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Une jeune courtière en immobilier décide d’organiser un rendez-vous romantique nocturne avec son petit ami dans un vieil immeuble quasi vidé de ses résidents. Mais nos deux amants sont loin d’imaginer qu’une poignée de tueurs ont été engagés pour se débarrasser du dernier locataire de ce bâtiment vétuste, une opération devant justement se dérouler ce soir-là. La présence des deux tourtereaux dans l’immeuble n’était bien-entendu pas prévue et perturbe les plans de nos tueurs, bien décidés à ne pas laisser de trace derrière eux…



Pourtant projeté lors de deux festivals français (le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg en fin 2015 et le Festival International du Film Fantastique de Gérardmer en début 2016), "sweet home" ne fit pas trop parler de lui. Ce premier film de l’espagnol Rafa Martinez attisait pourtant la curiosité des festivaliers avec ses bandes-annonces et trailers certes au parfum de déjà-vu mais suffisamment rythmés et accrocheurs pour nous laisser tenter l’expérience en salle. Un réalisateur inconnu mais qui a pourtant déjà été récompensé dans divers festivals (Sitges, Hollywood, Leeds) pour ses deux court-métrages "zombies and cigarettes" et "halloween before christmas", d’où cette envie d’en savoir un peu plus à son sujet par le biais de son premier film dont il est également le co-scénariste.

Même s’il faut reconnaître que l’idée de départ était bien sympathique (engager des tueurs pour vider un immeuble de ses derniers résidents), les survival ou autres home invasions se déroulant dans un immeuble sont devenus monnaie courante depuis quelques années et l’Espagne ne fait pas l’exception dans ce domaine avec des films tels que "malveillance", "à louer" ou encore "rec" pour ne citer que ceux-là. « Pas grave » dirons-nous, n’allons pas bouder ce nouveau film de « terreur dans l’immeuble » avant d’avoir laisser une chance à ce dernier, d’autant plus que le résumé de "sweet home", ses trailers et son affiche promotionnelle lors de sa présentation au festival de Gérardmer (une personne dans la pénombre à l’allure menaçante et intrigante portant une hache) laissaient présager tant de belles choses.



D’ailleurs, s’il y a bien une chose que nous retiendrons volontiers du film de Rafa Martinez, c’est cette ambiance générale, ce climat froid et sinistre dans lequel nous sommes plongés pendant la quasi-totalité du long-métrage. Un immeuble vide dont il semble impossible de s’échapper (porte d’entrée fermée à l’aide de chaînes et cadenas, fenêtres inaccessibles) et d’où personne ne semble pouvoir nous entendre de l’extérieur (c’est la nuit, les passants se font rare dans la rue, d’autant plus qu’il ne cesse de pleuvoir dehors…) : un sentiment de solitude et d’isolement se fait rapidement ressentir, le trouillomètre commence à palpiter à l’approche menaçante de ces trois tueurs dans la sombre cage d’escaliers paraissant interminable.
Une ambiance assez prenante bien rendue par cet immeuble glauque à souhait et cette menace humaine réelle, mais qui doit beaucoup aussi, reconnaissons-le, à ces jeux de lumière et cette photographie bien léchée (des teintes jaunes et noires renforçant ce climat de panique, cette sensation de claustrophobie à grande échelle), sans oublier une musique parfois entêtante dans les débuts du film qui nous laisse entrevoir une suite pas vraiment chaleureuse pour notre héroïne.

A l’exception du petit ami de notre jeune courtière en immobilier qui parfois énerve par ses blagues douteuses à répétition (dans un contexte anxiogène ne laissant pourtant pas la place à ce genre d’écart), le casting tient vraiment bien la route dans ce "sweet home". Notre héroïne est très convaincante, sachant hurler avec un naturel saisissant et s’enfouir quand cela est nécessaire mais également passer à l’offensive quand il n’y a plus grand-chose à perdre, à la manière d’une Erin dans le génial "you’re next".
Nos vilains tueurs laissent planer une menace bien pesante dans l’immeuble, même s’il faut avouer que ces derniers sont parfois vite dépassés par les évènements et font preuve par moments de maladresse rapidement sanctionnés par une mort prématurée de certains, d’où l’arrivée en renfort d’un quatrième homme. Imposant, agissant dans l’ombre et laissant entrevoir des méthodes radicales dans le domaine de l’extermination (notre quatrième tueur conduit une fourgonnette de dératisation), ce dernier semble venir donner un nouveau souffle à ce "sweet home" qui commençait à devenir répétitif et si quelconque. Brutal, méthodique, agissant avec un sang-froid à toute épreuve, voici la réelle menace du film de Rafa Martinez !

Soulignons justement ces quelques meurtres poignants, tantôt graphiques (un stylo plume enfoncé de façon brutale et répétée, tel le bras d’une machine à coudre, dans une gorge) tantôt en semi hors-champs mais parvenant tout de même à faire son petit effet (un démembrement à la hache suivi d’une décapitation). La grande nouveauté ici provenant de l’utilisation intéressante de l’azote liquide pour gommer les traces du carnage perpétré!



Mais voilà, malgré des efforts clairement démontrés (une ambiance bien rendue, un casting de bonne facture, des meurtres brutaux), cette idée de base originale sous fond de crise sociale (une crise de l’immobilier rappelant un autre gros titre apparu sur Gérardmer quelques années avant justement, le très bon et surtout très violent "dream home") laisse rapidement place à des redondances malheureuses dans le scénario.

Passés les clichés du genre (téléphone portable inutilisable, passer par la fenêtre pour accéder à un autre appartement…), nous constatons avec regrets que les scènes se suivent et se ressemblent énormément dans "sweet home" (on monte dans l’immeuble, puis on redescend…), si bien que cette échappée de notre héroïne aux prises avec ces tueurs finit par ennuyer sérieusement.
Comme dit précédemment, l’arrivée de notre quatrième tueur aurait pu apporter un nouveau souffle à ce scénario devenu fébrile mais cet élan soudain ne sera finalement pas de longue durée car, passée une arrivée en fanfare de notre homme avec tout ce qu’il faut de scènes brutales et sans concession, le film rebascule à nouveau dans le répétitif, le grand-commun dirons-nous. Le manque cruel de scènes chocs (ces dernières sont certes très graphiques mais malheureusement pas suffisamment éparpillées dans le film) se fait ressentir, lassé par ces courses-poursuites d’appartement en appartement sans grande saveur et surtout déjà vues maintes et maintes fois.

Comme si une déception n’arrivait jamais seule, "sweet home" réussira même à frustrer son public dans un final quelque peu incohérent (notre tueur si brutal et radical deviendrait-il patient et méticuleux? Ce dernier montrant soudainement des méthodes proches de la chirurgie mais rassurez-vous je n’en dirai pas plus) et surtout étonnamment expéditif (nous nous attendions à un combat à rallonge certes plutôt classique mais au moins divertissant après ces longues minutes passées à se cacher et à courir en rond dans cet immeuble… Mais non) Mince alors…



Malgré quelques meurtres assez graphiques (stylo plume enfoncé à plusieurs reprises dans le cou, découpage à la hache, sans oublier une utilisation originale de l'azote liquide), une ambiance glauque et des tueurs bien vilains, il faut avouer que ce petit film hispano-polonais manque cruellement d'originalité et se prend les pieds dans le tapis en choisissant d’emprunter les sentiers déjà battus à maintes reprises.
Incohérences scénaristiques, clichés du genre, répétitif au possible et fin énigmatique (pour ne pas dire incohérente) bien trop expéditive, ce "sweet home" pourtant si séduisant au départ (un résumé aguicheur, des visuels fournis en guise de promotion prometteurs et surtout un début de film convaincant) ne restera pas dans les annales.

Loin d'être un navet pour autant, le film de Rafa Martinez souffre surtout cruellement d'une concurrence rude en la matière.








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