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Quand il apprend à la dernière minute que le clown engagé pour l’anniversaire de son fils ne viendra pas, Kent se démène dans l’urgence pour trouver une solution afin de ne pas gâcher ce qui devait être le point d’orgue de la fête de son enfant. Après avoir découvert par hasard un vieux costume de clown dans le sous-sol d’une maison qu’il s’apprête à mettre en vente, notre agent immobilier et fier père de famille endosse ce dernier et file à l’anniversaire de son fils. Mission remplie : le spectacle de clown improvisé par papa est une franche réussite et les enfants sont heureux. Des réjouissances qui ne tarderont cependant pas à céder la place aux inquiétudes. En effet, Kent se rend rapidement compte qu’il ne parvient plus à retirer son maquillage et son costume, ce dernier semblant s’être imprégné à lui comme une seconde peau ! Après des recherches sur le passé de cette maison où il a trouvé ce fameux costume de clown, il va découvrir que toute personne enfilant cet accoutrement se transforme progressivement en démon sanguinaire !



Certains ont du culot, c’est le cas d’un certain Jon Watts. En effet, en 2012 ce dernier n’hésite pas à mettre en ligne sur la plateforme Youtube une fausse bande-annonce d’un film mettant en scène un clown démoniaque et sur laquelle nous pouvions voir en toute fin qu’il s’agissait là d’une future production d’Eli Roth.
Tombé dessus par pur hasard sur le Net et fortement amusé de la situation, Eli Roth donna rendez-vous au plaisantin et lui proposa de réellement produire son long-métrage ! S’ensuivit alors un tournage en 2014 du film qui sera intitulé à juste titre "clown".

Jouant énormément sur le nom de la star native de Boston (nous retenons notamment d’Eli Roth des films comme "cabin fever", "hostel" ou encore le très bon "the green inferno"), le long-métrage de Jon Watts resta cependant discret en France pendant près de deux ans avant de le voir enfin dans nos contrées lors de la 24ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer dans lequel il était l’un des dix films en compétition (un choix que certains trouvèrent plus que douteux du fait que le film commençait maintenant à dater, mais qu’importe votre rédacteur a apprécié ce petit écart des organisateurs du Festival du fait de la rareté de l’œuvre et surtout de son registre qui venait compléter là une compétition 2017 diverse et variée pour le plus grand plaisir des festivaliers).

Mais alors que vaut ce fameux "clown" dont beaucoup parlent sur le Net, dont la bande-annonce et les trailers qui circulent s’avèrent particulièrement prenants et dont la présence d’Eli Roth à la production intrigue nombreux(ses) d’entre nous ? Ce fameux Jon Watts, dont nous connaissons à présent le second film "cop car" avec Kevin Bacon et dont nous connaissons son futur projet (il sera à la réalisation des nouvelles aventures de Spiderman Homecoming) à l’heure où se déroule cette 24ème édition du festival de Gérardmer, est-il parti du bon pied dès le début de sa carrière ou avait-il trébuché dans le tapis avec son premier essai ?



Les films de clown ne sont pas si nombreux dans le cinéma fantastique mais les quelques incursions dans ce registre ont bien souvent fait mouche, à l’image bien-sûr de l’adaptation du roman de Stephen King "it" ("ça" ou encore "il est revenu" avec l’excellent Tim Curry), sans oublier le film culte et grandguignolesque "killer klowns from outer space" (alias "killer klowns"), le gore "100 tears", le thriller "Gacy", le plus discret "balada triste" d’Alex de La Iglesia (dans un registre cependant totalement différent), le méconnu "circus of the dead" ou encore "dark clown", "burger kill" et bien évidemment les personnages du Captain Spaulding (vu dans le cinéma de Rob Zombie) et du Joker dans les sagas de Batman.
Effrois, drame ou encore humour : le clown dans le paysage fantastique ne suscite pas les mêmes émotions et les mêmes réactions chez le spectateur selon les films dans lesquels il apparait !

"Clown" n’a peut-être pas énormément de concurrents quand on y regarde de plus près et c’est donc avec beaucoup d’intérêt que l’on se jette sur le film de Jon Watts, le clown étant devenu depuis "ça" un personnage attisant la curiosité des amateurs de films de genre.

Mêlant slasher et film de possession démoniaque avec un bon gros zeste d’humour noir, "clown" se suit sans réel déplaisir. En effet, bien que le film de Jon Watts souffre de pas mal de longueurs dans son traitement, et nous pointons là du doigt sans grande hésitation le principal défaut de "clown", il faut bien reconnaître cependant que ce dernier commence sur les chapeaux de roues et nous livre une bien belle descente aux enfers pour notre malheureux père de famille pour qui nous ressentirions presque de l’empathie.

Plongés dans une petite famille soudée au sein de laquelle amour, complicité et bonne humeur font indéniablement partie du quotidien, nous basculons progressivement dans le drame familial, dans un combat que se livre un couple contre une force surnaturelle démoniaque. Dès lors que Kent aura pris conscience que le costume de clown qu’il a enfilé et que le maquillage utilisé ne se retirent pas, tout va aller crescendo dans l’horreur pour le plus grand malheur de notre père de famille exemplaire.
Un personnage central qui va subir une transformation (pour ne pas dire une dégradation) à la fois physique et mentale. Alors que nous avions face à nous un bon père de famille aimant et prêt à tout pour le bonheur de sa famille, nous allons progressivement le voir basculer dans l’incompréhension, l’inquiétude et enfin la panique face à cette impossibilité de se débarrasser de cet accoutrement grossier de clown qui semble à présent faire partie intégrante de son enveloppe corporelle. Impuissant et désespéré après avoir pris conscience qu’il était en proie à un costume maléfique, le suicide s’offre alors comme l’unique solution, le remède miracle pour éviter de sombrer dans la folie meurtrière de ce démon qui commence à le ronger progressivement. Malheureusement, incapable de trouver le chemin de la mort qui signerait pourtant sa délivrance, le pauvre Kent va être en proie à de violentes pulsions sanguinaires (après que celui-ci ait pris goût au sang, à la manière d’une initiation au vampirisme ou au cannibalisme) dictées par cette entité maléfique qui a pris possession de son corps et de son âme.
Car oui, son corps évolue et la transformation physique s’opère en plusieurs étapes, à la manière de "la mouche" de David Cronenberg. D’un simple nez rouge et d’une perruque ridicule impossibles à retirer, ce sont ensuite des modifications corporelles bien plus impressionnantes qui vont avoir lieu (des dents aiguisées apparaissent, les mains changent de forme, les pieds s’agrandissent, le visage et le regard s’assombrissent... Nous ne sommes pas bien loin ici d’une transformation en loup-garou !), ces dernières étant mises en avant de bien belle manière à l’aide d’effets spéciaux et de maquillages de très bonne facture.

Malgré une farouche résistance (Kent s’isole, tente de se suicider puis demande à être ligoté...), notre pauvre agent immobilier se transforme en un clown effrayant collant parfaitement avec cet univers devenu progressivement plus sombre (les bois, une chambre de motel, une cave : les lieux sont de moins en moins chaleureux au fur et à mesure que nous avançons dans le récit, tout comme les éclairages et les jeux de lumière qui sont devenus plus sombres, laissant uniquement apparaître des couleurs criardes lors de scènes d’horreur pure). D’ailleurs, les séquences se déroulant dans la cave (nous pensons inévitablement à "evil dead" ou encore plus récemment au très intéressant "we are still here", les forces maléfiques semblant aimer tout particulièrement ces lieux sombres et humides) sont particulièrement réussies, angoissantes à souhait.



Seulement voilà, Jon Watts a beau avoir réussi certaines séquences réellement effrayantes, ce dernier a également énormément joué la carte de l’humour. Un registre qui tient une place importante dans le récit de "clown", que nous soyons face à de l’humour basique dirons-nous (les tentatives de suicide manquées), grandguignolesque (dans le final notamment) ou comme souvent ici bien noir (on massacre de l’enfant sans remord, les restes de cadavres étant jonchés sur la moquette ou dégoulinant le long de l’écran de télévision).

En raison de cette bonne dose d’humour parsemée un peu partout dans notre histoire, nous y perdons logiquement en frayeur il va sans dire. Un constat qui décevra peut-être certain(e)s d’entre vous venu(e)s chercher dans ce "clown" des grands moments de terreur, des retours aux peurs juvéniles comme avait su le faire par exemple Tim Curry dans "ça" (bien qu’ici vous aurez droit à quelques clins d’œils à nos sympathiques têtes blondes avec notamment un jeu de massacre dans une salle de jeux avec labyrinthe de tubes façon MacDonald où cette fois-ci Ronald n’est pas venu pour faire rigoler la galerie).

De même, celles et ceux venu(e)s chercher un semblant de scénario pourront être quelque peu déçu(e)s par le résultat final, Jon Watts et son co-scénariste nous ayant livré ici une histoire assez simple, manquant cruellement d’originalité par moments (mais au final, quand nous y réfléchissons bien, que recherchions-nous de plus dans ce type de registre où le fil conducteur se résume à une personne transformée en clown maléfique dévoreur d’enfants ?)
Nous pourrons par contre reprocher un manque de scènes chocs et des massacres parfois hors-champs (des giclées de sang, des restes de cadavres à terre...). A défaut de faire preuve d’originalité dans les meurtres, nous aurions aimé être face à un clown encore plus sauvage et sanguinaire (en témoigne cette scène où nous espérions une extirpation de foetus qui ne viendra malheureusement pas...), même si pour cela les actes perpétrés avaient été à la fois saignants et drôles, histoire de continuer dans ce registre comique que Jon Watts semble avoir voulu conserver du début à la fin de son film.



Au final, "clown" est une fort honnête série B qui parvient à divertir son public grâce à ses touches d’humour (noir de préférence) et cette sensation de descente aux enfers fort bien retranscrite ici (notre héros est en proie à une dégradation physique et mentale ayant pour finalité de le transformer en un monstre sanguinaire dévoreur d’enfants).
Certes, le film de Jon Watts ne brille pas pour son scénario un brin simpliste (un manque d’originalité parfois flagrant dans certaines scènes) et possède quelques longueurs indéniables mais le résultat final répond cependant en grande partie à nos attentes, "clown" étant suffisamment divertissant pour remporter une large adhésion (à défaut d’un prix à Gérardmer en début 2017...).








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