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Durant leurs vacances estivales, deux jeunes américaines d’origine juive partent à Jérusalem lors des cérémonies du Yom Kipour. Un voyage entre copines qui va se transformer en un véritable cauchemar quand ces dernières vont se rendre compte que l’une des portes de l’Enfer est en train de s’ouvrir dans la cité…



Après un premier film salué par la critique et répondant au doux nom de "phobidilia", Doron Paz et Yoav Paz présentèrent leur second long-métrage intitulé "Jeruzalem" lors de la 23ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer.
Un film qui semblait vouloir se démarquer de la plupart des films en compétition l’année-là de part une propagande tape-à-l’œil (nombreuses affiches accrochées) dans la Perle des Vosges. Seul film tourné caméra à l’épaule présenté cette année-là, "Jeruzalem" ne fut pas venu pour rien car il remporta le prix du Jury (ex-æquo avec "evolution"), n’en déplaisent à de très nombreux festivaliers… dont votre rédacteur du jour fait malheureusement partie…

Claude Lelouch, président du Jury Longs-Métrages au festival de Gérardmer 2016, affirmera que l’ « on a découvert deux très grands metteurs en scène » suite à l’annonce du prix décerné au film des frères Paz. Véritable buzz lors de cette fin de festival mais également sur les réseaux sociaux, cette nouvelle prise de parole de Claude Lelouch (qui avait déjà quelque peu refroidi la salle lors de la cérémonie d’ouverture par un élan de fierté arrogant) accompagnant ce prix du Jury des plus étonnants fera probablement jaser pendant quelques années encore sur la station hivernale des Vosges.



Car il faut bien le reconnaître, "Jeruzalem" n’est en rien une œuvre atypique. Cet énième film caméra à l’épaule ne surprendra en effet plus grand monde, ce genre filmique étant aujourd’hui arrivé à saturation et ayant déjà réussi à trouver ses porte-paroles ("le projet blair witch", "rec", "cloverfield" sans oublier bien-entendu "cannibal holocaust" entre autres…).
Mais le hic ici ne provient pas du fait que nous ayons droit à un sempiternel found-footage (malgré ses défauts indéniables, nous avions pourtant trouvé quelques petites choses bien sympathiques dans le "exists" d’Eduardo Sanchez, présenté l’année précédente à Gérardmer, par exemple). Non, le problème vient du fait que "Jeruzalem" est bourré de défauts qui rendent le film pénible et parfois même ennuyeux…

A commencer par une première partie longue, inintéressante au possible, qui nous montre nos deux amies faire les fofolles, draguer les beaux mecs, danser en discothèque, discutailler par-ci par-là… Dialogues inutiles, scénario transparent et sentant fortement le réchauffé (et la seconde partie ne changera pas la donne), personnages sans grand intérêt : 45 minutes (oui, la moitié du film!) d’ennui et de déjà-vu (parfois en moins long cependant) qui ne nous apporteront comme bon point qu’une sympathique promenade dans la vieille ville de Jérusalem avec quelques agréables visites (les marchés traditionnels, le mur des lamentations, la grotte de Sédécias…).

Car il est tout là selon moi le principal (et peut-être le seul véritable) atout de "Jeruzalem" : sa photographie, son cadre dépaysant (qui a parlé de "world war Z"?) Etant friand de voyages en dehors de nos frontières, il est vrai que cette petite excursion en terres israéliennes (le film a été entièrement tourné dans la vieille ville de Jérusalem) apportait son petit lot de souvenirs visuels (plusieurs panoramas de la vieille ville sont remarquables).



Nous pourrons également citer comme autre bon point cette idée des lunettes connectées à la place de la classique caméra. Un petit changement qui apporte parfois des idées novatrices (un mode GPS, un système de reconnaissance faciale) et de petits gags (la technologie capricieuse qui balance des vidéos débiles et de la musique à fond sans prévenir) mais également des défauts (il est usant de suivre toutes ces fenêtres informatisées qui s’ouvrent constamment ou ces messages « fatal error » et « loading » par exemple).

Avec sa caméra (peut-être trop) parkinsonienne caractéristique de ce genre de film (certains passages, comme cette course-poursuite dans les rues de la vieille ville avec un petit voleur de sac-à-main, donneraient presque la gerbe) qui malheureusement ne nous quittera jamais (nous apprenons avec désespoir le vol des lunettes de vue de Madame, nous obligeant alors à la suivre avec ses lunettes connectées jusqu’à la fin…), nous ne pourrons nous empêcher de cligner des yeux devant toutes ces secousses et ses sauts de caméras, nuisant il va sans dire à la bonne lecture du film.

La seconde partie du long-métrage des frères Paz connaîtra également son lot de déceptions mais réussira tout de même à nous sortir de cette phase d’hibernation.
Passée une petite virée nocturne peu rassurante durant laquelle notre héroïne est perdue dans les ruelles sombres de la vieille ville, une ambiance pesante et en même temps cette sensation d’être en plein vent de panique dans la vieille ville s’offrent à nous et sont plutôt bien maîtrisées ici. C’est la guerre : des monstres et autres créatures démoniaques apparaissent et dévorent les vivants, les gens courent partout et se ruent vers les portes de la ville afin d’échapper à ce piège qui se referme sur eux. Quelques passages (comme cette intrusion dans un asile qui rappellera "rec" ou "le silence des agneaux" entre autres) feront leur petit effet, mais seront trop peu nombreux malheureusement.

Nous regretterons toutefois dans cette seconde partie, au rythme pourtant bien soutenu et à l’ambiance radicalement changée, un manque d’audace de la part des réalisateurs et quelques ratés parfois durs à avaler : des jumpscares prévisibles (je joue avec les zoomages/dézoomages et j’essaye soudainement de te faire sursauter), un manque de surprise total dans le scénario (nous nous y attendions : nos héros vont tout simplement aller coup après coup dans les endroits qu’ils avaient visités auparavant avec leur guide), des incohérences/facilités ridicules (nous trouvons sans grande difficulté une clé de cellule car tout simplement exposée sous le faisceau lumineux d’une lampe torche allumée et posée sur un bureau / puis nous jouons au Petit Poucet dans les grottes…) ou encore des créatures ailées bien difficiles à distinguer nettement (une chose que je veux bien admettre cependant en raison de cette impression de panique omniprésente qui se caractérise à l’écran par des vibrations et des à-coups successifs de la caméra).
Bref, dans cette seconde partie encore, les quelques bons points que nous trouvons sont entachés par des ratages parfois incompréhensibles.



Malgré un cadre dépaysant (la cité de Jérusalem), une photographie alléchante et une ambiance pesante sur sa seconde partie, c'est malheureusement du vu et revu qui nous attend dans "Jeruzalem". Une sorte de found-footage avec son lot de jumpscares prévisibles, son scénario bien banal, sa première partie longuette (pour ne pas dire inintéressante) ou encore sa caméra parkinsonienne qui virevolte constamment au point de nous donner la gerbe par moments. On retiendra toutefois cette bonne idée des lunettes connectées qui change de la GoPro ou de la caméra classique (car offrant quelques plus indéniables), mince consolation pour un film qui arrive dix ans trop tard dirons-nous.

PS : Un film à ne surtout pas voir en version française (pour l’avoir testée, cette dernière est tout simplement abominable).








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