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Un peintre et sa petite famille emménagent dans une belle maison de campagne. Eloignés de plusieurs kilomètres de la civilisation, ces derniers pensent alors y vivre en toute tranquillité. Mais tout ceci est sans compter cette présence démoniaque qui semble provenir de cette maison et se manifester dans les œuvres que Jesse peint dans son nouveau grand atelier…



Après un "the loved ones" fort remarqué lors de l’édition 2011 du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer (Prix du Jury), le tasmanien Sean Byrne revient cinq ans plus tard dans les Vosges pour nous présenter son second long-métrage intitulé "the devil’s candy".

Avec une compétition vosgienne très intéressante et très hétérogène cette année mais dans laquelle figuraient des œuvres difficilement accessibles à tous les publics (de longs mais pourtant passionnants "evolution", "the witch" et "bone tomahawk" par exemple) et d’autres tout simplement pas suffisamment à la hauteur du reste de la compétition (les très classiques "howl" et "what we become", le maladroit mais très sympathique "Frankenstein" sans oublier le très décevant "jeruzalem" dont on ignore encore le pourquoi du comment de son apparition dans la compétition officielle), c’est donc sans grande surprise que l’on voir repartir de Gérardmer le dernier-né de Sean Byrne avec le Prix du Public et le Prix de la Musique Originale (après "evolution", voici le second grand vainqueur de cette 23ème édition).



"The devil’s candy" nous narre l'histoire d'une famille venant habiter l'ancienne maison d'un serial killer et d'où semblent provenir des voix mystérieuses. Rien de bien original sur le papier dirons-nous (on pense inévitablement à "amityville" avec cette histoire de maison, de possession, de voix…) mais tout ceci est sans compter sur la patte de Sean Byrne qui a écrit le scénario! Prendre une histoire au fil conducteur assez banal (un torture-porn/survival dans "the loved ones" puis un film de possession avec tout ce qu’il faut de diablerie et de maison angoissante et mystérieuse dans "the devil’s candy") pour ensuite y intégrer un mélange d’horreur et d’humour (copinant avec de la fantaisie) : voici ce qui va devenir probablement la marque de fabrique de ce talentueux tasmanien qui nous a déjà bluffés à deux reprises en deux essais !

Car "the devil’s candy", c’est un peu comme faire du grand huit à la fête foraine (une image que l’on aime utiliser parfois dans des critiques littéraires ou cinéphiles) : c’est certes classique sur de nombreux points (les déjà-vus et autres clichés, pour ne pas dire clins d’œil, sont nombreux), mais une fois embarqués dans cette histoire, nous la vivons à 200% tellement c’est jubilatoire! Une projection sans prise de tête (ne réfléchissez pas et laissez-vous absorber par ce déluge d’épouvante et de fantaisie parfaitement maîtrisé, à l’image de l’excellent "the woman" de Lucky McKee), à l’issue de laquelle nous ressortons conquis, sourire aux lèvres, persuadés d’avoir vu là une œuvre finalement atypique qui a osé jouer avec les genres pour nous offrir un très agréable moment de cinéma.

Avec ses 1h19 seulement au compteur, pas le temps de s’ennuyer devant "the devil’s candy" qui nous plonge rapidement dans son histoire de possession et de diablerie avec efficacité (une introduction sous fond de guitare électrique puissante et d’amplis raisonnants qui nous montre un homme, en proie à des voix insaisissables et entêtantes, qui va tuer sa mère) pour ensuite basculer dans l’angoissant et le mystérieux (l’arrivée de notre petite famille dans cette bâtisse où avait eu lieu cet incident par le passé, les premières manifestations de voix …) pour finalement se clôturer sur une dernière partie virevoltante (sorte de dernier virage bien couillu et remuant avant l’arrêt définitif des wagons) avec en petite touche finale toute l’explication qui nous est faite sur ce que nous venons de voir (et nous fera penser au beau "lovely bones" de Peter Jackson si injustement critiqué lors de sa sortie par de nombreux journalistes n’ayant visiblement pas réussi à enlever cette nouvelle étiquette collée à Peter Jackson suite à sa saga du "seigneur des anneaux" et le blockbuster "king kong"…). On en ressort décoiffés comme après avoir secoué la tête dans tous les sens sur du Nirvana!



En parlant de Nirvana justement, soulignons ce casting remarquable qui nous accompagne tout au long de "the devil’s candy". Alors que nous aurions pu nous attendre à une galerie de personnages banals dans ce genre de film (pour ne pas dire caricaturaux), l’ami Sean Byrne nous campe une famille très grunge et métalleuse (surtout le père et la fille, la mère étant l’élément qui équilibre ce trio un peu foufou par moments) mais surtout très drôle de par ses différences avec une famille « classique » allons-nous dire (musique métal à fond dans la bagnole, dialogues savoureux entre le père et la fille qui entretiennent une relation très fusionnelle avec comme toile de fond le hard-rock et le dessin).

Le casting masculin est tout particulièrement surprenant avec un Ray possédé et réellement inquiétant (lui qui déjà ne nous inspirait pas confiance de par son côté un peu benêt, facilement influençable et imprévisible, le savoir en plus guidé par des voix laisse présager que cet imposant bonhomme serait capable de n’importe quelle folie, en témoigne le meurtre de sa mère dès l’introduction du film).
Mais c’est surtout un Jesse aux multiples facettes pour qui on ressent énormément d’empathie qui va se démarquer dans le film de Sean Byrne. Amusant de par ses remarques et ses attitudes parfois puériles, ce grand ado dans sa tête peut s’avérer extrêmement touchant quand il s’agit de se faire pardonner au sein de son cocon familial. Radicalement changé, intrigant dans la seconde partie du film (des voix commencent à raisonner dans sa tête), Jesse est méconnaissable. Pris dans ses pensées, agissant sur ses peintures comme guidé par une force incontrôlable et invisible qui l’obsède, notre papa auparavant si drôle et aux attitudes si candides est métamorphosé. L’ambiance à la maison n’est plus la même, laissant la place au mystérieux (les voix qui deviennent de plus en plus présentes dans l’esprit d’un Jesse qui montre des absences répétées inhabituelles) pour finalement laisser la terreur s’installer (l’apparition de l’inquiétant Ray sur le seuil de la porte, désireux de revenir dans son ancienne maison, sans oublier son penchant pour les jeunes enfants et les adolescents alors que Zooey, la fille de Jesse et Astrid, n’est pas bien loin et ne semble plus que sous la protection de sa mère, Jesse étant comme hypnotisé dans son atelier, occupé dorénavant à peindre ces toiles sombres et menaçantes…). Une véritable descente aux enfers que nous ressentons tantôt dans la peau du père de famille tantôt dans la peau de sa fille.

Mais que serait par ailleurs "the devil’s candy" sans ce mélange des Arts qui apporte une nouvelle touche d’originalité à ce film à la frontière entre le thriller paranormal et le film de possession démoniaque? Les 3ème (la peinture et le dessin) et 4ème Arts (la musique) au service du 7ème Art pourrait-on dire ici!

D’un côté, nous avons la musique bienfaitrice (le hard-rock comme seul remède pour Ray et Jesse : l’un fait péter les amplis pour ne pas entendre les voix qui le persécutent, l’autre a la musique métal dans la peau et cette dernière lui permet non seulement de ne pas entendre les voix mais également d’entretenir une étroite relation avec sa fille et ainsi d’être moins réceptif à celles-ci car, à l’inverse de Ray, Jesse n’est pas seul dans la vie et ne montre donc pas le même degré d’influençabilité) qui s’avèrera même, sans spoiler cependant, une véritable délivrance (du moins cette bien jolie guitare qui trône dans la chambre de Zooey).
Inutile de vous dire que le hard-rock tient une grande place dans le film de Sean Byrne et amusera le public à plusieurs reprises, à la manière d’un cinquième personnage drôle, énergique et présent du début à la fin (une bande originale d’ailleurs récompensée au festival de Gérardmer comme déjà dit en début de chronique).
De l’autre côté donc (pour en revenir à nos moutons), nous avons la peinture révélatrice (nous comprendrons progressivement que cet étrange tableau si sombre que peint Jesse depuis qu’il perçoit ces voix a une signification très importante dans le film), la peinture comme moyen d’expression.

Un mélange des Arts intelligent donc qui marque là encore une originalité à toute épreuve dans ce film pourtant si conventionnel sur son résumé!



Humour, diablerie et épouvante au rendez-vous, cette nouvelle pépite de Sean Byrne vous entraînera sans réel temps mort et sous fond de musique métal dans cette histoire au casting d'exception. Difficile de trouver des points faibles dans ce second film de notre tasmanien (un directeur de galerie de peintures peut-être pas suffisamment exploité…) qui réussit sans grande peine à nous faire passer un agréable moment de cinéma sans prise de tête. Sean Byrne, reviens-nous vite !