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LANGE Remi

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LANGE Remi

Réalisateur indépendant ayant fondé en 2004 sa propre maison de production, « Les Films de l’Ange », Rémi Lange a déjà réalisé plusieurs films remarqués. C’est à l’occasion de la sortie en DVD le 9 janvier de « Mes Parents », satire horrifique et trash d’une grande beauté, que Cinehorreur vous présente cet entretien.

* Quelles ont été vos premières découvertes dans le cinéma fantastique et horrifique, et de quelle façon ces découvertes vous ont-elles marqué ?

J’ai découvert le cinéma fantastique avec des films comme "Freaks", "La fiancée de Frankenstein", que mon père m’obligeait à regarder le soir, au cinéma de minuit. Je me souviens même qu’il me levait de mon lit, alors que j’avais école le lendemain, pour voir ces classiques du cinéma. Comme je l’écrivais dans une biographie pour le dvd de mon film "Tarik el hob" : "C’est son père qui donne à Rémi l’envie de tenir une caméra. Comme de nombreux papas, Jacques Lange tourne une sorte de chronique familiale à l’aide d’une caméra 8 mm. Très vite, son fils est marqué par la magie des séances de projection des films de la famille qui donnent l’impression aux Lange d’être une famille heureuse et unie. Parfois, alors que Rémi a école le lendemain, son père vient le réveiller dans sa chambre pour lui faire assister aux séances du cinéma de minuit de FR3. Dès sa plus tendre enfance, Rémi Lange découvre à la télé des chefs-d’œuvre du cinéma qui resteront à jamais gravés dans sa mémoire : "Le Magicien d’Oz", "Freaks", "Chantons sous la pluie"… Souvent, Jacques emmène sa petite famille au cinéma de Bayeux (Basse-Normandie) pour voir des films de science-fiction, son genre de prédilection… C’est dans ce cinéma-là que Rémi a ses premiers chocs cinématographiques : "King Kong" (1976), "La Guerre des étoiles" (1977), "Rencontres du troisième type" (1978), "Star Trek" (1979)… des films que Rémi s’évertue à faire revivre sous forme de dessins… Depuis son plus jeune âge, Rémi dessine beaucoup. Dans ses dessins, sont souvent présents des explosions, des mondes futuristes effrayants et la couleur rouge : le sang.".
Je crois que cette fascination pour le sang découle de la vision d’un accident, en 1974 (j’avais 5 ans). Comme je le notais dans le documentaire biographique qui accompagne la sortie de omelette : "Un jour de 74, Rémi et sa soeur sortent de l’église du Molay-Littry. Après avoir acheté chez le fleuriste une rose pour leur maman, ils passent devant la pharmacie, ils s’arrêtent alors, intrigués par un attroupement autour d’une ambulance. Quand les gens s’écartent de l’ambulance pour laisser passer deux hommes en blanc, penchés sur un brancard, Rémi découvre, allongé sur le brancard, une femme dont la peau du visage a été arrachée. Les os du crâne sont visibles par endroit. Le spectacle ensanglanté est un choc pour Rémi, qui s’évanouit. Désormais dans son imaginaire et son inconscient, le rouge-sang va rester un élément déterminant. A chaque vacance scolaire, Rémi rend visite à sa grand-mère qui habite Clichy. Celle-ci, outre les visites de musées et de monuments parisiens, entraîne son petit-fils dans les salles obscures. Parfois, ils passent des après-midi entières à regarder plusieurs fois le même film que Rémi a choisi d’après la liste "science-fiction" de "L’Officiel des spectacles" : "Centre Terre 7ème continent", "L’île sur le toit du monde", etc. À la fin de l’année 1981, Jacques achète un magnétoscope VHS. Il est énorme, l’image n’est pas très nette, mais il permet néanmoins à Rémi de louer des dizaines de films bizarres… des films d’horreur, que Rémi, grand amateur de Stephen King depuis la lecture de "Shining" en 1980, affectionne particulièrement : "Massacre à la tronçonneuse", "L’Au-delà", "L’Exorciste", "Zombie"… Parallèlement, Jacques inscrit toute sa petite famille à un ciné-club du fameux cinéma de Bayeux… À cette occasion, Rémi découvre des films qui sont normalement interdits aux moins de treize ou dix-huit ans : "Carrie", "Scum"... Des films qui lui font découvrir la violence des rapports humains… Rémi devient un inconditionnel du genre "gore". Il se met à acheter la revue "Mad Movies" chaque mois, y découvre les moyens de fabriquer soi-même ses propres monstres en latex. Il veut alors devenir maquilleur. (...) En quatrième, sa prof de français lui donne souvent comme sujet : "Ecrivez la suite du texte"… S’inspirant d’Edgar Poe, ou de livres comme "2001, l’odyssée de l’espace", il s’en donne à cœur joie. Son imagination est débordante… Ses rédactions sont souvent trop longues, mais les notes sont très bonnes… Un jour, sa prof vient le voir à la fin d’un cour et lui dit : "tu sais, en relisant ta rédaction, j’ai pensé que tu étais un grand écrivain". Très timide et replié sur son monde imaginaire, il devient très vite l’intello de la classe, un peu coincé, voire un peu efféminé. Bref, il devient le bouc émissaire comme Carrie. Qu’importe, Rémi trouve des interlocuteurs ailleurs, dans le monde du cinéma. Un jour, il envoie une lettre à la revue "Mad Movies" : " Lecteur de votre revue depuis le numéro 22 (qui m’a aussitôt enthousiasmé), je suis de plus en plus étonné par sa richesse artistique, aussi bien du point de vue illustrations / photos que du point de vue textes / interviews (…). La rubrique du ‘ciné-fan’ démontre parfaitement l’originalité de votre magazine et contentera de nombreux cinéastes amateurs. En prenant pour sujet ‘les masques en latex’ vous leur résolvez quelques problèmes techniques non négligeables. Connaissant le latex grâce à votre numéro 22, ce liquide miracle m’a déjà permis de réaliser quelques cadavres et monstres qui, j’espère, figureront dans un de mes prochains films. De même, en réponse à vos suggestions, j’aimerais que les photos que je vous joins figurent dans votre prochain numéro (…)."
Ses espoirs sont récompensés : dans le courrier des lecteurs du numéro 32, en septembre 1984, sont publiées non seulement sa lettre, mais aussi des photos de son mort-vivant en latex, des photos prises par son père…"

Quel lien pourriez-vous établir entre ce genre, toujours qualifié de "sous-genre", et la marginalité, que celle-ci soit sociale, sexuelle ou spirituelle ?

Le lien c’est peut-être la différence. Si l’on est différent, on est rejeté. Dans tous les cas, il s’agit d’une différence liée au corps et à ses pulsions, il s’agit du corps différent :
- le corps soit-disant "monstrueux" des hermaphrodites,
- le corps des handicapés physiques tels qu’on les découvre dans "Freaks" de Browning,
- le corps "anormal" des "gros" et des "laids" (tout ceci par rapport aux critères de beauté de notre société occidentale d’aujourd’hui, que ne cesse de dénoncer Orlan dans ses "Self-Hybridations africaines" (1) par exemple), tel qu’il est décrit dans "Mes parents" par exemple,
- le corps stigmatisé des homosexuel(le)s ou de tous ceux qui n’ont pas des pratiques sexuelles destinées à la procréation, des pratiques sexuelles dites "bizarres", ou "queer",
- le corps mutant sacralisé par Orlan (lors de son opération-chirurgicale-performance de 1993 par exemple) ou Cronenberg, et dont les transsexuels sont pour moi les précurseurs (Orlan dit d’ailleurs qu’elle "fait un transsexualisme femme-femme")…
En général, on ne se marginalise pas, on est marginalisé. Dès qu’on fait quelque chose de différent avec son corps, qui sort des règles imposées par la société (les éducateurs, parents ou éducation nationale, les medias, les règles de convenance sociale, la morale judéo-chrétienne), on est enfermé dans un ghetto. Les pratiques s/m extrêmes telles que les pratique Ron Athey ou les modifications corporelles en général sont mal perçues par l’ensemble de la société…
Le lien entre le cinéma horrifique et la marginalité (sociale, sexuelle ou spirituelle) c’est peut-être aussi l’ouverture, ouverture physique (celle du corps) et ouverture symbolique/sociale (ouverture à l’autre). Personnellement, tout mon cinéma, que ce soit mes films-journaux ("Omelette" et "Les yeux brouillés") ou mon film d’horreur ("Mes parents") a été influencé par l’art corporel (Gina Pane et Michel Journiac) et par l’art Charnel (Orlan)… En 1970, Gina Pane réalise son action "Blessure théorique" : une lame de rasoir est successivement utilisée pour découper un papier, fendre un tissu, et inciser un doigt. Dans sa "LETTRE A UN(E) INCONNU(E)" Gina Pane explique : " Si j'ouvre mon corps afin que vous puissiez y regarder votre sang, c'est pour l'amour de vous, l'autre. ". Sous la peau, il y a le sang et la chair, communs à tous les hommes, quelles que soient leurs origines, leur couleur de peau, leur religion, leur orientation sexuelle… Je veux préciser ici que mes "performances" à moi (si " parler à ses proches " est considéré comme une " performance ", dans mon film "Omelette" par exemple) sont aussi à prendre comme une ouverture, au sens chirurgical, clinique du terme; une ouverture non pas de mon corps mais de mon flux de conscience, ouverture réalisée pour la rencontre et l'échange, pour l'amour de l'autre. Ouverture de ce qu’il y a à l’intérieur de soi : faire son coming-out pour un homosexuel, passage souvent obligatoire et nécessaire pour vivre sa sexualité, c’est se mettre à nu, mettre à nu sa vie privée, ses pensées, ses émotions, faire son coming-out c’est comme ouvrir son corps, montrer ses tripes et son sang, l’offrir à des inconnus… C’est pour ça que j’aime autant les films "gays" que les films "gore", et je vais d’ailleurs éditer en dvd aussi une compilation de courts métrages gores et gays fin février ("Bloody gays", voir mon site), ce n’est pas un hasard… Ouverture plus souvent symbolique dans mes films donc, même si les ouvertures concrètes du corps sont nombreuses... Doigt qui saigne, visage écorché dans "Les yeux brouillés". Le corps dénudé dans "Omelette" : allusion au sida qui met à nu les corps, qui vient d'Hervé Guibert bien entendu (auteur du livre étonnant "Mes parents" auquel je fais un clin d’œil avec le titre de mon film, car j’aime Hervé Guibert). Le corps malade, pathologique, le corps décharné avec la présence du cadavre en latex dans les deux longs métrages... Mais la référence majeure pour moi est la "Messe pour un corps" de Michel Journiac, que j'ai découverte réellement lors de l'exposition "Hors Limites" au Centre Georges-Pompidou fin 1994. "La messe pour un corps" est une action qui a eu lieu le 6 novembre 1969 à la galerie Donguy. Elle a été décrite comme " une parodie de messe, un rituel au cours duquel Journiac donne à ingérer des rondelles de boudin noir fait avec son sang. " (in "L'art au corps", Réunion des Musées Nationaux, Marseille, 1996). Pour moi, la "Messe pour un corps" de Journiac est un des rares cas dans l'histoire de l'art où le corps a été appréhendé en termes d'échanges. C'était une conception moderne libératrice, émancipatrice du corps, qui ne négligeait pas la dimension sociale. Une conception qui impliquait une confrontation directe au corps de l'autre, un dialogue à instaurer. C'est à ce moment-là que le corps est devenu une entité de dépassement, un apprentissage des limites. A l’époque, ces artistes étaient considérés par certains journalistes comme des "fous", des gens qui aiment la douleur, alors qu’ils posaient en fait des questions fondamentales sur la société… Bref, l’ouverture du corps, qu’on la rencontre dans mes films, dans les films d’horreur, dans l’art corporel ou les modifications corporelles contemporaines (celles d’Orlan, des modernes primitives, Le Fakir Musafar (2), de Stelarc, etc) est encore "tabou", voire interdite. On ne doit pas modifier le corps qui nous a soi-disant été donné par Dieu, et la vue du sang ou de l’intérieur du corps est forcément "moche" pour la plupart des gens. "Le corps est le dernier tabou occidental" dit le Fakir Musafar. Et ma définition du corps serait celle d’Orlan : "Corps : identité nomade, multiple, mouvante, mutante".

(1) "Ce sont des photos numériques faites à l'aide de palettes graphiques où j'hybride mon image - qui est censée représenter les standards de beauté de notre époque bien que les deux petites bosses essaient de se battre contre ces standards de beauté – avec des photos ethnographiques ou des images de statuaire et de masques qui représentent les standards de beauté de certaines tribus. C'est ce type d'hybridation qui met en perspective nos propres standards de beauté. J'essaie de montrer que la beauté peut prendre des apparences qui ne sont pas réputées belles, ici sous nos cieux, en ce moment et de les mettre en question, voilà." (Propos d’Orlan recueillis par Laurent Devanne. Entretien réalisé pour l'émission de cinéma Désaxés et diffusée sur Radio Libertaire le 30 mars 2003).

(2)Fakir Musafar (site : http://www.bodyplay.com/fakir/index.html). Le Fakir Musafar est l'inventeur donc des "Modern primitives", des "Primitifs modernes", ces occidentaux qui pratiquent aujourd'hui des rituels-modifications corporelles d'autres temps, d'autres civilisations (tribus indiennes ou africaines). Les sept pratiques recensées et exprimées par ce Fakir tout au long de sa vie sont les suivantes : la contorsion (étirement du corps), la constriction (compression du corps), la déprivation (restriction de mouvement, isolement dans des cases), encombrement (suspension de poids sur diverses parties du corps visant à l'allongement), la pénétration (le piercing, planches à clous), la brûlure (la marquage au fer rouge), la suspension (à l'aide de crochets en particulier). "Le corps physique n'a pas de limites, sa physiologie, sa taille, sa forme sont modifiables (ce dont les soufis et les Indiens sadhus avaient conscience). (...) Une fois les baguettes retirées, les marques ont disparu en moins de deux heures. (...) Les modifications corporelles que pratiquent d'autres cultures nous apprennent que le corps est modulable, qu'il peut être remodelé, complètement transformé." (Fakir Musafar, interview dans Les Inrockuptibles.)
(VOIR MA PREMIERE AUTOBIOGRAPHIE PUBLIEE SUR MON 1ER SITE : http://membres.lycos.fr/langeparlebas/ )

Très peu de films fantastiques et horrifiques ont osé aborder des questions d’une façon proprement homosexuelle. Dernièrement, on a pu voir dans les festivals américains le premier slasher gay, "Hellbent", mais c’est tout le côté "gay pride", paillette et festif qui est mis en avant. A quoi cela est-il dû, selon vous ?

Je ne sais pas vraiment. Le cinéma industriel est, comme le monde gay et lesbien d’aujourd’hui, avant tout affaire de consommation. Ceci est sans doute dû au caractère commercial de la société du spectacle. Des beaux mecs et les paillettes attirent plus (sont plus "vendeurs") que des visages ou des décors austères comme ceux qu’on rencontre dans mon film "Mes parents"…

Avec "Mes parents", ce sont des questions très sérieuses et très sensibles qui sont envisagées : la filiation, l’engendrement, l’identité sexuelle. Ce sujet semble d’ailleurs encore vous intéresser puisque vous avez écrit un scenario intitulé "Comment faire un enfant à Lio". Pourquoi cette préoccupation, et pourquoi la traiter sur un mode fantastique et horrifique ?

C’est la question de la mise au monde d’un enfant qui m’intéresse. Pourquoi on met au monde un enfant, pour soi, pour lui, par instinct animal, parce que la société nous pousse à ça (dans une morale très judéo-chrétienne) ? C’est ce que je critique dans "Mes parents" : la volonté machinale et sans concession de vouloir un enfant à tout prix, même si on ne sait pas pourquoi, quelles que soient les conséquences pour l’enfant… (certaines mères mettent au monde des enfants en leur transmettant leurs maladies incurables, et en connaissance de cause, ce que je trouve odieux). Je pense personnellement que, en général, vouloir mettre au monde un enfant est très égoïste. Par ailleurs, si l’on considère la prolifération ambiante dans notre monde (y compris dans les pays dit "riches"), et le taux d’enfants malheureux dont les parents ne s’occupent pas et qu’il faudrait adopter, je pense qu’il ne faut pas faire d’enfant. Ce qui ne veut pas dire que je suis "anti-enfant", je pense au contraire qu’une fois qu’un enfant est né il faut lui donner un maximum de possibilités d’ouverture au monde, et ceci en lui montrant les limites de notre système judéo-chrétien. La question de la filiation est un prétexte pour parler du sens de la vie, c’est plutôt celle, métaphysique, de l’existence qui me préoccupe : pourquoi on naît… Pour moi la vie est absurde : des amalgames de matière informe (on est des monstres – sûrement - pour d’autres espèces à l’autre bout de l’univers) qui se reproduisent à l’infini, ad vitam aeternam, c’est de l’absurde... La phrase-clef que l’on trouve sur l’affiche de "Mes parents" : "peut-on enfanter plus monstrueux que soi" est à lire dans ce sens… Et je peux finir par citer cette phrase de Serres, dans "Tiers instruit", cité par Orlan elle-même : "Le monstre courant, tatoué, ambidextre, hermaphrodite et métis, que pourrait-il nous faire voir, à présent, sous sa peau ? Oui, le sang et la chair."

La voix du narrateur de "Mes parents", dont nous n’allons pas révéler ici la véritable nature afin d’en conserver la surprise, m’a fait penser à celle d’Antonin Artaud dans son enregistrement radiophonique censuré : "Pour en finir avec le jugement de Dieu" (1947). Cela ne me semble pas être un hasard, car il y est également question de la fabrication d’enfants. En quoi cet auteur, peu connu du grand public, vous semble-t-il proche de votre univers ? Votre façon de scruter vos personnages, de produire des images étranges et perturbantes, n’est-elle pas liée notamment au "Théâtre de la Cruauté" élaboré par Antonin Artaud ?

Quand on aime l’art corporel, l’art charnel, on ne peut qu’être admiratif d’Artaud, lu par Orlan pendant une de ses opérations-performances des années 1990. Et "Pour en finir avec le jugement de Dieu" (1947) est le texte fondateur de tout l’art corporel, du body art jusqu’à l’art charnel d’Orlan. Bref, tous les artistes qui travaillent avec leur corps citent Artaud… Personnellement, fin 1994, je suis tombé sur cette phrase d'Artaud : " Je hais et abjecte en lâche tout être qui accepte d'avoir été fait et ne veut pas s'être refait (...). Je n'accepte pas de n'avoir pas fait mon corps moi-même. " (" Paris-Varsovie ", Revue 84, n°8-9 cité par Alain et Odette Virmaux dans Antonin Artaud, La manufature, Lyon, 1986, p.104 ). Je considère faire partie du courant du cinéma de l'intime qui s'intéresse selon Nicole Brenez à " l'exposition infinie du corps ", au " cinéma de l'organe " (in Je est un film). Oui, j'aime filmer le corps qui exulte, qui éclate, qui se débarrasse des interdits sociaux, des scléroses causées par les tabous de la société. Laissez-moi citer la fin de pour en finir avec le jugement de dieu : "(…) C’est l’homme qu’il faut maintenant se décider à émasculer - Comment cela ? Comment cela ? De quelque côté qu’on vous prenne vous êtes fou, mais fou à lier. - En le faisant passer une fois de plus mais la dernière sur la table d’autopsie pour lui refaire son anatomie. Je dis, pour lui refaire son anatomie. L’homme est malade parce qu’il est mal construit / il faut se décider à le mettre à nu pour lui gratter cet animalcule qui le démange mortellement / Dieu / et avec Dieu / ses organes / car liez-moi si vous le voulez / mais il n’y a rien de plus inutile qu’un organe. Lorsque vous lui aurez fait un corps sans organes vous l’aurez délivré de tous ses automatismes et rendu à sa véritable liberté. Alors vous lui réapprendrez à danser à l’envers
comme dans le délire des bals musette et cet envers sera son véritable endroit." Une de mes sources d'inspiration est le "Théâtre de la Cruauté" : "Je propose un théâtre de la cruauté. Avec cette manie de tout rabaisser qui nous appartient aujourd'hui à tous, cruauté, quand j'ai prononcé ce mot, a tout de suite voulu dire sang pour tout le monde. Mais théâtre de la cruauté veut dire théâtre difficile et cruel d'abord pour moi-même. Et, sur le plan de la représentation, il ne s'agit pas de cette cruauté que nous pouvons exercer les uns contre les autres en nous dépeçant mutuellement les corps, en sciant nos anatomies personnelles ou, tels des empereurs assyriens, en nous adressant par la poste des sacs d'oreilles humaines, de nez ou de narines bien découpés, mais de celle beaucoup plus terrible et nécessaire que les choses peuvent exercer contre nous. Nous ne sommes pas libres. Et le ciel peut encore nous tomber sur la tête. Et le théâtre est fait pour nous apprendre d'abord cela.". Mon théâtre de la cruauté à moi est devenu performance : mes films-journaux ("Omelette", "Les yeux brouillés") sont en quelque sorte des performances filmées où je mets mon corps dans des situations extrêmes, où je le libère de la cruauté que les choses peuvent exercer contre lui... Et la voix du début et fin de "Mes parents", effectivement, est un clin d’oeil à celle d’Antonin Artaud dans Pour en finir… (que l’on peut trouver sur le site http://www.ubu.com/sound/artaud.html , allez-y pour ceux qui ne connaissent pas), à sa poésie sonore, sa façon de prononcer les mots… Antoine Parlebas, mon collaborateur, mon co-tout comme il dit, pourrait vous en parler mieux que moi… C’est un grand fan d’Artaud aussi… Il connaît Pour en finir… par cœur ! Ce passage en particulier :

"Là où ça sent la merde
ça sent l’être.
L’homme aurait très bien pu ne pas chier,
ne pas ouvrir la poche anale,
mais il a choisi de chier
comme il aurait choisi de vivre
au lieu de consentir à vivre mort.
C’est que pour ne pas faire caca,
il lui aurait fallu consentir à ne pas être,
mais il n’a pas pu se résoudre à perdre
l’être,
c’est-à-dire à mourir vivant.
Il y a dans l’être
quelque chose de particulièrement tentant pour l’homme
et ce quelque chose est justement LE CACA."…

Antoine comme moi aimons aussi la critique de ces "usines de fécondation" exposée par Artaud dans Pour en finir… Ceci dit, je ne connais qu’une infirme partie de l’œuvre d’Artaud, mais sans aucun doute, je me sens proche de lui, de son Corps-sans-organes… Incontournable pour ceux qui aiment la littérature, la poésie sonore, le cinéma, l’art corporel, etc.

"Mes parents" contient un nombre impressionnant de références, qui sont d’ailleurs listées dans les remerciements du générique de fin : Lynch, Guitry, Carpenter, Audiard, etc. Cependant ces références ne sont pas de simples clins d’œil dans votre film. Elles sont réappropriées d’une façon cohérente et intelligente, et servent le propos de "Mes parents". Est-ce le résultat d’une élaboration consciente, ou bien travaillez-vous ce matériau au feeling ?

Tout ça est plutôt travaillé au feeling, excepté pour la scène de bagarre entre la femme et son mari vers la fin de la deuxième partie du film qui est calquée sur celle de "Misery". Pour moi, la plupart des citations ne sont que des clins d’œil aux films qui m’ont marqué, qu’ils soient fantastiques, horrifiques ou surréalistes... Comme tout a déjà été fait, je me suis servi de ces références pour faire un film qui cite d’autres films, comme pouvait le faire Leos Carax dans "Mauvais sang" par exemple. Pour faire une sorte de serpent qui se mord la queue… J’ai eu envie de rendre hommage soit aux classiques du genre qui m’ont procuré de fortes émotions ("Carrie", "Misery", avec des femmes "diaboliques", psychologiquement effrayantes, mais attendrissantes, des films adaptés de l’œuvre de Stephen King dont j’ai été l’un des premiers fans français en 1980), soit aux auteurs dont j’aime l’univers… David Lynch (le plan de l’oreille de la bonne est une allusion à "Blue Velvet", l’objet-substitut d’enfant – dont nous tairons la nature pour ménager le suspense - est une allusion directe à "Eraserhead" que j’adore…), Bunuel (les plans en Super-8 de l’enfance de la forte femme…), Guitry (le début est inspiré de ce que j’ai vécu au sein de ma famille – voir "L’histoire du film", la formidable interview d’Annie Alba dans le bonus du dvd -, mais aussi de "La poison"…). Ceci dit, il y a des références moins prestigieuses dans le film. Son histoire est principalement inspirée de "Creepshow", film composé de cinq histoires macabres et intelligentes racontées avec l'humour terrifiant des bandes dessinées EC des années 50 ("Tales from the crypt" par exemple). "Creepshow" est un chef-d'oeuvre de terreur couronné d'humour noir dont chaque histoire est une critique de la cellule familiale traditionnelle : souvent, la personne tuée au sein du couple (le mari ou l’amant) revient d’outre-tombe pour se venger. Je suis un enfant de Stephen King qui lui-même était un enfant de cette littérature populaire fantastique… J’aime beaucoup l’art populaire, le mauvais goût et le kitsch de certaines cartes postales (genre la moule qui ressemble à un vagin, les photos des membres d’une famille qui font leurs besoins, accroupis, les fesses à l’air, au milieu d’une clairière, etc., c’est le côté pipi-caca de l’enfance, le côté "je patauge dedans" qui me fait encore rire), j’aime aussi les bestiaires fantastiques, les grands films décrivant des univers déjantés, à la Russ Meyer (la série des Vixen, "Megavixen", etc.), à la Monty Python ("Le sens de la vie"), ces films qui sont en apparence débiles mais qui sont finalement des satires intelligentes aussi… D’où ce vernis volontairement crétin de "Mes parents", qu’il faut gratter pour "sucer la substantifique moëlle"…

On a parlé à votre propos d’un "Lynch provençal". Quant à moi, je dirais aussi bien qu’avec "Mes parents", Luis Bunuel a rencontré la Troma ! Il y a chez vous un mélange très réussi de satire, de documentaire digne d’un "Strip Tease" (série documentaire sur FR3), d’images gore et de surréalisme percutant. Est-ce une veine stylistique que vous comptez encore explorer ? Pourquoi celle-ci vous a-t-elle semblé pertinente pour "Mes parents" ? En somme, quel était votre but en mélangeant des univers au premier abord si dissemblables?

Ce mélange a été spécialement concocté pour ce film ! Comme le film parle de monstre (monstre humain, physiquement et moralement), je voulais faire un film dont la forme soit monstrueuse, un film-mélange de formes et de genres qui (comme je le dis au début du film via la voix du journaliste à la télé) commence comme un documentaire à la strip-tease, se transforme en un pastiche de film d’horreur, se termine comme une bluette sentimentale. Rien ne me semble plus ennuyeux aujourd’hui qu’un film genro-normé (comme dirait Madame H, avec laquelle je viens de faire mon nouveau film, "The sexe of Madame H", voir www.madameh.com ), un film d’auteur à la française par exemple, qui décrit les problèmes psychologiques de petits Parisiens qui s’ennuient dans leurs 150 mètres carrés… Ce mélange reflète aussi ma volonté d’éclater les frontières en général : il faut éclater les genres à l’intérieur d’un film, comme il faut éclater les frontières entre le "beau" et le "laid", entre le "masculin" et le "féminin" ! Vive le kitsch et le mauvais goût, les corps mutants de l’art corporel de demain (qui seront aussi présents dans la vie de tous les jours je crois) ! Vive les transsexuels d’hier et d’aujourd’hui ! Je ne compte pas réaliser toute ma vie des films monstrueux comme "Mes parents", des mélanges de formes et de genres. J’ai l’intention, surtout, d’embrasser tous les genres au cinéma. Après le journal-filmé expérimental, je m’attaque aujourd’hui à la pure comédie, ("The sexe of Madame H", tourné été 2004, et qui sortira cette année en dvd), et je prépare une comédie musicale… Mon modèle est Kubrick mais je suis loin d’arriver à sa cheville !

Votre film, dans l’ordre chronologique, m’a révulsé, puis bouleversé, et enfin amusé. Au fond, "Mes parents" est une sorte d’ "Education Sentimentale" à la fois horrible et émouvante et qui peut se découper en trois parties, s’acheminant douloureusement mais non sans humour vers un genre de libération pour le personnage principal. Une seconde jeunesse, en quelque sorte. C’est donc une structure très classique mais inhabituelle dans le genre, car on la retrouve plutôt chez Balzac ou dans les films d’André Téchiné (l’apparition de Manuel Blanc est d’autant plus savoureuse). Là encore, est-ce une élaboration consciente de votre part, et en quoi vous paraît-elle d’actualité ?

Je ne sais pas trop comment répondre à cette question, car je n’ai pas tout pensé, ou pensé à tout, comme un véritable cinéaste devrait le faire, et je ne pense pas avoir pensé à ce que tu dis. J’aime Téchiné… mais j’ai demandé à Manuel Blanc de jouer parce que c’est devenu un ami, en le rencontrant sur le tournage d’un film d’une autre amie, Sophie Blondy, que j’ai aussi fait jouer dans mon film… Il y a beaucoup de choses instinctives quand je tourne, et la prise de vue doit rester pour moi une sorte d’automatisme psychique dans la tradition surréaliste, comme l’écriture de l’histoire qui s’écrivait la veille au soir… ou pendant le tournage de la scène elle-même : si une idée me vient, je l’exprime et la rend concrète, j’essaie de la matérialiser avec l’aide des acteurs… Je tiens à garder cette liberté d’expression directe dans l’acte de création, favorisée par la caméra mini-dv : sans éclairage, sans équipe technique lourde, je tourne façon "Dogme" sans aucune contrainte d’argent et sans producteur qui vient compter derrière moi et qui, n’y connaissant rien en matière de cinéma, m’oblige à construire mon film selon des règles à la con (je suis mon propre producteur)… Tout ce que je peux dire, c’est qu’il faut toujours parler un langage narratif classique si on veut faire un art populaire, qui touche un grand nombre de personnes, un film qui puisse passer à la télévision à une heure de grande écoute. Je fais toujours mon possible pour parler le langage du spectateur moyen (ouvrier ou critique de cinéma), pour parler le même langage qu'eux. Quand on monte un film, avec Antoine Parlebas, on garde toujours en mémoire ces mots de Jean Genet : " ayant à dire des choses si singulières, si particulières, je ne pouvais les dire que dans un langage connu de la classe dominante, celle que j'appelle 'tortionnaires' (...). Il fallait qu'ils m'entendent, et pour qu'ils m'entendent, il fallait les agresser dans leur langue. ". Ici la structure est somme toute assez classique pour cette raison, même si le mélange de genres pourra faire croire à l’ouvrier ou au critique de cinéma que le film est "bancal"…


J’en viens tout naturellement à vos acteurs. Ils sont tout simplement extraordinaires, aussi bien dans le côté réaliste des personnages que dans leur aspect d’épouvante et de fantastique. Antoine Parlebas est votre collaborateur depuis le début de votre parcours cinématographique, et c’est fort heureux car il est excellent ! Mais les autres acteurs et actrices, hormis Manuel Blanc, sont inconnus. Comment diable avez-vous donc fait pour trouver de si bons interprètes, et de quelle façon avez-vous travaillé avec eux ? Je veux dire, aucun de ces rôles n’était facile à jouer, et tout particulièrement celui d’Annie Alba, qui se révèle proprement fabuleuse.

Avec Annie nous avons enfanté dans la douleur (vous avez vu le monstre…) ! Non, je rigole ! Au contraire, tout s’est passé dans la joie et la bonne humeur, avec de nombreux fous rires. Avec le rosé de Provence, et la chaleur de l’été, c’est normal ! Ce sont tous des amis (ou des membres de ma famille), et je ne conçois pas le travail autrement. Nous avons travaillé le plus naturellement du monde, quelques heures par jour, quand chacun le pouvait, selon son emploi du temps, puisque tous travaillaient à côté (étant tous non-professionnels, et c’est tant mieux car vierges et non carriéristes) et que personne n’était payé. On a tourné la première partie du film en deux jours, la deuxième en dix jours et la troisième (à Paris) en onze jours. J’ai fait plusieurs prises pour chaque plan comme n’importe quel cinéaste, c’était plus facile avec certains acteurs que d’autres (je ne dirai pas lesquels !), mais, au final, tous sont formidables. Le jeu de ma mère est volontairement exagéré, car je voulais que son comportement rappelle celui de la bonne de "Mon oncle" de Tati (pour que sa façon de jouer fasse un clash avec les autres jeux d’acteurs, plus "naturalistes" on va dire, qu’il y ait un mélange monstrueux de jeu d’acteurs comme il y a un mélange monstrueux de genres et de formes). Je les ai tous fait improviser autour de phrases que je voulais entendre (comme "faut peut-être que tu le changes maintenant, il commence à sentir"). Globalement, à partir de quelques pages de "scénario", je voulais qu’ils parlent avec leurs propres mots, leur jeu était très libre… Comme à chaque fois, j’essaie d’utiliser la vraie personnalité des acteurs pour construire la psychologie des personnages… La clef de la réussite de leur jeu, de leurs talents d’acteurs, c’est leur humanité, le fait qu’il y avait un véritable échange humain entre eux et moi… D’autres renseignements sur la façon dont je travaille avec les acteurs sont dévoilés dans l’"histoire du film par Annie Alba et Francis Pierre" (bonus du dvd) mais pour les découvrir il faudra acheter le dvd, eh eh eh !

Comment vous situez-vous par rapport à ce qu’on pourrait désigner comme l’école française du réalisme horrifique ? Je pense notamment au "Sombre" de Philippe Grandrieux, à "Seul contre tous" ou "Irréversible" de Gaspard Noé, à "Baise-moi" de Virginie Despentes ou encore "Roberto Succo" de Cédric Kahn. Ces cinéastes vous intéressent-ils, et vous sentez-vous proches d’eux ?

J’ai bien sûr beaucoup entendu parler de ces films mais je ne les ai pas vus, exceptés ceux de Gaspard Noé, que j’aime beaucoup, et qui me semble être, avec Philippe Barassat, Marina de Van, et Stéphane Ambiel (dont on peut trouver les courts métrages en bonus sur le dvd de "Mes parents"), l’un des cinéastes les plus inventifs du cinéma de l’étrange français. Cédric Kahn, je connais ses anciens films (que j’aime bien) mais pas ce film que tu cites. Gaspar Noé et Philippe Barassat font des films qui dérangent et je pense que ces cinéastes ont innové dans leur approche de la forme proprement cinématographique… J’aurais été très fier de réaliser des films comme "Le nécrophile" où Philippe Barassat a eu l’idée géniale de faire un croisement bizarre entre l'expressionnisme allemand et la BD, sans compter son utilisation extraordinaire des intertitres humoristiques, et ses inventions musicales (déjà présentes dans son deuxième court "Mon copain Rachid"). Quant à Gaspar Noé, beaucoup de critiques ont cantonné "Irréversible" au rôle exclusif et anecdotique de film provoquant. Or ce film apporte une pierre de plus à l’histoire de la narration au cinéma (histoire déroulée à l’envers), que Ozon n’a fait que répéter dans son film 5 X 2…

Votre parcours cinématographique vous a sans doute confronté à l’univers des producteurs et distributeurs français. En 2004, vous avez fondé votre propre compagnie, "Les Films de L’Ange". Quel est votre point de vue sur cet aspect des choses ? Comment se fait-il, par exemple, que vous n’ayez bénéficié d’aucune aide financière ? Je veux dire, "Mes parents" aurait très bien pu être distribué par MK2 et bénéficier d’une sortie en salle, même réduite. Pourquoi n’est-ce pas le cas ?

J’ai principalement fondé ma société pour contrôler mes propres "productions", pour produire moi-même mes propres films, pour récolter les fruits de mon travail, bref, surtout pour ne pas me faire arnaquer comme je l’ai été dans le passé ! Il est très difficile en France de sortir en salles un film tourné en mini-dv, contrairement à d’autres pays comme l’Allemagne où ça commence à se faire par satellite, ou comme les USA où des petits films indépendants peuvent sortir dans de petites salles équipées en vidéo (ce fut le cas pour mon film "Tarik el hob" qui est sorti début juillet 2004 dans une petite salle de New York, ce qui lui a permis d’obtenir une critique dans le New York Times…). En France, pour sortir en salles un long métrage tourné en vidéo, il faut kinéscoper le film (le transférer en 35 mm), ce qui coûte énormément cher. Et pour obtenir l’argent du kinescopage, c’est encore possible, mais il faut faire des demandes de subventions aux organismes culturels (le CNC, les Régions, etc)… Or pour être habilité à recevoir ces subventions, donc pour être autorisé à produire ce nouveau long métrage en 35 mm, il faut avoir une SARL avec un capital de 50 000 euros minimum (pour être autorisé par le CNC à produire des longs métrages il faut avoir ce capital)… N’ayant pas les moyens de kinéscoper mon long métrage moi-même, et de créer ce genre de SARL, j’aurais pu vendre les droits du film à une société habilitée à le faire… Mais "vendre" est un bien grand mot… Il faut en fait "céder" son film, le donner ! Pour "Tarik el hob", mon 3ème long métrage tourné lui aussi en mini-dv, j’avais trouvé un producteur qui m’a proposé de signer un contrat. Or ce contrat stipulait que je ne commencerais à toucher de l’argent qu’à partir du moment où le producteur se serait remboursé du kinescopage, de sa paye, de ses frais, de ses taxes, de ses repas… Si bien qu’au bout du compte, s’il avait touché de l’argent pour kinéscoper le film et le sortir en salles, je n’aurai moi jamais touché d’argent alors que j’avais tout fait, de l’écriture jusqu’à la post-production… Et en plus, quand je lui ai demandé s’il voulait bien au moins me payer quatre mois au smic pour réobtenir mon statut d’intermittent du spectacle, il a refusé. Donc il fallait lui donner le film, et au bout du compte, je restais dans la même merde financière. Donc j’ai préféré rester dans ma merde financière et garder les droits du film, logique, non ? Pour "Mes parents" j’ai envoyé le film à MK2, effectivement, mais ils n’ont pas aimé… Et au bout du compte, je me suis dit que, si par chance je trouvais un producteur français un peu intéressé par ce genre de films (mais on sait tous que seuls les films d’auteurs à la française petits bourgeois peuvent encore être susceptibles d’être produits), on allait me faire le même genre de propositions… Alors je me suis posé pas mal de questions… Quelle sorte de distribution peut-on trouver en France pour un film tourné en dv sans être dépossédé de son film et de ses droits ? Le DVD, et ensuite la télévision. C’est pour cela que j’ai créé ma petite SARL "Les Films de L’Ange", pour avant tout distribuer mes propres films de cette façon-là, et en même temps pour protéger ma seule unique raison de vivre : mes films tournés en Super-8 et en mini-dv… De cette façon, je contrôle tout, et, en même temps, n’importe quel film tourné en mini-dv peut exister… Ce qui m’a amené à essayer de diffuser en DVD d’autres films tournés de façon indépendante comme les miens, des films queer, de lancer une collection DVD destinée à diffuser des films "étranges, bizarres, mal foutus, homosexuels" (définition du mot "queer" par le Petit Robert) : la collection "Homovies"…


Que pensez-vous de la production fantastique et horrifique à travers le monde ? Quels sont les derniers films qui vous ont plu ?

Je ne suis plus trop au courant, en fait. Je me suis lassé de ce genre de films au début des années 90, parce que j’en avais une indigestion (depuis le temps que j’en voyais…), et aussi parce que je trouvais que la production baissait en qualité. Je suis alors passé à côté de pas mal de chefs-d’œuvres, comme par exemple "Braindead" (1992) que j’adore, comme "Evil Dead". "Braindead", que j’ai découvert en 2004, est en apparence un film crétin pour adolescents mais c’est en fait une satire féroce de la possessivité des mères (enfin je crois)… Mais j’ai toujours autant de plaisir à voir un bon film d’horreur, ou fantastique, encore faut-il qu’il soit bon ! Dernièrement, j’ai eu plaisir à découvrir "Damien, la malédiction", que je n’avais jamais vu… Le dernier film "horrifique" que j’ai vraiment aimé est "Le nécrophile" de Philippe Barassat, parce que c’est aussi un mélange de genres, d’atmosphères, de tonalités, tout comme son film "Transit" que je conseille à tous vos internautes de voir au plus vite… Le dernier film que j’ai vraiment aimé est "Le livre de Jérémie", second long-métrage d'Asia Argento en tant que réalisatrice, adaptation du roman autobiographique de J.T. Leroy, que j’ai découvert au dernier "Festival de l’étrange". Ce film m’a vraiment ému, pour son histoire, ses acteurs remarquables, ses images chocs, parfois horribles, et aussi pour ses audaces formelles, surréalistes… A voir absolument.

Le site Cinehorreur.com vise à entretenir la mémoire du genre fantastique et horrifique. Nous parlons aussi bien des films classiques que des films récents, et c’est donc avec grand plaisir que nous nous sommes proposés de faire découvrir "Mes parents" à nos internautes. Que pensez-vous de notre site ? Selon vous, peut-il jouer un rôle sérieux dans la reconnaissance d’un pan toujours sous-estimé de la culture cinématographique ?

Je n’ai qu’un mot à dire : quand j’ai recherché des partenaires pour la sortie du dvd de "Mes parents", j’ai tout de suite pensé à Cinehorreur.com. Car ce site est pour moi le site français le plus complet sur le genre fantastique et horrifique, et aussi le plus intelligent. La preuve : vos questions pertinentes et qui témoignent d’une analyse précise et approfondie des films que vous critiquez. C’est rare, alors je ne peux vous souhaiter qu’une longue vie, d’autant plus que vous êtes tous très cools !

Ultime question : savez-vous que par votre faute, je ne pourrai probablement plus jamais manger de poulet ? Et avez-vous des excuses valables à formuler à cet égard? (joke !)

Alors il faut que tu regardes "La poule à papi", court métrage d’Arnaud Briquet (1993) que l’on trouve sur la compilation "10 ans d’étranges courts métrages" éditée par les programmes courts de Canal + et "L’étrange festival"… Si tu vois ce film, les poulets, tu vas les aimer à nouveau. Tu auras peut-être même envie de les pénétrer… avec capote ! (joke too) ! Un très grand merci Stéphane, et j’espère que mes réponses ont été à la hauteur de tes questions, intelligentes, fines… et pas chiantes !


Au nom de toute l’équipe Cinehorreur, je vous remercie d’avoir répondu à ces questions. Je souhaite à votre film le succès qu’il mérite, et pour vous et vos collaborateurs, une longue et heureuse continuation !

Merci… à vous aussi !

Interview réalisée par Stéphane Jolivet, le 6 janvier 2005.

Vous pouvez retrouver le site de Rémi Lange ici :
http://membres.lycos.fr/omeletteaubeurre/


L'AVIS DES INTERNAUTES
Avis de : mouhcine


tous ce que fait c'est néfacte






Avis de : vlad


Bravo ;-)






Avis de : arok-le-barbare


bonjour et bien c'est le style de carrière que je souhaite faire donc bravo voilà je souhaite aboutir à une carrière identique à la vôtre que me conseillez-v car je suis un autodidacte mais j'ai un amour énorme pour le milieu du cinéma même si il n'y a pratiquement que des requins dans ce métier mais je suis prêt à tout dans la mesure du raisonnable bien sûr pour arriver au bout de mes rêves alors M. langesi vous voulez bien me répondre voici mon adresse e-mail qui est rfrtdre@yahoo.fr merci d'avance pour la réponse vous allez me donnée

signé arok-le-Barbare








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