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Réalisation
Kôji Wakamatsu

Scénariste
Masao Adachi

Date de sortie
1966

Genre
Torture porn

Tagline


Cast
Hatsuo Yamatani & Miharu Shima.


Pays
Japon

Production


Musique
Yoshiaki Ôtani

Effets spéciaux



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(2 votes)
Un homme séduit une de ses employées et la ramène à son appartement pour une nuit qu’on imagine ardente. Arrivé à ses fins, il drogue sa victime en lui faisant avaler des somnifères puis la bat violemment, la torture psychologiquement mais surtout physiquement, laissant ainsi des traces profondes sur tout son corps et ce, pendant plusieurs jours et nuits de séquestration. Arrivera-t-elle à sortir vivante de ce véritable cauchemar éveillé ?



L'AVIS :

Le japonais Kôji Wakamatsu connu pour son engagement politique mais également pour sa production de films érotiques « pink eiga », réalise et produit en 1966 Quand l’embryon part braconner, film qui sortira chez nous en…2007 ! Merci les distributeurs français ! Ce qui nous attire de prime abord, c’est ce titre fabuleux qu’il nous faut vous expliquer tout de suite. « L’embryon » c’est Sadao, cet homme qui traverse une véritable crise existentielle. Il voue une haine profonde à sa mère pour l’avoir mis au monde et l’avoir ainsi obligé à affronter une vie qui n’est faite que de peines et de souffrances. Il voudrait donc retourner dans le ventre de sa génitrice, redevenir embryon et se retrouver ainsi à l’abri d’un monde trop hostile pour lui. Il « part braconner » signifie qu’il part en chasse et la proie sera ici Yuka, une jeune fille qu’il va séquestrer, humilier et torturer en cherchant à la transformer en esclave, voulant lui ôter toute dignité et la posséder entièrement, aussi bien physiquement que moralement. Sadao veut ainsi combattre toutes les mères qu’il méprise en prenant celle-ci comme victime et en abolissant en elle tous les symboles de la féminité. Il règle ou plutôt tente de régler un complexe d'enfance lié à la mère assez invasif (si ça, c’est pas Freudien !) mais aussi un traumatisme moins ancien relatif à son ancienne épouse (dont Yuka est le portrait craché), morte après l’avoir quitté pour le refus de ce dernier d’avoir un enfant, voulant sans doute lui éviter un futur empli de tourments et de désillusions…



Au vu de ce scénario assez restreint puisque l’on a affaire ici à un huis clos tourné dans un simple appartement, les scènes se déroulant majoritairement entre la chambre où Yuka est attachée aux montants du lit et la salle de bain, on pourrait penser que l’on tient-là un des premiers « torture porn » jamais faits. En effet, Yuka sera déshabillée, soumise à divers genres de bondage, fouettée, torturée avec une lame de rasoir mais aura également la tête plongée dans l’eau et se fera traiter comme une chienne puisqu’elle sera mise en laisse et fera même « wouaf, wouaf » ! Pourtant, ce métrage est beaucoup plus profond et d’aucuns pourraient y voir une critique de la société patriarcale dans le Japon des années 60 et ainsi de la condition de la femme face à des hommes incapables de gérer leurs désirs et convaincus d’être supérieurs. On pourrait également déceler dans Quand l’embryon part braconner une satire de la société de consommation à travers une saillie désespérée de la jeune femme qui, à un moment, se demande s’il ne vaut mieux pas être une esclave torturée plutôt qu’une employée de tous les jours.



Mais ce qui fait la force de ce long-métrage, c’est l’intelligence de la mise en scène de Kôji Wakamatsu qui ose des cadrages d’une pertinence inhabituelle pour l’époque. Quand certaines scènes sont filmées depuis le couloir sombre de l’appartement, ne laissant comme seule image dans le cadre que la vision des deux protagonistes, au loin, par l’ouverture éclairée, d’autres montrent les mains de l’homme qui s’attardent sur le corps dénudé de la jeune femme en plan serré. Tout cela est magnifié par un noir et blanc riche en contrastes, des arrêts sur image intelligents, la superposition de plans à la limite de l’abstraction déroutante, une utilisation du son minutieuse car il est tantôt amplifié, tantôt brutalement interrompu, le rôle prépondérant de la musique parfois en décalage complet avec ce qui apparaît à l’écran (on entend à un moment la musique d'Ivan IV de Prokofiev alors que Yuka est fouettée), tout en embrayant sur des flashbacks racontant la vie passée de Sadao. Bref, que de prouesses visuelles et sonores pour un film de 1966 !

Un dernier mot sur les deux acteurs, Hatsuo Yamaya et Miharu Shima, qui donnent chacun une intensité rare au film à travers leur interprétation respective. Tous deux se donneront même corps et âmes puisqu’ils se mettront à nu physiquement : lui, qui apparaît parfois pensif et recroquevillé sur lui-même tel un fœtus voulant réintégrer sa matrice originelle et elle, lors des multiples scènes de sévices tout au long de son calvaire. Si le réalisateur donne la part belle à l’homme en partant de sa crise existentielle liée à un passé dont il n’arrivera jamais à s’affranchir, c’est à Yuka qu’il réserve le rôle fort et la véritable apothéose du film, car la jeune femme reste déterminée à s’en sortir coûte que coûte alors que Sadao voudrait finalement ne jamais être né.



Huis clos insolite des années 60 au titre incroyable, Quand l’embryon part braconner est riche en thèmes comme : les rapports de force entre hommes et femmes, le plaisir et la fatalité d’être né sur fond de critique de la société japonaise d’alors. Et c’est ce que nous allons explorer ici en tant que voyeurs de ce jeu malsain entre un bourreau et la jeune femme qu’il séquestre. Toutefois, au-delà de la curiosité et malgré quelques fulgurances musicales ou visuelles, on aura quand même du mal à crier au chef-d’œuvre absolu, tant il paraît aujourd'hui daté. Certains pourraient même le trouver parfois ennuyeux voire répétitif dans ses scènes de tortures et ce, malgré une durée de 1h12...









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Quel plaisir de voir un film de Kôji Wakamatsu chroniqué sur ce site ! Un pur film politique, organique et indépendant. Et que d'inventivités :::