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Après "Mexico barbaro" en provenance du Mexique, voici cette fois-ci The Black Fables, une anthologie d'horreur composée de cinq courts-métrages noirs, tous basés sur le folklore classique du Brésil. Le film a été réalisé avec un budget évidemment assez faible, mais avec beaucoup de cœur et d'âme. Toutefois, comme dans tous les métrages omnibus, la qualité des segments individuels varie un peu, la faute à un financement rachitique susmentionné par ailleurs faisant passer le tout pour de l’indépendant très amateur. Pourtant, The Black Fables réunit des noms importants de la terreur brésilienne dont le plus connu d'entre eux : José Mojica Marins. Alors en route pour des segments horrifiques avec du gore, du sang, des excréments et des monstres, tous faits maison, avec pour résultante un bazar joliment mixte, idéal pour passer une soirée exotique loin des favelas tristounettes et autres carnavals chamarrés !



On commence par « Crianças na Mata » (qu’on pourrait traduire par : « Les enfants dans les bois »), réalisé par Rodrigo Aragão et qui sera le court-métrage servant de fil conducteur entre toutes les histoires. Ici, quatre jeunes garçons en costumes traversant les bois, jouent avec des armes en plastique et s’amusent à se faire peur en se racontant des récits d'horreur basés sur les légendes urbaines et le folklore brésiliens. Même si la fin de ce segment laisse à désirer, c’était assez intelligent comme dispositif d'encadrement. Et parce que ce sont des enfants, cela excuse immédiatement certains des éléments les plus incroyables, farfelus voire bruts des histoires individuelles ainsi que certaines incohérences narratives. Sympa pour débuter.

Arrive ensuite « O Monstro do Esgoto » (« Le monstre de l’égout »), réalisé par Rodrigo Aragão, dans lequel un maire refuse d'investir de l'argent dans un nouveau système d’égout et qui va laisser pas mal d’individus dans la merde, aussi bien littérale que figurative. Si l'humour fécal n’est pas votre truc, il est clair que ce segment ne sera probablement pas pour vous. Même si c'est correct niveau maquillage, l'histoire est la plus faible du lot car l'humour, est ras des pâquerettes, ce n'est pas effrayant, les performances des acteurs sont moyennes, et la fin est très terne. On attend mieux pour la suite.



Vient ensuite le tour de « Pampa Feroz » (« Prairie féroce »), réalisé par Petter Baiestorf qui met en images une énième variation du thème universel du loup-garou prenant lieu et place dans un village où une bête tue les hommes du général, sorte de personnage important du coin. C'est peut-être celui qui est amoureux de la fille du général, à moins que ce ne soit quelqu’un d’autre ? Cette deuxième histoire est beaucoup mieux que la précédente car les dialogues sont sympas (« Quoi qu'il en soit, nous allons le résoudre avec des balles ! ») et la séquence de transformation de fin est absolument excellente car inhabituelle. L'image est donc bonne, les costumes également, tout comme les maquillages qui sont suffisants pour effrayer un minimum. En revanche, le point faible c’est que l'identité du lycanthrope est assez prévisible. Mais bon, c’était assez divertissant.

Suit alors « O Saci » (« Le Saci »), l’épisode le plus attendu car réalisé par le légendaire José Mojica Marins (la franchise "Coffin Joe"). Il montre ainsi une jeune fille qui se déplace à travers la forêt afin d’aller chercher du lait pour ses parents dans une ferme lointaine. Mais en dépit d'avoir été avertie, elle prend un raccourci pour s’y rendre plus vite et forcément, elle rencontrera non pas le loup, mais le Saci, légende urbaine locale, qui ne la laissera plus jamais tranquille. Ici, les racines folkloriques de base étaient intéressantes car peu connues à l’international et les scènes dans les bois étaient assez atmosphériques. Quant à l’idée de savoir si le monstre existe vraiment ou si la jeune fille est devenue folle était très pertinente. D’ailleurs Mojica Marins - et c’est sa signature habituelle – convoquera des évangéliques pour résoudre le problème. Ce qui est dommage, en revanche, c’est que le réalisateur semblait n'avoir aucune idée de quoi faire avec le Saci, et donc au lieu de se concentrer sur cette créature étrange, il a décidé de se focaliser sur un couple de personnages (les parents) qui sont soit ennuyeux, soit complètement antipathiques, au choix. De plus, et on ne sait pas si c’est c’était voulu, mais le Saci apparaît comme un stéréotype raciste car il a le visage d'un homme noir et est super-connecté à la nature mais meurtrier. Dans l'ensemble, c'était assez correct et puis, tout comme dans « Pampa Feroz », on y voit une paire de seins, mais était-ce vraiment nécessaire ?



Après cet entremets assez savoureux, lui succède « A Loira do Banheiro » (« La blonde de la salle de bain ») réalisé par Joel Caetano et dans lequel on se retrouve dans un internat pour jeunes filles, où on y croise une directrice particulière, découvre une salle de bain mystérieuse, un miroir et la fameuse blonde du titre. Cette quatrième histoire est celle qui montre le plus d'équilibre, en particulier dans la construction du suspense. Cherchant l'inspiration dans un cinéma de genre plus moderne, comme les métrages asiatiques du type "Deux sœurs" ou encore "Ring", ce segment contient pourtant tous les clichés du genre mais Caetano parvient à le rendre effrayant, sanglant et tendu la plupart du temps, ce qui livre un ensemble parfaitement agréable à visionner.

On termine par « A Casa de Iara » (« La maison de Iara »), réalisé une nouvelle fois par Rodrigo Aragão racontant les malheurs d’Iara qui décide de punir son mari après avoir découvert qu’il la trompait pour une autre. C’est le plus court récit, rattaché à celui servant de fil rouge avec les enfants. Même s’il n’est pas incroyable narrativement, on notera que le maquillage du démon qui apparaît est vraiment très bon et que la fin est très étrange. Sinon, il n’y a pas grand-chose d’autre à se mettre sous les yeux à part une nouvelle paire de protubérances mammaires qui pour une fois sert le film, et l’on reste carrément sur sa faim. Dommage alors de finir ainsi une anthologie horrifique !



The Black Fables est en définitive un film d'horreur de facture moyenne, avec de bonnes histoires mais surtout des mauvaises. Le maquillage, malgré un budget malingre, n’est finalement pas trop mal, mais c’est surtout les scénarii des segments qui laissent à désirer tant ils donnent l’impression qu’ils auraient pu être plus fouillés. Dans l'ensemble, au regard des productions horrifiques bon marché qui pullulent, vous obtiendrez néanmoins une anthologie d'horreur variée qui offre une incursion singulière dans le folklore brésilien et ce n’est déjà pas si mal.


A noter qu’au cours du générique final, on peut voir les réalisateurs, en particulier Marins, parler de l'état du cinéma d'horreur au Brésil, mais bon ce n’est pas non plus incroyable et on pouvait s’en passer.






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