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Bruno Hamel, chirurgien, menait une vie paisible avec sa femme Sylvie et leur petite fille Jasmine âgée de huit ans jusqu’au jour où cette dernière disparut et fut retrouvée violée et assassinée à l’orée d’un bois. Très vite, la Police arrête le meurtrier de la petite mais Bruno Hamel ne compte pas en rester là : quelques années de prison ne suffisent pas pour un tel crime selon lui et ce dernier va alors kidnapper le pédophile pour se faire vengeance lui-même. Séquestré dans un chalet en pleine forêt, le meurtrier de Jasmine va subir les sévices d’un père de famille endeuillé et fou de rage contre lui.



Un an après la sortie de "5150, rue des Ormes", le Québec voit sortir sur les écrans une nouvelle adaptation d’un roman de leur Stephen King national, Patrick Senécal. Publié en 2002, "les 7 jours du talion" se voit donc adapté au cinéma en 2010 par un certain Daniel Grou (surnommé Podz) et se retrouve dans quelques festivals un peu partout dans le Monde la même année (Sundance, le BIFFF ou encore le Festival International du Film Fantastique de Catalogne).

Vous l’aurez aisément compris en lisant le résumé ci-dessus, "les 7 jours du talion" fait partie de cette sous-catégorie du cinéma fantastique tant décriée que représentent les « Rape and Revenge ». Ces films où la narration suit toujours le même schéma scénaristique, à savoir un crime perpétré par un ou plusieurs individus qui va ensuite conduire à une vengeance (soit de la victime elle-même, soit de membre(s) de sa famille, soit de proche(s)), bien souvent très gratinée.
Pour celles et ceux peu habitué(e)s à ce genre de productions, en termes de Rape and Revenge nous pouvons entre autres citer des titres tels que "day of the woman" (intitulé également "i spit on your grave"), "la dernière maison sur la gauche", "le dernier train de la nuit", "crime à froid", "l’ange de la vengeance", "run bitch run !" ou encore pourquoi pas "king of the ants". Des films chocs pour la plupart, ayant parfois donné lieu à des remakes ("la dernière maison sur la gauche") voire même à des sagas ("i spit on your grave") dans ce nouveau millénaire.

D’ailleurs, pour celles et ceux l’ignorant, un talion est traduit par « une punition identique à l’offense perpétré », d’où la fameuse expression « œil pour œil, dent pour dent » (tiens, justement, le troisième titre donné à "day of the woman" est "œil pour œil" soit dit en passant). Aucun doute, nous sommes ici bel et bien face à un Rape and Revenge!



La première chose qui marque quand on visionne "les 7 jours du talion", c’est ce degré de réalisme que l’on ne retrouve pas forcément dans tous les films baignant dans cette catégorie. En effet, outre un jeu d’acteurs sans réelle fausse note (les deux principaux protagonistes, à savoir le meurtrier pédophile et son ravisseur, sont plus que convaincants dans leurs rôles respectifs), nous ne pouvons que saluer cette volonté du réalisateur et du scénariste (qui n’est autre que, pour les besoins du film, Patrick Senécal himself) de ne pas plonger tête baissée dans ce que font habituellement une grande partie des Rape and Revenge, à savoir nous balancer des scènes de tortures atroces ou des meurtres à gogo en veux-tu en voilà.

A ce niveau, "les 7 jours du talion" est en effet moins dynamique (plus sage pourrait-on dire, presque par euphémisme) que bon nombre de ses semblables mais cela ne signifie pas pour autant qu’il ne marquera pas les esprits. Evitant de tomber dans l’accumulation de sévices corporels et de faire preuve de voyeurisme (au grand damne des amateurs de scènes ultra violentes et saignantes), le film de Daniel Grou va cependant nous plonger dans une ambiance glaciale, parfaitement retranscrite à l’écran (l’absence totale de musique tout au long du film ainsi que l’utilisation de couleurs ternes ne font qu’accentuer cette atmosphère froide et inquiétante ressentie), et surtout nous offrir ce degré de psychologie bienvenu.

Nous vivons en effet dans "les 7 jours du talion" la descente aux enfers d’un père de famille meurtri suite à l’ignoble crime perpétré sur sa malheureuse petite fille (les plans qui nous sont faits sur le corps de la fillette en début de film font froid dans le dos tellement les détails sont nombreux, poussant encore plus loin le réalisme de cette séquence choc indispensable pour ensuite expliquer la perte de contrôle du père de famille). Un postulat de départ classique dans les Rape and Revenge direz-vous : oui en effet, mais ici le travail réalisé sur le mental de notre père de famille est impressionnant de réalisme.
Calme, déterminé, réfléchi dans ses actes, le personnage de Bruno Hamel vacille entre haine et souffrance tout en essayant toujours de garder un certain self-control afin notamment de ne pas tuer sur un coup de tête trop rapidement sa « victime » ou de donner des indices susceptibles de le faire arrêter par la Police. Persécuté par ses démons (les pensées et visions de sa petite Jasmine le hantent), incompris par sa femme dans sa démarche de se faire justice lui-même, Bruno Hamel est bien mal dans sa peau, réfléchit à tout cela, mais ne semble pas pour autant lâcher l’affaire.

D’ailleurs, cette démarche de vouloir se faire justice soi-même est d’autant plus forte dans ce Rape and Revenge en particulier que les autres personnes que côtoient, directement ou indirectement, Bruno Hamel durant la séquestration de l’assassin de sa fille semblent être de son avis (le policier qui le traque a lui-même perdu sa femme suite à un hold-up ayant mal tourné et avoue que sa vie n’est pas plus supportable depuis la simple incarcération du meurtrier, la caissière d’une station service lui dit clairement être de tout cœur avec lui dans cette quête punitive, les mères des enfants assassinés par ce même pédophile l’encouragent à lui faire payer ses crimes, et l’un des policiers annonce même « Pourquoi on se casserait le cul pour sauver un violeur de petites filles? »). Par ailleurs, la critique du système judiciaire est d’autant plus explicite ici que l’on apprend que ce pédophile est un récidiviste (revient alors cette éternelle question que nous nous posons souvent lors de faits divers semblables : « Pourquoi ce mec est-il dehors? Pourquoi n’est-il pas surveillé? »… Manque de preuves visiblement…).

Tout un ensemble d’informations qui poussent Bruno Hamel à aller jusqu’au bout de son projet, quitte à se mettre sa femme à dos ou à mettre en péril son avenir. Et quiconque ne comprendra pas que l’on veuille se faire justice soi-même et appliquer la Loi du talion (code qui exige que le coupable subisse une punition du même ordre que le tort qu’il a commis) se verra raisonné par Bruno himself (outre la petite leçon de morale qu’il balance au policier qui le traque, en découle surtout ce surprenant passage où il va aller jusqu’à chercher la mère de l’une des fillettes assassinées par ce meurtrier pour la mettre face à lui et lui montrer que ce dernier est toujours vivant et qu’il ne faut en aucun cas l’oublier).



Certes, le scénario n’est cependant pas exempt de défauts dans "les 7 jours du talion" et certains passages s’avèrent peut-être un peu tirés par les cheveux (la simplicité pour kidnapper le meurtrier pourtant prisonnier des forces de l’Ordre, la facilité déconcertante d’un chirurgien pour brouiller ses pistes lors de ses appels téléphoniques… Alors oui ce dernier s’est entouré des bonnes personnes mais c’est tout de même quelque peu exagéré) mais le tout se suit relativement bien. Le rythme est d’ailleurs plutôt soutenu, les rebondissements bienvenus (l’enlèvement de la mère de famille est tout simplement génial car ce dernier est tout bonnement inattendu et prouve la détermination de Bruno Hamel à faire adhérer à son projet) et le casting de très bonne facture (un bon paquet d’émotions transpire de ce long-métrage poignant, vacillant entre souffrance et haine, entre douleur et délivrance).

Certain(e)s pourront également reprocher au film de Daniel Grou de manquer de cruauté, de ne pas aller suffisamment loin dans les sévices perpétrés sur notre vilain pédophile, mais le reflet psychologique du projet est suffisamment important pour nous faire oublier cela et rendre le tout peut-être bien plus percutant et poignant que du tape à l’œil gratuit (et déjà trop présent dans le cinéma actuel depuis l’essor des torture porn tels que des "saw" ou des "hostel").
Par ailleurs, les sévices faits ici ne sont peut-être pas très graphiques (le sang ne coule pas à flots, les os ne craquent pas…) mais marquent de par leur inventivité d’une part (Bruno Hamel est chirurgien ne l’oublions pas) et le sadisme qu’ils dégagent d’autre part (forcer quelqu’un a se tenir debout et à gesticuler en tenant l’une de ses jambes droite car le genou a été mis en miette à grand coup de masse peut faire bien plus souffrir que de nombreux sévices par exemple).



Après le très bon "5150, rue des Ormes", place à la nouvelle adaptation d’un roman de Patrick Senécal, "les 7 jours du talion". Un Rape and Revenge très réaliste ne se limitant pas à nous livrer des scènes de tortures insoutenables mais préférant au contraire jouer la carte de la psychologie et baigner dans une atmosphère froide remarquable (une ambiance glaciale permise notamment par une absence totale de musique et des couleurs ternes au possible). Pas un chef d’œuvre certes mais un fort agréable Rape and Revenge comme on souhaiterait en voir plus souvent.

En plus, grâce au film de Daniel Grou, nous perfectionnons notre québécois et apprenons un bon paquet de sacres, autrement dit des jurons québécois tirés de la religion, tels que « câlice », « crisse », « ostie » sans oublier notre fameux « tabarnak »! (bon, c’était une petite parenthèse pour décompresser un peu après ce film bien poignant !)








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