
Salut JPP. Vu que tu as déjà eu une interview dans le numéro 200 de Mad, je ne vais pas revenir sur la création de Mad Movies mais je vais plutôt m'interesser à tes goûts en matière de cinéma fantastique ou te demander des anecdotes sur des films que j'adore, le tout dans le plus parfait désordre. T'es partant ? (cette question appelle une première réponse ! Si possible OUI, parce que sinon, c'est foiré pour la suite...))
OUI
(OOUUFFF - Ndr)

Ton premier choc cinématographique, c'était quoi ?
Un jour où j’essayais de rentrer par la sortie et que je me suis fait sortir ! Véridique, je manquais d’argent étant gamin et puis il y avait trop de films interdits aux moins de 16 ans à l’époque.
Sinon, je dirais L’Oasis des Tempêtes, Sous le plus grand chapiteau du monde. Le déraillement : affreux !

Tu as réellement vu tous les "craignos monsters" dont tu parles dans tes trois merveilleux ouvrages ? Ca te vient d'où cette passion pour ces nanars bien sympathiques ?
A l’époque du premier, je n’avais pas tout vu, non. Quand tu attaques une filmo, tu tombes forcément sur des trucs invisibles. Mais j’avais pas mal de K7, pas mal de copains qui m’en prêtaient, pas mal de mémoire et beaucoup d’imagination aussi. Dans le cas de films non vus, je ne portais pas de jugements de valeur, ceci étant…
Ma passion pour le genre compensait une solitude sociale et un refus du banal quotidien. Je n’avais ni mère, ni père, ni frères, ni soeurs, ni argent, ni sens de la discipline.

D'ailleurs, à quand un quatrième ??? (Pitié, répond prochainement !!!)
J’ai arrêté la liste des huit éventuels chapitres d’un hypothétique tome 4… et je me suis bravement arrêté là !

Tu as arrêté Mad parce que le cinéma fantastique des années 90-2000 ne te satisfaisait plus. Y a t’il néanmoins un film assez récent qui t'a marqué, dont tu t'es dit "Vache, ça c'est bon !" ?
Le cinéma à effets spéciaux actuel me fait penser à du super jeu vidéo, ça fait super boum à travers mes 12 enceintes et mon monstrueux caisson de basse, Spiderman fait trois fois le tour de la pièce à mes oreilles, mais je l’arrête quand on veut. Je n’ai pas forcément envie d’en savoir davantage, surtout quand j’ai deviné la fin, depuis belle lurette (cf Titanic!). Je ne dis pas que le cinoche actuel n’est pas assez bon pour moi, je dis que je ne suis pas assez bon pour lui. Sinon, le dernier James Bond m'a beaucoup plu, méchant, astucieux, crédible. Nous sommes à cent lieues des cabotinages irritants du bellâtre Roger Moore... toujours !

Mon film préféré est "Massacre à la Tronçonneuse 1974" de Tobe Hooper. Apprécies-tu ce film, peux-tu me raconter ce que tu as ressenti la première fois que tu l’as vu à l'époque ? Est-ce un film important pour toi dans le domaine du cinéma fantastique ?
Je l’ai hélas découvert en vidéo, ce qui en a atténué considérablement l’impact. Ça m’a quand même glacé grave : le meurtre avec le gars qui tremble des pieds, la suspension au crochet de boucher, je me suis dit, "Oui, là on franchit un cap après La Nuit des morts-vivants !"

Sur l'affiche de La Nuit des morts-vivants de Romero, on pouvait lire "Dans le fantastique, jamais le cinéma n'était allé aussi loin. Il ne pourra jamais faire mieux." Es-tu d'accord avec ce slogan concernant ce film ?
Tiens, comme on se retrouve ! Tu l’as fait exprès. Oui, l’horreur "quotidienne" de la Nuit m’a stupéfié. L’aspect docu (j’adore les films docus, je l’ai déjà dit). Ce casting étonnant, cette méchanceté chronique, ça m’a pas mal marqué, oui…

Pour toi, Dracula, c'est Christopher Lee ou Bela Lugosi ?
Lee, sûrement. Je Lee beaucoup, d’ailleurs. Bela surjoue un max. Au théâtre, ça devait passer, mais au cinoche. Dans Le Chat Noir, il est fabuleux, et Karloff encore mieux !

Quels sont les réalisateurs que tu vénères, qui comptent vraiment pour toi ?
Je ne pratique pas la politique des auteurs. Tu vois Le Fantôme de l’opéra de Fisher, et son Cauchemar de Dracula, tu te dis c’est pas le même gars. Et ne parlons pas de son Ile de la terreur. Ah si, tiens, on en parle !

D'après toi, qu'est-ce que n'ont pas les films d'aujourd'hui par rapport aux films anciens et qui a fait que tu n'éprouvais plus le même plaisir d'antan en les visionnant ?
Du mystère, du dépaysement, la suspension de ma crédulité… Ceci dit, quelques-uns s’avèrent surfaits à une plus récente vision : Le cirque des horreurs, Paranoïaque, Le sadique Baron Von Klaus (quel vide !), Le Fascinant Capitaine Clegg , des trucs comme ça…

Si on te demandait un TOP 10 de tes films fantastiques/horrifiques préférés, on trouverait quoi sur cette liste ? Et pourquoi ce choix (en quelques lignes) ?
Ce ne serait pas des films fantastiques, mais des polars, des westerns, des thrillers. Le fantastique sans philosophie, ésotérisme, mise en images fabuleuse, enchantement et dépaysement profond ne m’intéresse plus. Par ailleurs, je revois volontiers une bonne comédie, un bon thriller, mais rarement un film fantastique, exception faite d’une poignée de classiques.

Chez Horreur.com, on apprécie vraiment beaucoup Lucio Fulci. Est-ce un réalisateur que tu appréciais, dont l'univers morbide te parlait ? D'ailleurs, comment interprètes-tu la scène finale de Frayeurs, quand Catriona voit le petit garçon courir vers elle et qu'elle se met à hurler et vlan, fondu au noir, sans explication ?
J’aime Fulci pour sa théâtralisation de l’absurde, son mépris des convenances, son irrationalité narrative. Ce genre de scènes participe à son univers. Tu prends la séquence du locataire où l’acteur Polanski découvre son double dans l‘appartement alors qu’il se tient lui-même dans les toilettes du palier, ça te rend fou. C’est du cinoche qui te dérange, t’interpelle…

Je vais te citer quelques titres de films ou des noms de réalisateurs, dis moi ce qui te vient par la tête en les lisant :
- Suspiria : opéra baroque, gratuité horrifique
- Zombie (le film) : Western
- John Carpenter : The Thing !
- La Fiancée de Frankenstein : baroque, je l’ai déjà dit. Karloff, trop pathétique, Elsa : fascinante femme-oiseau !
- Freaks la Monstrueuse Parade : justice !!!
- Les Griffes de la Nuit : surfait
- Wes Craven : surfait lui aussi, mais quelle atmosphère dans La Dernière maison sur la gauche. Non, là c’est les chiottes…
- Evil Dead : nouvelle vague
- Maniac : traumatisant, long !

Tu lis toujours Mad Movies ?
Pas tout. J’aime quand perce le caractère des auteurs. Ça perce moins qu’avant. Mais c’est partout pareil, Mad n’y est pour rien.

Penses-tu qu'Ed Wood soit vraiment le plus mauvais réalisateur de la planète ?
Non, y’en a plein d’autres. Buchanan, quand même, c’est quelque chose ! W. Lee Wilder aussi…

As-t'on avis, pourquoi le cinéma fantastique et horrifique n'ont (quasi) jamais fait bon ménage en France ? On ne sait pas faire rêver les gens chez nous ? Pourquoi n'y a t'il jamais eu un âge d'or du fantastique en France ?
Hâtons l’avis puisque tu le demandes (ne change pas ton orthographe ni la mienne, sinon on aura l’air con [salaud !!! MDR - Ndr]), et à la vie générale, donc, nous avons connu un âge d’or dans les années 30/40. Mais, hormis les grands classiques de Delannoy, Carné, Tourneur, Clair (pas Philippe, hein !), Cocteau (pas tous !) et quelques exceptions notables (Les Yeux sans visage), le cinoche français se regarde le nombril ou se regarde la bite.

Que représentait la Hammer Films pour toi ? Quels sont tes films préférés de cette firme ?
La trouille quand j’étais gosse. Les très colorés avec des monstres (j’étais simpliste !), ceux avec Cushing/Lee et Michael Ripper.

Tu peux nous parler de Dying God que tu as produit avec ton ami Fabrice Lambot ? Le film est terminé ?
Il se termine et j’y crois beaucoup. Fabrice est un amoureux du cinoche et le plus sincère des individus. En plus c’est mon cop’ (surtout quand je le bats au tennis). Dying God j’y crois beaucoup. Pas mal de festivals nous le réclament, des distributeurs l’attendent, plein de sites en parlent. En plus, j’aimerais bien récupérer mes sous ! Plein beaucoup…

Si tu lègues un jour une partie de ta collection parce que tu n’auras plus assez de place chez toi, tu voudras bien m'en donner une partie maintenant que je t'ai envoyé cette belle interview ? Sinon, chez toi, c'est comment ? Tu as une pièce réservée à cette passion ?
Mon chéri (faut bien qu’on fasse connaissance si tu veux hériter), j’en ai quatre pour tout stocker. Mais j’ai déjà prévenu ma copine que je donnerai ma collec’ à un autre copain !

D'ailleurs, pour rebondir sur ma question 19 et sur la 5 et la 10, quand tu dis que tu n’as plus la passion du genre depuis les années 90-2000, tu veux dire juste à partir de cette période ou tu passes vraiment à autre chose ? Ca m'a intrigué quand j'ai lu ça dans ton interview dans Mad...
Oui, j’en avais marre de devoir réserver des couv’ à des films que nous n’aimions pas, ou pour certains, faisions semblant d’aimer. Celle de Wild Wild West, par exemple, mais d’autres aussi. Il y avait une question d’honnêteté intellectuelle, là-dedans. Je ne ferai pas non plus un magazine de tricot sous le fallacieux prétexte que ça marche... Cela ne m’intéresse plus. Le travail alimentaire, j’ai déjà donné quand j’étais pâtissier. En ce moment, j’écris gratuitement pour notre fanzine Metaluna (Deux numéros parus, Six euros pièce à commander de ma part à Metaluna Productions, 5 rue Paul Gaughin, 60150 Thourotte. Hein, de la pub ? Mais non, personne ne nous regarde : on est entre parenthèses…). Là, je vais me faire Le Spectre de Frankenstein et Soeurs de sang pour les chroniquer. Elle est pas belle, la vie ?
Sinon, j’aime la lecture, ma collection de films, le poker, plein d’autres choses…

Que penses-tu de toute cette vague de remakes qui inonde les écrans ? Le cinéma fantastique aurait-il fait le tour de ce qu'il avait à dire pour que les scénaristes n'aient plus d'idées et se contentent de recycler les classiques ? Tout a été montré ?
Ce n'est pas une mode, c'est l'éternel besoin de rafraîchir les thèmes depuis les origines du cinéma, de perpétuer les mythes. Regarde Le Fantôme de l'Opéra : 1916 (Matray), 1925 (Julian), 1943 (Lubin), 1954 (May), 1960 (Narciso Ibanez Menta), 1962 (Fisher), 1974 (De Palma), 1983 (Markowitz), 1988 (MacGreevy), 1989 (Little), 1990 (Sinclair), 1990 (Richardson), 1998 (Argento), 2003 (Schumacher, très bon pilote auto !), et j'en passe, sans parler des Dracula et des Frankenstein... Par ailleurs, le besoin d'entreprendre le remake de hits au box-office a toujours tenaillé les producteurs et leur compte en banque, c'est humain. Il y a aussi les idolâtres irréductibles : Peter Jackson et son excellent King Kong, etc.
Les thèmes se transmettent ainsi, à chaque fois rénovés, ou pour le moins remis à la mode du jour, avec de nouveaux artifices, de nouveaux effets spéciaux, aptes à satisfaire un nouveau public.

Allez, la dernière et je te laisse tranquille : est-ce que tu as déjà surfé un peu sur notre site (www.horreur.com) et comment le trouves-tu ?
Puissant. D’ailleurs, nous disposons avec Internet d’un formidable outil de liberté. Profitons-en, épuisons-le, car ça ne durera pas (voyez les radios libres, autrefois !). C’est le grand véhicule de l’expression moderne, usons-le avant que des gugusses endimanchés ne légifèrent à notre place. Défendons-le quoi qu’il arrive…
Sinon, j’aime bien ce que vous faites, au fait.
MERCI A JPP POUR SA DISPONIBILITE ET SON HUMOUR TOUJOURS INTACT !
Interview réalisé par Stéphane ERBISTI