RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 4
(1 vote)
Trouvé errant dans les bois, totalement amnésique, Nicola se réveille dans une clinique. L’arrivée à son chevet de la belle Sdenka, qui semble le connaître, le rendre furieux. Petit à petit, Nicola commence à se rappeler ce qui lui est arrivé. Après un accident de voiture, il a été recueilli par une famille de paysans semblant volontairement coupée du monde. Ces derniers se barricadent à chaque tombée de la nuit et semblent redouter une soit-disant sorcière qui habiterait dans les bois...



On ne peut pas dire que le réalisateur italien Giorgio Ferroni soit un spécialiste du cinéma fantastique. L'homme est plutôt un féru de westerns et de péplums. Pourtant, en 1960, il offre aux spectateurs une oeuvre d’épouvante gothique somptueuse : Le Moulin des Supplices. Il récidivera dans le genre de l'épouvante une seconde fois, en 1972, avec La Nuit des Diables. Ce film est une adaptation libre de la célèbre nouvelle de Tolstoï, "La famille du Vourdalak", qui a également été adapté au cinéma dans Les Trois Visages de la Peur de Mario Bava (1963), The Vampire Family de Gennadiy Klimov et Igor Shavlak (1990) et Daddy, Father Frost Is Dead de Yevgeny Yufit (1991). Dans le film de Giorgio Ferroni, c'est l'acteur Gianni Garko, que les fans de westerns connaissent bien, qui interprète le personnage de Nicola et qui se retrouve à être le témoin de bien étranges phénomènes après avoir été recueilli par une famille de paysans vivant au beau milieu des bois.



L'introduction du film est très habile et originale, puisque Nicola se retrouve dans un hôpital, en état d'amnésie total. Il a des visions particulièrement sanglantes et érotiques et semble angoissé à la tombée de la nuit. Avec cette introduction, le réalisateur parvient à faire naître chez le spectateur l'envie d'en savoir plus car le comportement de Nicola nous semble des plus intrigants et on aimerait bien savoir ce qui lui est arrivé. La venue d'une jeune femme prétendant le connaître va le mettre dans un état de panique et d'anxiété, lui faisant alors recouvrir la mémoire. La suite du film va donc nous permettre de découvrir quels horribles événements ont plongé Nicola dans cet état d'amnésie. Présenté dans un splendide cadre forestier, lugubre et angoissant à souhait, l'action de La Nuit des Diables nous transporte dans une sorte de fable horrifique, de conte terrifiant. Il y a une maison dans les bois, une sorcière, une malédiction familiale, des femmes en péril, des armes qui sont des pieux en bois, des enfants ricanants, des hommes valeureux qui vont tenter de sauver leur famille, un étranger qui ne comprend pas tout et semble perdu dans cet univers qui lui est inconnu, une belle jeune fille qui tombe amoureuse de l'inconnu, des rites ancestraux et des créatures de la nuit assoiffées de sang, aussi romantiques que dangereuses. L'ambiance campagnarde est vraiment l'un des points forts du film, les arbres et surtout la couleur des feuilles décuplant l'aspect poétique de l'oeuvre.



Poétique, La Nuit des Diables l'est, assurément. Même les monstres qui habitent les bois et vont mettre à mal la famille de paysans participent à renforcer cet aspect poétique. Car ils n’agissent pas par plaisir ou par sadisme mais uniquement pour garder éternellement à leurs côtés ceux qu'ils aiment ! C'est beau non ? A ce romantisme d'outre-tombe, Giorgio Ferroni apporte du contraste au niveau de la violence, qui ne lésine pas sur les effusions de sang rougeoyant, de cœur prélevé à main nue, de visage qui fond et décrépit à vue d'oeil, de pieu en bois s'enfonçant dans les corps. Une violence assez crue, qui annoncent les futurs excès de la décennie 70's. Avec un rythme relativement contemplatif, La Nuit des Diables nous conte donc l'histoire de cette famille et de cet étranger confrontés à des forces qui les dépassent. Si Nicola ne comprend pas le comportement de ses hôtes, ceux-ci savent parfaitement à quel danger ils sont exposés. Quand leur père part en chasse et se doit impérativement d'être rentré à 18h, le fils ne tarde pas à tailler un bout de bois en pieu acéré.



On devine qu'il n'hésitera pas à tuer son père si ce dernier n'est pas à l'heure, nous faisant comprendre par la même occasion que cette malédiction, ce danger qu'on n'a pas identifié en tant que spectateur, doit être terrible pour en arriver au parricide. L'angoisse monte habilement, petit à petit au fur et à mesure que l'histoire avance. L'épouvante gagne du terrain et seule la radieuse présence de la fort jolie Agostina Belli apporte un peu d'accalmie. La Nuit des Diables nous propose un choc culturel savamment mis en scène et nous fait pénétrer dans un climat d'épouvante insidieux, à l'image du personnage de Nicola dont la peur va envahir tout son être. Un beau film gothique italien, qui prend son temps, parfois un peu trop peut-être (j'aurai aimé un peu plus de rythme), n'échappe pas à quelques maladresses mais qui fait bonne figure parmi les classiques du genre !

Disponible en combo BR / DVD chez LE CHAT QUI FUME. L'éditeur nous propose à nouveau une édition de très haute qualité, avec un master flamboyant, restituant parfaitement le travail sur la photographie. Des tonnes de bonus sont présents (interviews à foison, la nouvelle de Tolstoï en livre audio, le film en mode VHS et j'en passe) le tout présenté dans un luxueux digipack à trois volets sous fourreau. Un achat incontournable.







Du même réalisateur :

LUMIèRE SUR