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En quête d’une première maison, un jeune couple se laisse guider par un agent immobilier quelque peu atypique qui les amène dans un étrange lotissement pour y visiter un pavillon neuf qui va rapidement se transformer en véritable piège pour nos deux amants.



L'AVIS:

[Ndlr : Cette chronique contient un spoiler dans son avant-dernier paragraphe, identifié par des balises]

Présenté en compétition lors de la 27ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer en 2020, le film "Vivarium" de Lorcan Finnegan s’était déjà fait une belle petite réputation après un passage par l’Etrange Festival sur Paris l’année précédente (sans oublier que ce dernier était également passé par Cannes). Un long-métrage qui ne laissait pas beaucoup d’avis négatifs après son passage par la capitale, ce que n’avait pas oublié le public géromois qui s’est alors rué dans les salles de la Perle des Vosges pour le découvrir à son tour.

Avec en tête d'affiche Jesse - "Zombieland" – Eisenberg et la belle Imogen Poots ("28 semaines plus tard", "Centurion", "Fright night"...), "Vivarium" est ce que l’on peut appeler un ovni cinématographique (que nous classons bien souvent à horreur.com dans la catégorie « insolite »).
Un thriller loin d’être facile d’accès et qui pourra ne pas plaire à tout le monde selon moi (bien que paradoxalement je n’avais pas vu beaucoup d’avis négatifs sur la toile avant de me rendre au festival de Gérardmer).



Hormis sa structure narrative présentée sous la forme d’une longue métaphore servant de fondation pour instaurer une bien belle critique de la société actuelle (j’en dirai plus quelques paragraphes plus loin) qui pourra rebuter plus d’une personne perdue dans les méandres d’un final laissant clairement la place à notre libre interprétation, c’est principalement la narration très lente et la répétitivité des séquences qui ont quelque peu déçu les spectateurs que j’ai interrogés durant le festival de Gérardmer (car oui il y en a eu quand-même des déçus dans les Vosges).
De bonnes idées, quelques séquences mémorables même, mais un rythme bien trop lent : voici ce qui résume un peu la pensée de nombreux festivaliers.

Alors effectivement je ne peux que hocher la tête en ce qui concerne la lenteur de l’intrigue mais pourtant ce "Vivarium" a cette faculté de tenir en haleine le spectateur grâce à quelques bons atouts indéniables que le réalisateur n’hésite pas bien longtemps à sortir de son chapeau pour contrer la monotonie qui aurait pu rapidement s’installer dans ce genre de production.

Tout d’abord, le film de Lorcan Finnegan bénéficie d’un solide casting. Sans parler de la notoriété des deux protagonistes principaux, il faut bien admettre que nos acteur(trice)s font le job et parviennent à insuffler à cette intrigue intelligemment pensée - mais nécessitant une once de réflexion - un petit goût de reviens-y. Ce petit quelque chose qui - par le biais des mimiques, des comportements ou des dialogues distillés - fait que nous adhérons à cette histoire, aussi bizarre, lente et répétitive soit-elle. C’est cela parfois que l’on appelle le talent d’acteur...

Les petites touches d’humour qui parsèment le film ne sont pas non plus étrangères à cette captivité du spectateur qui tantôt esquissera des sourires tantôt ne manquera pas de rire un petit coup devant certaines scènes. Ce sera par exemple ces petits moments de « vie de famille » (si l’on peut dire ainsi ici...) où notre couple sera face à un enfant pas comme les autres, véritable petite tête à claque que l’on adopte pourtant très rapidement.

Enfin, bien évidemment, ce sentiment d'emprisonnement et d'isolement parfaitement retranscrit ici participe grandement à la réussite du film et à l’attrait que l’on peut lui porter. Piégés dans une sorte de dimension parallèle d’où il semble clairement impossible de s’échapper ou encore d’appeler à l’aide faute de réseau (nous sommes plongés dans une zone pavillonnaire dans laquelle toutes les maisons sont identiques et semblent s’étendre à l’infini autour de nous, rendant alors l’orientation très compliquée), une atmosphère oppressante s’installe progressivement tandis que les nerfs de nos deux protagonistes principaux sont mis à rude épreuve.



Mais que serait "Vivarium" sans ce message porté par cette narration se refusant d’expliquer bêtement le second niveau de lecture du scénario (bien plus intéressant et sans lequel le film n’aurait clairement aucun intérêt), préférant nous laisser interpréter ce que nous venons de voir ?

Car nous avons là une critique de la société actuelle baignant dans le consumérisme et dans laquelle nous vivons une vie formatée, propice au conformisme (nous recherchons quasi tous des maisons en priorisant les mêmes critères, nous vivons pour beaucoup dans des quartiers aux maisons semblables, nous nous abrutissons avec les mêmes bêtises à la télévision, nous élevons nos enfants en suivant des codes/règles de vie identiques pour qu'ils puissent à leur tour ensuite prendre leur indépendance et s'occuper de nous dans nos derniers jours de vie...), le tout plongé dans une belle grande métaphore dévoilée par le titre-même du film ([début spoiler] une transposition de la vie humaine dans la vie banale d'un animal de compagnie que l'on achète, met en cage, nourrit chaque jour, à qui on laisse faire des tours dans son petit espace vital et que l'on enterre une fois mort pour en racheter ensuite un nouveau pour redémarrer un nouveau cycle...[fin spoiler]).



Pour résumer, "Vivarium" est un film tout aussi étrange qu'intéressant et intelligent qui aura su retenir mon attention malgré la lenteur et la répétitivité de son intrigue (contrebalancée toutefois par des touches d'humour et des protagonistes qui savent nous tenir en haleine). Une sympathique expérience donc que je vous propose de vivre si ce n’est déjà fait.


Teaser :










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