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LES PLAGES BRETONNES , un écrit de Lucie DEFFOS                                             version imprimable

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  4 septembre 2000. Le vent soufflait fort ce jour là alors que je traînais les pieds sur le sable de la plage. La mer semblait furieuse et gourmande de vies. Il ne faisait même pas chaud, et l’endroit était désert. Les dunes s’approchait de moi, et au bout de deux heures de marche, me paraissaient infiniment jolies et méritées.
Seule, j’étais vraiment seule. Loin de tout et de tous. De lui surtout qui venait de briser 9 années de vie. J’en voulais au monde entier. J’aurai voulu que le monde souffre à ce moment précis, y compris les enfants. Je grimpais sur ma première dune et tirais sur mes mollets : l’effort indispensable pour mériter un ailleurs, une autre vue. J’arrivais tout en haut, et je n’étais plus seule. Je devinais une silhouette au loin recroquevillée sur le sable, auréolée de volants qui semblaient virevolter tout autour. Ce qui devait être son visage se tourna vers moi, je crois. Rien d’autre ne bougeait. Je ne précipitais pas mon pas et avançait doucement, sans envie. Ni surprise.
La silhouette n’en était plus une. «je m’appelle Flo » me dit-elle.
« Sabine » répondis-je, tout en observant sa longue robe de plage dans laquelle le vent s’engouffrait. Elle avait un joli visage, non maquillé, serein, et inondé de tâches de rousseur. Elle détourna son visage et fixa la mer. « Mon prénom évoque la mer, vous ne trouvez pas ? »
Je ne savais que dire et j’esquissais un sourire en guise de réponse.
« vous avez des enfants ? » me glissa t’elle encore.
Je baissais la tête, pendant qu’elle répondait à sa propre question
« moi non plus, pas encore, et je n’en aurais sans doute jamais puisque je vais mourir ».

Tranquillement, je m’asseyais à côté d’elle, et commençais à jouer avec le sable en traçant des formes informes dans le sable.
« Il y a deux heures que je suis assise là, je n’attendais plus rien, et surtout pas vous ».
« Excusez-moi, je peux partir si vous voulez Flo »

Flo avait envie de parler. Elle aussi venait d’être quittée après 12 ans de vie commune, mais je me gardais bien de lui dire que je vivais exactement la même chose et certainement la même douleur.

« Je suis venue ici pour en finir. J’ai pris un nombre conséquent de médicaments, et je ne partirai d’ici qu’enfouie dans le sable, si vous le voulez bien. »
Je ne compris pas de suite la portée de ses tous derniers mots.
« Acceptez vous de m’aider Sabine ? »
Je restais calme. Flo renchérit : « nous sommes loin de tout toutes les deux, personne n’en saura jamais rien, je ne vous demande que de m’effacer dans le sable après que… »

« Après que quoi ? » lui répondis je d’une voix douce.
« Après que vous soyez morte ? que j’accepte de vous voir vous tordre de douleur dans quelques minutes, quelques heures peut-être ? vous ne me connaissez pas, et vous voulez m’infliger votre douleur ? j’accepte.»
Je ne bougeais pas, tout juste je me surpris à me dire que mes derniers mots avaient été d’une facilité déconcertante.

« Merci Sabine, c’est vrai que je ne vous connais pas mais vous semblez si pleine de vie et de compréhension… de l’autre côté de cette dune j’ai creusé un trou comme j’ai pu, si vous pouviez me glisser dedans une fois que …»
A la vérité j’étais toujours pleine de rage. Et l’occasion de voir quelqu’un souffrir, à défaut du monde entier, me comblait. Je ne lui répondis pas et observais son profil. Le regard toujours fixé sur la mer, ses traits semblaient se durcir et sa bouche se tordait par moment. Elle souffait apparemment, et son coktail médicamenteux devait faire son effet.
Elle attrapa soudain une poignée de sable et la mit à la bouche ; Elle se mit à hoqueter et ses yeux se révulsèrent. Je me poussais juste un peu, je n’avais pas envie qu’elle s’agrippe à moi. Ce n’était plus le moment. Je pris moi même une poignée de sable et lui plaquait le visage pour la gaver. Elle a bien essayé de se débattre mais je l’ai giflée. Ce fût même peut-être un coup de poing, je ne me rappelle plus. Le vent ne soufflait plus et l’air se faisait plus frais.

La sable a de magique que traîner un corps est d’une facilité déconcertante. J’éprouvais quelques difficultés tout de même à monter la dune, mais lorsque je découvris le trou creusé juste derrière, je pris le parti de faire rouler le corps jusqu’en bas. Je descendis en sautillant et me prêtait sérieusement à ma promesse. Ma rage s’était estompée et je pris soin de déposer Flo délicatement dans la fosse.
Sur les genoux, aux abords du trou, je regrettais ses tâches de rousseur et son visage ma foi encore jeune. Quels secrets pouvait-elle bien emporter avec elle ? quelle vie pour en arriver là ?
Le vent venait de se lever à nouveau. Je poussais de toute mes forces le sable avec mes mains pour sceller ma besogne. Son visage fût recouvert en premier. Et son ventre bougeât.
Mon visage, fouetté par mes cheveux réclamait son dû. Le vent séchait des larmes que je pensais perdues.

« Il est temps de te reprendre en main Sabine. Et que tu aies un enfant. »




les plages bretonnes

L'AVIS DES INTERNAUTES
Avis de : podzob


Vraiment pas mal. Original. Peut-être un peu court? Je pense que cela mériterait d'être étoffé, plus approfondi au niveau de la relation entre les deux femmes (elles se ressemblent et puis en fait elles ne cherchent pas la même chose). La fin est une bonne idée qui mériterait d'être non pas amenée car cela casserait la chute mais disséminée discrétement (d'une façon qui donnerait envie de relire la nouvelle). Ce sont deux femmes qui ont perdu quelque chose et qui cherche à se guérir ou, au moins, à oublier: une par la mort et l'autre par l'enfant (une renaissance?).Continue comme ça.








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