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Au nord du Québec, une mystérieuse épidémie ravage les campagnes. Certains canadiens ne sont plus ce qu’ils étaient et semblent avoir été infectés par une sorte de virus les transformant en êtres cannibales. Appelés « les affamés », ces derniers sont semblables à des morts-vivants et s’en prennent aux malheureux qui croisent leurs chemins. Une poignée de survivants font en sorte de leur échapper...



L'AVIS :

Après "Saints-Martyrs-Des-Damnés" (2005) ayant reçu le Prix de la Meilleure Réalisation à Fantasporto 2006 et "à l’origine d’un cri" (2010), drame social plébiscité par la critique et ayant fait le tour des festivals internationaux, le réalisateur Robin Aubert revient avec un nouveau film (son cinquième) intitulé "les affamés".

Nous ne connaissons pas grand chose du Québec en termes de cinéma fantastique mais les quelques titres qui nous viennent en tête quand on pense à cette région du Canada nous laissent imaginer de bien belles perspectives. Des films adaptés du romancier Patrick Senécal ("5150, rue des Ormes" et "les 7 jours du talion") à ceux réalisés par Maurice Devereaux ("slashers", "end of the line"), en passant par un certain Eric Falardeau ("thanatomorphose"), rares sont les déceptions en la matière.
C’est donc avec beaucoup d’impatience que j’avais commencé en deuxième moitié de 2017 à parler d’un certain "les affamés". Un film ayant été projeté au festival de Sitges et à Toronto (TIFF) ainsi qu'au Fantastic Fest sur l’année en question et ayant eu d'assez bons retours de la part du public (Prix du Meilleur Film Canadien au TIFF et Prix du Public au Festival du Nouveau Cinéma notamment).

Très satisfait je fus en découvrant dans mon dossier de Presse du festival de Gérardmer que le film de Robin Aubert serait présenté en compétition lors de la 25e édition. Et je ne m’étais pas trompé : notre film québecquois reçut le Prix du Jury (ex-aequo avec le très sympathique "les bonnes manières") dans les Vosges !



"Les affamés" peut être vu comme un film d’auteur mêlant avec pas mal de réussite aspect horrifique (nous sommes purement dans le film de contamination/infection avec des personnes dévorant leurs victimes...) et aspect dramatique (famille séparée, bon ami décédé, petite fille devenue orpheline et récupérée par un duo mixte de survivants...) dans son scénario, le tout saupoudré d’une bonne touche d’humour en prime.

Je parle ici de film d’auteur car Robin Aubert semble vouloir clairement se détacher de ce que l’on voit habituellement dans des films de contamination/infection, ce dernier apportant une touche personnelle bienvenue, même si cette dernière ne plaira peut-être pas forcément à tout le monde (des séquences plus ou moins métaphoriques pour certaines interpellent, plus particulièrement dans la seconde partie, et font appel à votre imagination). Il n’était d’ailleurs pas rare durant le festival vosgiens d’entendre des « what the fuck ? » au sujet de certains rapides passages en toute fin du film...

Film d’auteur car, comme je le disais, ici on essaye de sortir des sentiers battus à de nombreuses reprises, le cinéma fantastique faisant la part belle aux films de contamination/infection depuis le début de ce siècle (entre les virus « classiques », les zombies...).
Exit donc la partie « découverte » dirons-nous (vous savez, celle où on commence à constater des symptômes chez certaines personnes et où la population commence à s’affoler pendant que les médias balancent à tout-va des flashs infos au sujet de cette épidémie grandissante...) car dans "les affamés", le cadre post-apocalyptique est déjà en place (si on fait exception de la séquence servant d’amorce pour le titre).
La contamination a en effet déjà bien commencé quand nous arrivons au Québec. Les terres sont désertiques, les personnes encore saines semblent déjà habituées à vivre dans cet univers ravagé par cette mystérieuse contamination (deux amis se racontent des petites blagues en regardant brûler un cadavre de contaminé comme si de rien n’était, une dame se promène avec sa machette, rien de plus normal, et s’arrête pour zigouiller de temps à autres un infecté...).

Dans le film de Robin Aubert, nous suivons des personnages fuyant ces contaminés qui parcourent la campagne (en solo ou en petits groupes) et vont se retrouver tous ensemble à un moment donné. Un scénario formé au départ de petits segments (des sous-histoires dirons-nous) et dont les pièces du puzzle vont progressivement s’assembler (après quelques péripéties bienvenues, des rencontres inattendues) pour donner un noyau dur de survivants (car nous le savons bien : dans ce genre de scénario, film d’auteur ou pas, l’unité est primordiale car se séparer est la meilleure solution pour se faire décimer au final).

Et même si le côté « film d’auteur » se ressent même dans ses spécificités les moins appréciées généralement par le Grand Public – ce rythme lent dans la narration pouvant gêner certaines personnes (des scènes sont parfois très longues, entre l’exploration d’une ferme et des scènes de contemplation...) - au moins aucun doute là-dessus : nous sommes bien loin du blockbuster américain où tout est déjà convenu à l’annonce même du résumé et c’est tant mieux !
Cependant, malgré cet aspect « film d’auteur » très marqué, que le Grand Public se rassure (hu hu) : "les affamés" n’oublie pas les codes du genre (une morsure qui est fatale pour la victime, les longues visites de maisons abandonnées, les courses-poursuites dans les bois, cette fâcheuse habitude de se diviser dans les mauvais moments...). Bah oui, on ne va pas quand-même tout dénaturer, n’oublions pas que nous sommes en plein film fantastique de contamination !



Mais ce qui fit mouche lors de sa projection à Gérardmer chez de nombreux festivaliers interrogés sur place, c’est sans conteste ce mélange entre horreur, drame et humour. Un savant mélange bien dosé par Robin Aubert qui parvient à nous tenir en haleine du début à la fin grâce à cet aspect dramatique teinté d’humour (noir de préférence). « Bien dosé » disais-je car oui l’objectif ici n’est pas de tomber dans un "shaun of the dead", "mad zombies", "zombieland", "cockneys vs zombies" et autres comédies zombiesques mais bien de rester avant tout dans cet aspect dramatique (d’ailleurs le final viendra le confirmer...).

C’est amusant de dire cela mais c’est donc avec parcimonie que Robin Aubert parvient toutefois paradoxalement à faire la part belle à l'humour tout en conservant en priorité le côté dramatique de la situation. Petites blagues de derrière les fagots distillées par un Marc-André Grondin (vu dans "C.R.A.Z.Y." et "bouquet final" notamment et surtout César du Meilleur Espoir Masculin 2009 pour son rôle dans "le premier jour du reste de ta vie") très juste dans son interprétation, dialogues pétillants, situations quelque peu absurdes (une Brigitte Poupart qui dézingue à tout-va du contaminé comme une acharnée, des cornichons en guise de repas quelque peu frugal...) et répliques flashs faisant mouche (prenons pour exemple cette scène hilarante où Marc-André Grondin part en plein discours face à une Monia Chokri qui finit par lui annoncer au bout d’un certain temps qu’elle n’a rien entendu car elle a des boules quies).

Un casting d’ailleurs très convaincant, parvenant tantôt à nous faire rire tantôt à nous attendrir (la pauvre petite Zoé jouée par une jeune mais déjà talentueuse Charlotte St-Martin), chacun essayant de s’échapper à sa manière de ce monde ravagé (les blagues pour Bonin ou l’accordéon pour Tania comme échappatoire, pendant que d’autres préfèrent, comme Zoé, s’isoler par la pensée et l’imaginaire).
Une galerie de personnages assez atypiques qui forcément donne envie : entre un pauvre gars roi de la blague, héros malgré lui (et au final très attachant), des femmes fortes qui n’hésitent pas à buter tout ce qui bouge, un garçon-soldat ou encore une petite brune un brin fofolle par moments et maladroite à souhait, difficile de s’ennuyer devant le film de Robin Aubert !

Ajoutez à cela des infectés plutôt convaincants (hargneux, vifs et avides de chair fraîche), même si leur identité n’est pas vraiment dévoilé (probablement LE grand mystère du film).
Mais qu’est-ce donc ? On les surnomme « des choses » tout au long du film... On pense par moment à des humains aux prises avec des extraterrestres (en raison de ces moments d’absence qu’ils ont, comme s’ils étaient en communication avec une entité, et ces étranges montagnes d’objets impossibles à confectionner à mains nues et semblables à des autels qu’ils construisent, comme pour signaler leur présence à quelque chose dans le ciel...) ou encore à des zombies qui auraient gardé une part d’humanité (car ils communiquent entre eux par des cris et tendent des pièges aux gens normaux).

Et même si pas mal de meurtres sont hors-champs (manque de budget ou réelle volonté du réalisateur ? Restent les bruits de machettes, les détonations et les cris pour témoigner de toute la sauvagerie de certaines séquences), si l’on fait exception d’une bataille finale (où l’une des héroïnes interprétée par Brigitte Poupart joue les Azumi/Michonne sur un champs de bataille façon "braveheart" ou "kill Bill"), les maquillages et effets spéciaux sont simples mais efficaces.



Que demander de plus à ce petit film ? Peut-être quelques attaques d’infectés supplémentaires, histoire de pimenter encore un peu plus le film qui décroit un peu en rythme par moments... Mais bon, une fois de plus, n’oublions pas que nous sommes clairement face ici à un film d’auteur d’où la non-surenchère de gore, l’utilisation non abusive de clichés du genre ou encore un rythme parfois lent...

Sympa, amusant et évitant les écueils du déjà-vu (une partie du moins...), "les affamés" demeure un bon petit film de « zombies/contaminés » dirons-nous !
Car oui, le film de Robin Aubert ne répondra pas à toutes nos interrogations et Dieu seul sait combien il y en a suite au visionnage de son long-métrage (mais qui sont exactement ces êtres sanguinaires ? Comment sont-ils devenus ce qu’ils sont ? Pourquoi donc ces personnes infectées amassent-elles des tonnes d'objets pour en faire des petites montagnes? Et d’ailleurs comment s’y prennent-elles pour confectionner celles-ci ? Et pourquoi restent-elles parfois immobiles dans les champs en fixant au loin?? Etc etc...).
Mais bon réjouissons-nous et laissons donc libre cours à notre imagination, le cinéma actuel ultra-formaté ne nous en laissant que très peu de fois l’occasion...








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