film, est-ce une forme d'hommage, vous pensez que vous le devez d'être là ? Quelle est la raison de votre présence ?


[Catriona] : En fait, c'est d'assumer pleinement ces films dont j'avais, pas exactement honte au début, mais, je savais que c'étaient des films d'horreurs de série B, enfin on me les avait présentés comme ça, et je ne les voyais pas tellement comme autre chose, à l'époque, je ne pouvais pas mettre ça sur mon CV, ni anglais, ni français, encore moins anglais car c'était assez mal vu de faire ce genre de choses, déjà les films de série B, ça n'existaient pas en Angleterre, mais malheureusement, à l'époque où je les ai tournés, le cinéma anglais existait très peu, et encore aujourd'hui, c'est très difficile, et c'était l'époque Thatcher et elle avait plutôt tué le cinéma qu'autre chose en Angleterre, il y avait un certain snobisme par rapport aux films de série B, les " spaghetti horror " on pouvait appeler ça…
[Vincent] : Il y avait les nasties movies qui ont été interdits à une époque…
[Catriona] : Oui, oui, les nasties movies, mais ils en faisaient partie, ils étaient censurés aussi bien en France qu'en Angleterre, et il y a eu même des débats si je me souviens par rapport à la censure autour de dix films, dont deux des miens, donc j'étais pas très fière, et surtout, comme je ne voulais faire aucun mal à qui que ce soit, et j'espérais pleinement que ces films n'allaient pas influencer qui que ce soit dans le mauvais sens, et donc si je suis là aujourd'hui, c'est parce qu'on m'a fait comprendre, depuis pas mal d'années maintenant, qu'il n'y a pas raison d'avoir honte de ces films, j'ai beaucoup réfléchi au sujet de ces films, qu'est-ce que c'est et je n'ai pas toujours mis le doigt là dessus et je ne suis pas sûre que j'ai envie de le mettre, je pense que Fulci là haut ne voudrait pas non plus qu'on démystifie complètement la chose, j'ai donc réfléchi à pourquoi je les ai fait ces films, qu'est-ce que c'était en moi profondément qui correspondait à ça, et qu'est-ce qui fait en sorte que ces films continuent à plaire, ont une longue histoire et le public, c'est des gens…parce que j'ai eu peur la première fois que je suis allée à une convention, parce qu'en fait, j'ai un peu fui tous ces journalistes, vous le savez ça peut-être, pendant des années, et même mes agents anglais ou autres, ne s'intéressaient pas beaucoup à ça, on en parlait pas et puis un jour, un jeune journaliste anglais, il a beaucoup insisté, et je crois qu'il m'a fait même rechercher, il m'a racontée après, parce que son père était flic, il avait mis Scotland Yard sur le coup, et je me suis dit bon, il va falloir que je me confronte à tout ça, je suis allée le rencontrer et c'était tellement sympa, on a tellement rigolé, qu'il m'a fait comprendre qu'il y avait tout un monde de fan dont je n'étais pas consciente, peut-être qu'il fallait que j'aille dans le cœur du sujet, donc j'ai commencé à aller dans des conventions, dans des endroits tout à fait respectables, même des cinémas indépendants à Londres par exemple, j'ai été en Allemagne, enfin dans plusieurs endroits, et j'ai vu que le public n'était pas des fous furieux, au contraire, c'étaient des gens, y'a même eu des banquiers, des assureurs, des gens auxquels je n'aurais jamais pensé en tant que fan de ces films là, donc j'étais très rassurée, donc j'ai décidé d'assumer ça, en plus, comme je vois que cette vogue ne désemplit pas, enfin c'est comme ça qu'on le vit, pourquoi j'assumerai pas ? Et comme maintenant, il y a la nouvelle génération qui commence à venir me chercher, en hommage à ses films, en hommage à Fulci, je cite particulièrement Pascal Laugier qui m'a vraiment fait prendre conscience de pas mal de choses, il m'a fait comprendre l'importance dans la vie de plein de gens que ces films avaient et que parmi la nouvelle génération, c'est sûrement pas " Saint Ange ", c'est pas un film comme ça, y'a d'autres qui vont venir te chercher aussi… Mais c'est aussi parce que je me sens un peu…c'est pas le mot " devoir ", mais par fidélité envers Lucio parce qu'il n'est plus là pour pouvoir venir, et que finalement la recette entre lui et moi marchait bien, ce qui n'était pas toujours le cas entre lui et les actrices, voilà quoi, par respect pour lui…
[Christophe] : Vous êtes formidable parce que vous nous faites des transitions toutes trouvées… (Rire général)
[Vincent] : Comment avez-vous été amenée à rencontrer Lucio ?

[Catriona] : J'ai été amenée à rencontrer Lucio parce que j'avais un agent en Angleterre, et un agent italien, qui était un personnage sorti des films de Fulci quelque part, extrêmement décadent, opulent, avec un bureau absolument incroyable à Rome, espèce de palais doré, et il avait contacté mon agent anglais en disant que Lucio Fulci, que mon agent ne connaissait pas bien sûr, cherchait une anglaise blonde aux yeux bleus de tel âge, style un peu hitchcockienne, pour faire ce film, et donc mon agent m'avait téléphonée en me disant " écoute, je sais pas trop de quoi il s'agit, un film un peu spécial mais si ça t'amuse, ils veulent te rencontrer et te payer le billet pour aller à Rome ", donc j'y suis allée, en tant que bonne professionnelle, je ne refusais pas, et puis je ne savais pas de quoi il s'agissait vraiment, un film qui faisait peur, c'est tout, et donc, je me souviens que le rendez-vous était très décadent, on était dans cet espèce de palais doré, avec ce personnage très bizarre de l'agent italien qui avait un strabisme très prononcé, ça faisait un personnage très bizarre, et Lucio, qui était sur son 31 ce jour là, qui ne lui ressemblait pas trop, espèce de costume à la Hitchcock, avec pipe et tout, et moi, qui était sur mon 31, avec un très beau manteau, escarpins et tout ça, donc c'était un peu hollywoodien, et il m'avait fait lire le scénario la veille pour que je sache au moins ce qui m'attendait, il a dit " oui " tout de suite, et après, j'ai commencé à m'inquiéter un peu, j'étais au pied du mur, et j'ai téléphoné dès que je suis rentrée à Paris, j'habitais Paris à l'époque, j'ai téléphoné à mon agent et je lui ai demandé ce que je faisais, alors j'avais bien décrypté dans le scénario que les effets, parce que les scénarios n'étaient pas si bien écrits que ça quand même, il manquait beaucoup de chose, et moi je n'avais jamais lu de scénario comme ça, mais je voyais bien qu'en tant que personnage, il n'y avait pas beaucoup de développement de personnage, ça semblait être des espèces de transitions pour mettre un effet spécial avec un autre effet spécial, et que j'avais quand même décrypté que les effets spéciaux ne me concernaient pas trop, c'était pas moi dont l'œil sortait, ou qu'un pic perçait la tête, moi je n'avais qu'à combattre le mal tant bien que mal, et m'échappait en courant, et je pense qu'inconsciemment, ce côté là me plaisait bien, parce que j'aime bien les défis, et déjà Lucio c'était un défi, et certaines séquences, comme avec le cercueil, étaient des défis avec moi-même et je me demandais si j'allais y arriver, et pouvoir survivre avec une certaine dignité avec ce genre de films, ça aussi c'était sûrement un défi, mais c'était inconscient tout ça à l'époque.
[Christophe] : Alors justement, cette fameuse scène du cercueil, j'ai lu beaucoup de chose, il paraît que c'était une scène éprouvante, il paraît que vous avez une phobie pour tout ce qui rampe, et il y avait donc les fameux asticots… Comment Lucio a fait pour vous convaincre de la tourner ?

[Catriona] : En fait, je pars du principe que quand on lit en tant qu'acteur ou actrice un scénario, et qu'il y a des choses marquées dedans, si on est pas d'accord avec, on ne le fait pas, donc, si on accepte, il faut aller jusqu'au bout. Bon après, il faut voir comment les scènes sont tournées, si on a des préoccupations par rapport à ces scènes là, on peut en parler avec le metteur en scène avant pour avoir confiance. Donc en fait, il ne m'a pas vraiment convaincue, puisque j'ai lu le scénario et que je savais qu'il fallait que je passe par là, ce qui était, encore une fois, un défi avec moi-même, mais je me souviens très bien de cette séquence parce qu'elle m'a marquée, j'ai pas fait de cauchemar depuis là-dessus, mais il y a quand même eu un moment, surtout en extérieur, où j'étais dans le cercueil et qu'on a fermé le couvercle, où franchement il fallait être solide, physiquement. Je crois que je ne m'en rendais pas compte, voilà, encore un défi un peu masochiste, " chouette, on va y aller ", mais quand même, on peut pas se rendre compte de comment on va vivre ça. Bon, ça n'a pas duré très longtemps le couvercle fermé, mais c'était dans un cimetière…
[Christophe] : C'était un vrai cimetière ?
[Catriona] : Ah oui, un vrai cimetière, avec les autres tombes à côté, brr…
[Christophe] : Alors ce qui est incroyable, pour cette scène, on parlait d'inconscience à l'époque, et aujourd'hui, avec le recul, c'est super culte !
[Catriona] : C'est super culte et je dirais même que, je l'ai regardé il n'y a pas longtemps, et je trouve qu'elle est belle, elle n'est pas que gore, même pas d'ailleurs, avec les roses, et les ongles, ça marche très bien, on y croit, moi, ça c'était plutôt rigolo puisque j'avais des faux ongles avec du sang derrière, donc ça c'était un gag plutôt qu'autre chose, mais je trouve qu'elle est… elle ne me fait pas peur cette séquence maintenant, c'est de l'avoir vécue qui était difficile, et c'était difficile en studio aussi, parce qu'on a passé beaucoup de temps sur cette séquence, il y a eu toute la partie où on me filme de côté, c'était en studio, le cimetière, c'était à New York, et il fallait être très précis, et y'avait une ambiance incroyable, c'est pas seulement " on y croit " mais il y a une certaine… je ne sais pas si je peux dire " poésie "…
[Vincent] : Si, si, c'est onirique.
[Catriona] : Oui, on sent quelque chose qui se dégage vraiment, et après il y a eu la fameuse séquence du pic…
[Christophe] : Oui voilà… Catriona, si vous me permettez,je voudrais parler de " poésie ", c'est super important. Je suis un grand fan de Lucio Fulci, et j'ai toujours trouvé que ses films étaient, malgré le côté gore, vraiment poétiques, visuellement, mais comme vous le dîtes, les scénarios n'étaient pas terribles. Est-ce que ce n'était pas plutôt un réalisateur du "visuel" ? Les films de Fulci sont pour moi vraiment visuels, et en tant que fan, qu'il n'y ait pas de scénario, ça ne m'a jamais dérangé…
[Catriona] : Ben ça ne gène pas dans le film quand on le voit, je pense, mais je pense aussi que peut-être c'est pour ça que ça a marché entre lui et moi, je ne sais pas, mais moi, quand je fais quoi que ce soit, je le fais le plus professionnellement possible, donc j'ai décidé qu'avec ce rôle là, fallait que j'y crois à fond la caisse, même si c'était un peu farfelu, mais fallait que je sois concentrée, j'ai joué ça comme je jouerai n'importe quoi, avec mes tripes, et comme Lucio a vu que ça se passait comme il voulait, il n'avait pas besoin de me dire grand chose, donc, je pense qu'il y avait un peu comme une recette de cuisine, une vraie alchimie, donc, j'ai dû me trouver une substance pour le personnage, euh, parce que c'était pas écrit… Ces trois personnages me ressemblent quand même, avec le recul…
[Vincent] : Est-ce que ce côté " lacunaire ", restreint des scénarios, n'était pas fait en fait pour laisser place à l'improvisation ?
[Catriona] : Oh, je ne crois pas que c'était fait exprès. Je ne connaissais pas très bien les scénaristes, bon c'était des gens tout à fait intelligents, qui écrivaient avec succès par rapport à la suite des événements, et je ne pense pas, mais c'est vrai qu'en tant qu'actrice, pour que ce soit crédible pour moi, pour jouer, il a fallu trouver tout ce qu'il manquait, je me suis beaucoup servie de moi en fait, je réalise ça après, que ces trois femmes me ressemblent, mais comme il manquait des choses dans le scénario, je me suis appuyée sur moi-même, et ce côté fort/fragile que je revendique totalement, je suis comme ça, c'est un cadeau pour une comédienne, d'être comme ça. Je peux très bien jouer la forte, comme dans une série qui va sortir sur Canal + en novembre, qui s'appelle " Mafiosa ", et qui est une très belle série. Je joue une flic américaine qui vient enquêter sur le trafic de drogue dans la mafia corse, qui est plus dure que dure, et ça, je le fais très facilement. Mais j'aime beaucoup jouer la fragilité aussi…
[Christophe] : Par rapport à Frayeurs, par rapport à la scène du cercueil, vous avez-vu Kill Bill ?
[Catriona] : Il faut que je le vois, je l'ai pas vu, mais je sais qu'on le dit, c'est sûr que Tarantino est un grand fan de Fulci, j'attend qu'il m'appelle (rires). Il l'a déjà fait avec les actrices, avec Pam Grier je crois bien…
[Christophe] : Je voudrais aussi vous parler de Christophe George, par rapport à L'Au-Delà, on a un forum aussi sur le site, et il y a une question existentielle, sur la fin, la fameuse fin de l'Au-Delà. Vous êtes où à la fin ? Vous êtes morts ?
[Catriona] : Je pense qu'il ne faut pas trop chercher, chacun trouve son interprétation, on est un peu dans l'au-delà, et même cette séquence là, qui est plus que macabre, elle est belle, et je crois que c'est pour ça que ça marche trente ans après. Ce n'est pas que pour l'horreur. Loin de là. Parce que j'ai dû chercher pourquoi ça marchait après tant d'années… Et puis il y a aussi, c'est des films qui sont censés être un peu des films américains, mais ils ont une vraie empreinte italienne, ce qui fait en sorte qu'ils sont encore plus décalés, l'histoire se passe en Amérique, à chaque fois, et en fait, c'est pas vraiment américain du tout…
[Christophe, Vincent] : Ah, on nous fait signe que l'interview doit se terminer, y'a encore du monde derrière nous qui vous attend, merci beaucoup Catriona
[Catriona] : Merci à vous, vous étiez très sympathiques, on se voit tout à l'heure pour la dédicace, sans soucis…
MERCI A CATRIONA MacCOLL POUR SA DISPONIBILITE
SPECIALE DEDICACE A BLANCHE AURORE QUI A RENDU POSSIBLE CETTE RENCONTRE !