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Réalisation
Svetlana Baskova

Scénariste
Svetlana Baskova

Date de sortie
1999

Genre
barbaque et tripailles

Tagline


Cast
Sergey Pakhomov
Vladimir Epifantsev
Aleksandr Maslaev
Anatoliy Osmolovskiy


Pays
Russie

Production


Musique
/

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 4.7
(7 votes)
Deux ex-soldats de l'armée russe, prisonniers dans un goulag, qui attendent leur exécution, deviennent les victimes de jeux sadiques de la part de leurs bourreaux...



"The Green Elephant" (aussi appelé "Zelenyi Slonik") est certainement l'oeuvre située au centre du cercle infernal des films les plus scandaleux de l'histoire du cinéma. Même si la réputation du film est plus connue que les 1h26 elles-mêmes de cet objet filmique introuvable et jamais sorti (officiellement) sur support DVD ou VHS. Parce que son unique diffusion au festival de Rotterdam a engendré l'exclusion de la réalisatrice de son pays ainsi qu'une interdiction totale dans chaque pays du monde entier, tous les adeptes de films extrêmes et les cinéphiles les plus curieux se sont jetés sur "The Green Elephant" pour l'intégrer dans leur culture de films immoraux.

Cependant, beaucoup ne l'apprécient pas à sa juste valeur et le considèrent automatiquement comme un navet pour l'unique raison que ce film est trop violent, trop malsain ou trop ennuyeux à cause des longues scènes de dialogues qui précèdent 20 minutes d'atrocités difficilement inégalables. En réalité, le métrage est loin d'être un bon film, mais c'est aussi très loin d'être un mauvais film. Dès les premières secondes, l'histoire commence avec deux prisonniers partageant la même pièce et attendant leur exécution. L'un tente de dialoguer avec son camarade en racontant ses exploits sportifs passés accompagnés de quelques démonstrations risibles pour essayer de le convaincre, ou encore tentant de se victimiser en citant son père et sa mère par rapport à ce qu'ils pensaient de lui étant jeune. Le deuxième essaye de rester stoïque et calme, mais finit pas être agacé des histoires de son compagnon insistant quand même à continuer ses monologues pour avoir l'esprit rassuré face à cette situation horrible. Une séquestration si dure à supporter que les deux personnalités non compatibles entre elles finissent par s'insupporter au point que l'un finisse par battre violemment l'autre réagissant comme un enfant pleurnichard et vulnérable.



Nous avons ici une représentation d'un enfer horrible sur les camps du goulag et sur la folie humaine. Ce n'est pas un film à but documentaire car les camps du goulags contenaient des millions de détenus durant la Seconde Guerre condamnés aux travaux correctionnels; on a plus affaire à un film d'horreur immoral se passant dans un cachot sans avoir à dénoncer quoi que ce soit mais livrant une surenchère de violence excessive.

Montant l'intensité a crescendo, Svetlana Baskova prend le temps d'établir une relation entre les deux personnages principaux jusqu'à ce que leurs disputes éclatent. Cela nous permet de prendre conscience des deux personnalités qui les opposent : l'un renfermé, caractériel, posé et froid, puis l'autre bavard, crasseux, rondouillard, amical, pitoyable mais attachant. Le plus solennel des deux sera d'ailleurs emmené plusieurs fois à nettoyer des toilettes en piteux état avec l'aide d'une fourchette.

Des instants représentatifs sur l'absence d'espoir qui survole les deux malheureux, les minutes pessimistes s'enchaînent sans même une lueur d'optimisme ou de rayon de soleil. Les décors sont crasseux, l'espace est étroit, l'atmosphère respire la pourriture et la merde puis la mort s'amuse avec eux. Bientôt, c'est la folie qui finira par rattraper le plus faible qui, pendant que son voisin dort paisiblement, se mettra à déféquer dans une assiette et par terre pour ensuite mettre ses pieds dans ses excréments avant de s'en étaler dessus et en manger un infime partie. Ce genre de séquence de scatophagie fait directement penser aux chefs d'oeuvre "Salo ou les 120 Journées de Sodome" ou "Vase de Noces", mais avec l'ambiance de pourriture en plus.



Après avoir retourné notre estomac, le désemparé réveille son camarade dans le but de lui offrir un peu de sa substance persuadé d'avoir pourtant acheté de la nourriture. Un moment de comédie trash particulièrement hilarante mais dérangeante, car la lucidité du compagnon permet d'offrir des gestes de rejet et de terreur face à son collègue dégénéré par la situation, convaincu d'avoir pourtant fait quelque chose de bien pour lui et qui finit par ramper au sol avec son assiette posée sur sa tête et à pleurnicher pendant plusieurs minutes. Quand on pense que l'Homme est au plus bas, "The Green Elephant" creuse encore plus, et c'est l'omniprésence de la crasse, du désespoir et de la terreur engendrée par la guerre qui commencera à faire ressortir son potentiel.

A savoir que le budget n'ayant pas dépassé 200 euros et que le film est censé n'être qu'un film entre potes amateur, ça ne l'empêche pas d'avoir le panache et la puissance pour dégager une aussi grosse dose d'horreur avec aussi peu d'éléments. La qualité d'image ne fera qu'accentuer le réalisme malgré quelques maladresses sur le jeu d'acteur.

Mais ce qui a réellement fini par agresser l'esprit des personnes scandalisées au festival, au point de sortir de la salle en criant et vomissant, c'est bien les 20 dernières minutes apparaissant de manière frontale après qu'un officier ait demandé à ses victimes de danser et chanter de façon totalement ridicule.
L'image tremble, la violence atteint son paroxysme et une musique noise apparaît en même temps que le sang. Celui qu'on pensait serein et posé dans sa cellule, devient le bourreau d'un soldat qu'il viole et qu'il mutile. On entre dans un véritable cauchemar sur la sauvagerie mêlée à la folie la plus totale et surréaliste, déversant une grosse quantité de gore aux FX très réalistes et aux hurlements insupportables de la victime qui laisse légèrement entendre le barrissement d'un éléphant (C'est probablement de là que provient le titre du film étant également le nom d'une chanson venant d'un cirque citée par l'un des deux prisonniers).

Après une terrible éventration, l'arrachage de l'oesophage deviendra la scène la plus connue du film car cet organe deviendra l'instrument de la douleur psychologique et de la folie meurtrière. Le bourreau vient auprès de son collègue afin de lui faire souffler à l'intérieur du tube pour faire ressortir le même barrissement de la séquence précédente.



Après un long enchaînement d'images ignobles pouvant être les images les plus horribles réalisées à ce jour, les choses se calment et le soldat rongé par son agressivité et le désespoir se laisse finalement mourir en s'ouvrant les veines et laissant le pauvre rondouillard dans son trou à pleurer et à gémir sur les flaques de sang déversées avant d'être emmené par un troisième prisonnier devenu complètement fou et finissant lui-même par se donner la mort par pendaison.

Au final, quand on le regarde de plus près, "The Green Elephant" n'a pas volé sa réputation et offre une dose d'horreur fortement troublante et nauséeuse. Même si le vide scénaristique et l'absence de pertinence dans les dialogues provoquent un ennui évident chez les avides de tripailles, le film en lui-même mérite d'être considéré comme une oeuvre atypique puissante et une référence du cinéma underground plus obscur que l'obscurité elle-même.

Une curiosité et une expérience unique portée sur les conditions de vie dans les camps du goulag, car si le film peut sembler insupportable pour certains, dites-vous qu'il était impossible de refléter toute l'horreur des événements réels et que le visionnage de ce film n'aurait pas pu être embelli par la moindre source d'espoir et d'esthétisme.









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