RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 4
(10 votes)
Suite à une vieille dispute, Loretta n'a plus de nouvelles de ses parents depuis une quinzaine d’années environ. Désormais mère de deux enfants, Tyler et Rebecca (surnommée Becca par les intimes), elle voit ses géniteurs la recontacter un jour et émettre le souhait de rencontrer leurs petits-enfants. Ces derniers sont alors envoyés passer des vacances dans la maison des anciens située en pleine campagne Pennsylvanienne. Becca et Tyler, heureux enfin de connaître cette partie de leur famille, vont alors séjourner pendant une semaine chez leurs grands-parents qu'ils n'ont jamais rencontrés. Les premiers instants se passent plutôt bien mais les enfants vont petit à petit penser qu’un secret familial est tu, d’autant que le comportement de leurs aînés ne va cesser d'être de plus en plus inquiétant, notamment la nuit...



Tourné principalement en Pennsylvannie (où a longtemps vécu le réalisateur) ainsi qu’à Miami pour 5 000 000 dollars, The visit est le dixième film de Night Shyamalan, cinéaste à la carrière en dents de scie depuis son chef-d’œuvre originel ("Sixième sens"), capable d’alterner le bon ("Incassable") et le pitoyable ("Phénomènes") en un tour de main. A quoi doit-on s’attendre ici ? Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a pas eu peur de prendre des risques le bougre ! En effet, il a choisi de faire un found footage, concept de film largement utilisé ces dernières années et ce, jusqu’à la moelle voire l’épuisement des idées et des spectateurs ! Il s’agissait donc là d’un sacré pari pour un metteur en scène en quête de rachat ! The visit démarre ainsi assez timidement, c'est le style documentaire qui veut ça, puisqu’ici Becca décide de filmer tout ce qu’il va se passer chez ses grands-parents qu’elle ne connaît pas et c’est donc à travers le prisme de cette caméra subjective que l’on va suivre ses aventures et celles de son frère chez leurs aïeux. Le réalisateur prend ainsi son temps pour installer son film grâce à des scènes banales de vie quotidienne tout en sachant faire monter la pression car on oublie qu’il sait aussi maîtriser le rythme, c’est indéniable. Et c’est notamment la nuit, que les anciens ont des comportements bizarres ce qui rend l'histoire assez intrigante puisqu'on ne sait pas si ça va déboucher sur quelque chose de rationnel ou pas. Le même schéma se reproduit ainsi jour après jour avec alternance de scènes de tension (cf. la formidable séquence du cache-cache stressante à souhait), de saynètes comiques (notamment celles où Tyler rappe devant la caméra) et de moments émouvants, spécialement lorsque les protagonistes se laissent tour à tour aller et dévoilent de façon individuelle leurs sentiments devant le caméscope qu’ils semblent avoir oublié ! Et tout cela s’enchaîne jusqu'au twist final que j'ai trouvé proprement excellent car on est embarqué dans une direction jusqu’au point de rupture pour être emmené dans un sens tout à fait opposé une fois le secret dévoilé. Et on se retrouve complètement désorienté mais scotché !



Mais le gros point positif de ce film, est à mon sens les acteurs. Les enfants tout d’abord, sont très bien choisis et très complices à l’écran mais aussi très taquins entre eux comme doivent l’être un frère et une sœur assez proches en âge. Mais ils peuvent aussi être également tout en émotion comme quand ils se confient à la caméra que ce soit de manière confessionnelle comme Becca, superbe Olivia DeJonge (choisie après une seule audition envoyée en vidéo par elle-même !) ou bien de façon amusante comme le fait Tyler (très bon Ed Oxenbould) lors de ses slams improvisés face au caméscope, saynètes complètement décalées pour un film de genre, pouvant rappeler parfois "Cabin fever" avec son enfant karatéka ! Les grands-parents ensuite sont aussi très bien choisis, notamment Deanna Dunagan, la grand-mère des deux enfants qui a dû être hyper jolie en son temps. Sa prestation est de haute volée car elle incarne tantôt la mamy-gâteau, tantôt la folle de service avec ses longs cheveux blancs de sorcière et les expressions étranges voulues par son rôle. Elle a plutôt bien vieilli pour une femme de 75 ans et il faut la voir a demi nue effectuer des mouvements gymniques qu’un adulte de quelques années de moins serait incapable de reproduire ! Curieux alors qu’elle n’ait été vue que dans une dizaine de longs-métrages !? Le grand-père, quant à lui, est interprété par Peter McRobbie (ayant joué dans une soixantaine de films dont "Spider-man 2") est aussi très investi mais plus en retenue, enfin jusqu’à un certain point… Enfin, en ce qui concerne la maman (Kathryn Hahn), que vous reconnaîtrez car vous avez vu ce visage dans plein de séries (dont « Preuve à l’appui ») ou dans des comédies romantiques, elle est également très juste compte tenu de son faible temps de jeu à l’écran.



D’aucuns pourraient arguer cependant qu’une fois le secret dévoilé, la toute fin est un peu plus prévisible et a moins d’impact, qu’il y a parfois certaines longueurs et un côté un peu répétitif des journées vécues par les adolescents et que certains jump scares à la James Wan ne sont pas indispensables. Mais tout cela ne peut gâcher l'impression globalement hautement positive éprouvée devant le film. Honnêtement, c'est mieux réalisé, écrit et interprété que n'importe quel autre found footage de ces dix dernières années ! Là, on sent qu'un véritable auteur/réalisateur se tient derrière la caméra à travers une approche différente du genre. Le schéma scénaristique n'est pas du tout habituel car il présente simplement deux personnages aux comportements étranges et la réaction de leurs deux petits-enfants face à ces actes singuliers qu’ils mettent sur le dos de leur âge avancé, personnages qui, d’ailleurs continuent pourtant de vivre ensemble, jusqu'au basculement. De plus, l'ambiance est tantôt drôle, tantôt chaleureuse mais toujours mâtinée de malaise. Un trouble parfois typique de celui des films d'horreur mais également parfois proche des long-métrages disons plus sociétaux traitant de « vrais sujets » d’actualité. Car ici, il faut bien le dire, on aborde les affres et désagréments de la sénilité face à l’incompréhension de la jeunesse envers leurs aînés et leurs attitudes ! Et ce dernier aspect amène le film dans une sphère complètement distincte de tout ce qu'a fait Shyamalan jusqu'à présent. Pour moi, c'est tout simplement son meilleur film car il a clairement apporté un truc en plus par rapport à ses autres métrages aux dénouements tarabiscotés. Il a ainsi réussi à faire le parfait mélange entre épouvante, humour et émotion tout en nous offrant un conte social contemporain et ça marche si bien qu’on a l’impression de se retrouver devant une adaptation moderne mais décalée de « Hansel et Gretel » qui nous fascine mais nous met mal à l’aise en même temps, trop fort !



Ainsi, Night Shyamalan est donc revenu pour transformer de manière réussie les codes du film d'horreur found footage, ce qui n’était pas gagné d’avance tant on pensait avoir tout vu en la matière ! Pourtant, à l’aide d’une mise en scène intelligente, d’un scénario fouillé (le twist final en étonnera plus d’un !) et d’une performance remarquable des acteurs principaux (aussi bien les ados attachants que leurs grands-parents parfois flippants, il faut bien le dire !), il arrive à dynamiter lesdits codes en instillant également de l'humour, des scènes d’émotion réalistes mais également de l’angoisse et c’est pour tout cela que ça fonctionne super bien, en tout cas pour moi !