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Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : "Prends garde à Crimson Peak". Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse "imagination", Edith est tiraillée entre deux prétendants: son ami d’enfance et le docteur Alan McMichael...



En alternant péchés mignons (mais gourmands) et retour aux sources, Del Toro s’est assuré un équilibre cinématographique façon ying/yang, tout en développant une mythologie personnelle matinée de démons et merveilles, d’ailleurs de plus en plus enrichissante. Pour la première fois, Crimson Peak marie généreusement fantastique à l’ancienne, fantômes et contes cruels avec un moteur (ou plutôt un budget) de grosse machinerie. Une alliance rare à Hollywood, qui a eu ses grands moments autrefois (Bram Stoker’s Dracula, Sleepy Hollow ou encore Wolfman) : mais mieux que ça, Del Toro redonne surtout toute l’ampleur oubliée du film de maison hantée, genre malmené à tort et à travers, quasiment considéré comme usé.

Crimson Peak ne se réclame pourtant pas d’être une œuvre novatrice : c’est la déclaration d’amour d’un grand enfant tourmenté, qui redessine avec passion des motifs empruntés à Ann Radcliffe (Les mystères d’Udolphe), Poe (La chute de la maison Usher), les sœurs Bronté (Jane Eyre et Les hauts de Hurlevent), ou Daphné du Maurier (Rebecca). Petite silhouette vaporeuse perdue dans des couloirs tortueux traversés de courants d’airs, secret d’alcôves qui rendent fous, squelettes dans le placard, malédiction familiale et pièce interdite : toute la grammaire gothique est récitée avec assurance.



Del Toro ne cherche pas à se dissimuler ; tout est évidence : l’intro rouge sang avec sa petite comptine frêle renvoie à The Innocents, le sens du gothique flamboyant emprunte plus à Mario Bava qu’à la Hammer, et toutes ses obsessions s’accordent dans une danse macabre (la passion des monstres humains et de la tragédie, la violence hardcore – comme avec ce meurtre surgit d’un giallo crapoteux – et les créatures décharnées…). Comme il le réussissait dans L’échine du diable et Le labyrinthe de Pan, Del Toro soigne d’abord le film au premier plan, puis le film fantastique qui le suit : comme le rappelle (un peu trop ?) l’héroïne, écrivaine à ses heures, il s’agit d’une histoire avec des fantômes, et non d’une histoire de fantômes.



Citadine parfaite du début du 20ème siècle catapultée dans un manoir insalubre suite à un mariage hâtif, la jolie Edith serait un peu une Jane Eyre (ça tombe bien, Mia Wasikowska l’a incarné il y a à peine quelques années !) qui aurait glissé dans un charnier sublime. Sublime, car tout ce qui est horrible, instable et décrépi flamboie ici sans limites. Sans exagération, on pourrait même affirmer que Crimson Peak est de loin le plus beau film de genre, visuellement parlant, de la décennie ; alors littéralement hanté par un soin du détail et de la trouvaille (le toit crevé où se glisse flocons de neige et feuilles mortes, l’argile rouge maculant le paysage blanc…) quasi-maniaque.

Tout cela marié à l’exacerbation des sentiments (haine carnassière, désir qui brûle sous les corsets – avec une scène d’amour évoquant celle de Frankenstein de Brannagh – amour sanglant) donne des couleurs d’opéra tragique et macabre à Crimson Peak. Là aussi, on reconnaît l’âme romantique de son auteur, qui a toujours eu un faible pour les belles histoires qui se terminent mal (même au détour de Hellboy 2 ou Blade 2).



Du travail d’esthète, fignolé avec amour… peut-être trop d’ailleurs. Car malgré tout, quelques hic empêchent Crimson Peak de s’imposer en chef d’oeuvre du genre : trop consciencieux de ses hommages, Del Toro peine à dérouler un récit réellement surprenant, tuant malgré lui une partie de l’émotion recherchée. Sans compter des scènes d’apparitions, certes très impressionnantes plastiquement (même s’il faut croire que Del Toro a vu Martyrs !) mais bien trop jumpscarisantes ; surprise désagréable de la part du bonhomme. Peu de choses, mais qui suffisent à rendre Crimson Peak trop mécanique pour son propre bien.








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