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Evan Webber est un quadragénaire à qui tout semble réussir : il a une bonne profession car exerce le métier d’architecte (après avoir été auparavant DJ !!!), habite une demeure magnifique, sa femme est un sculpteur de renom et il a deux beaux enfants en bonne santé. Devant terminer un travail important, il se retrouve pourtant seul chez lui alors que ses chérubins et son épouse sont partis le temps d’un weekend. C'est alors que deux sublimes jeunes femmes, Genesis et Bel, sonnent à sa porte pour lui demander de l’aide, mais il va bien vite apprendre tout de leurs véritables intentions. A ses dépens ?



Eli Roth, réalisateur de "Cabin fever" et des deux premiers opus de la franchise "Hostel", a tourné un autre film en 2013 avant celui objet de notre critique datant de 2015 : le sulfureux et polémiqué "The Green Inferno", parlant tout simplement d’anthropophages hostiles à un groupe d’activistes voulant sauver leur forêt ! La France a choisi de ne le sortir qu’en e-cinéma, donc sur Internet, et de nous proposer Knock Knock dans les salles obscures. Alors qu’aux Etats-Unis, c’est l’inverse : le métrage sur les cannibales est sorti sur les écrans alors que Knock Knock ne devait apparaître directement que sur la toile, moyennant quelques dollars pour ceux voulant le visionner. Alors a-t-on eu de la chance ?

Avec ce Knock Knock, le cinéaste ami du grand Quentin Tarantino, s’essaie, à ses risques et périls, au " home invasion movie" mâtiné de thriller psychologique et narrant l’histoire de deux jeunes bombasses qui toquent à la porte d’un père de famille seul chez lui le temps d’un weekend afin de le séduire et de le séquestrer. L'histoire est certes d'une grande simplicité et peut être vue comme une copie de "Funny Games" de Michael Haneke. Mais il n’en est rien car c’est en fait le remake d’un métrage peu réputé de Peter S. Traynor sorti en 1977 : « Death Game », connu chez nous sous le titre « The seducers » avec Sondra Locke, l’ex de l’illustre Clint Eastwood ! Comment il n’a rien inventé en fait le père Eli ! Déjà que son "Cabin fever" était un succédané de "Evil dead" de Sam Raimi, que "The Green Inferno" est sa façon à lui de rendre hommage au "Cannibal holocaust" de Ruggero Deodato, il n’y a donc bien que son "Hostel", un torture porn movie d’honnête facture, qui fait preuve d’originalité au sein de la maison Roth ! Pourtant, Knock Knock est censé figurer un thriller particulier aussi angoissant que dérangeant, comme une sorte de paranoïa à la "Next door" le polar norvégien, le cinéaste se tournant plus ici vers la comédie noire teintée de fable à morale vengeresse. Le concept est de prime abord plutôt séduisant et il faut avouer que Roth nous propose un huis clos alléchant sur le papier mais il faut que ce soit parfaitement joué et accompagné d'une mise en scène digne de ce nom avec quelques effets gore dont le réalisateur a su faire preuve par le passé pour que ça en vaille la peine et que ça sorte du lot des productions de ce genre devenu foisonnant. Verdict ?



Ca commence donc par une présentation de la vie familiale du personnage principal comprenant comme il faut tous les clichés possibles de la famille américaine idéale : les enfants qui réveillent leurs parents en sautant sur leur lit, la fête d’anniversaire surprise pour le papa avec bataille improvisée de crème sur le visage, le couple heureux vivant dans une maison magnifique qui est pleine de photos de famille recouvrant la quasi-totalité des murs ! Sérieusement, ils doivent vraiment s’aimer beaucoup chez les Webber car ils ont des photos d’eux tous les 50 cm sur les cloisons ! Après ce début laborieux mais obligé qui en agacera plus d’un, le film se découpe par la suite en deux actes, celui de la rencontre avec les deux jeunes femmes, qui comprend toute la partie séduction et le jeu du « cédera, cédera pas », puis celui de la séquestration du père de famille, qui se situe a priori plus dans ce qu’Eli Roth, sait faire de mieux en matière d’horreur. Seulement voilà, les tortionnaires ne sont pas assez « jusqu’au-boutistes » dans leurs actions finalement assez pauvres pour ce type de productions car on a vu mieux ailleurs et en mieux, mais surtout elles cabotinent à outrance, si bien que leur folie n’est pas du tout contagieuse ! Et ce ne sont pas les rebondissements téléphonés et éculés ou encore les agissements absurdes du protagoniste principal qui dynamiteront le récit et nous redonneront un regain d’intérêt ! Eli Roth s’est donc clairement assagi, lui qui nous avait habitués à bien plus gore sur grand écran, il nous offre là un film lourdingue, manquant totalement de finesse quant à la trame très réductrice, des personnages caricaturaux et peu profonds, ainsi que des dialogues, assez pauvres. Il faudra également supporter à la fin un message soi-disant moralisateur et féministe faisant écho au discours rabâché toutes les cinq minutes par les deux demoiselles, une fois le masque tombé. Tout semble alors trop factice et bâclé si bien qu’on a l’impression que le film n’a pas grand-chose à offrir à part sa superficialité et c’est bien dommage.



Que dire alors du casting ? Keanu Reeves (la trilogie "Matrix", "Constantine", "47 ronin") est vraiment aux antipodes de ses anciens rôles de héros ou justicier. Il interprète ici un homme luttant contre la tentation d’être infidèle avec une certaine crédibilité à défaut d'être très convaincant en père de famille. Quant aux filles, Lorenza Izzo ("Aftershock", "The green inferno"), femme du réalisateur à la ville et Ana de Armas (« Blind Alley »), elles ont beau être canon, il n’en demeure pas moins qu’on a envie de les baffer sans relâche tant elles surjouent à mort ! Alors certes, c’est peut-être un choix de direction d’acteurs, mais cela dessert complètement le film. En aucun cas les deux actrices arrivent à être mystérieuses ou angoissantes. Elles sont juste caricaturales à mort et ne sortiront jamais de leurs stéréotypes. Effectivement, il ne suffit pas de rire aux éclats, de pleurer ensuite ou de vociférer en écarquillant au maximum ses globes oculaires pour avoir l’air d’une folle, il faut y croire un minimum !



Il est alors vraiment difficile de retrouver la patte du réalisateur dans ce thriller adoptant le sous-genre de l’invasion domestique. Lui qui avait l’âme d’un enfant terrible, rate complètement son entreprise en omettant d’inclure des scènes de tension véritable, des effets gore saillants ou encore quelques saynètes érotiques, préférant jouer le hors champs lors des scènes torrides avec gros plans sur les photos de famille. Qui plus est, les deux jeunes actrices en font des tonnes et jouent leur partition dans l’excès, face à un Keanu Reeves passif un peu amorphe. Qui a dit pétard mouillé ?