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Réalisation
Rémy M. Larochelle

Scénariste
Rémy M. Larochelle

Date de sortie
2003

Genre
insolite

Tagline


Cast
Stéphane Bilodeau
Julie-Anne Côté
Philippe Chabot


Pays
Canada

Production


Musique
/

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 5.5
(6 votes)
Un conte de fées situé dans un monde inconnu avec des personnages aussi effrayants que votre pire cauchemar. Mecanix raconte l'histoire des derniers êtres humains forcés d'être les esclaves des créatures étranges qui gouvernent ce monde bizarre. Il y a une seule chose que ces bêtes craignent - l'embryon de l'univers : l'origine de tout. Le seul espoir que les humains ont pour se libérer de cet environnement mécanique avant qu'ils meurent tous. L'embryon que les bêtes craignent est caché dans le dernier homme né libre...



Totalement inconnu et quasi-introuvable, "Mecanix" est l'exemple même du film underground sorti de nulle part. Réalisé par l'artiste Rémy M. Larochelle, ce film expérimental et transgressif nous plonge dans un univers post-apocalyptique et surnaturel avec de nombreuses créatures bizarres animées en stop-motion. C'est comme si David Lynch et Shinya Tsukamoto ne faisaient qu'un pour travailler sur une animation horrifique et fantastique très peu facile d'accès. Car oui, l'image vieillie, les teintes sépia, l'effet de montage et la bande son hypnotique empêcheraient de situer le film à une quelconque époque. Ca pourrait très bien être un film des années 1930 que des années 1990. Mais sa réalisation en 2003 a perturbé le temps et "Mecanix" s'inscrit parmi les métrages surréalistes donnant l'illusion d'être sorti d'une autre dimension tout en rejoignant le trio des chef d'œuvres underground complexes et étranges "Pig", "Begotten" et "Vase de Noces" avec une légère présence de "Tetsuo" ou "Philosophy of a Knife".



Dès l'introduction, l'univers inconnu se dévoile sur un paysage intriguant, fascinant, noir et irrationnel.
Démarrant par "Il était une fois..." comme un conte sombre et dépressif ancré dans le monde mécanisé par des créatures biomécaniques et difformes, le film raconte l'histoire de l'Homme tombé dans l'esclavage de cette monstrueuse organisation métallique. Le cyberpunk n'est pas loin et le steampunk pointe lui aussi le bout de son nez. Au milieu de ces terrifiants décors sculptés à la main mais reflétant une atmosphère cauchemardesque anti-utopique, les horribles créatures craignent un élément appelé l'Embryon. C'est cet élément qui est apparemment l'origine de tout et qui pourrait donner un dernier espoir à l'Homme pour se sauver de ce monde infâme. On a donc droit à un scientifique au service d'une des créatures dominantes qui charcute et éviscère l'abdomen de malheureux cobayes afin de trouver l'embryon et empêcher toute libération et tout espoir; des séquences glauques et très violentes par leurs images sordides particulièrement dérangeantes et effrayantes révélant l'ultime représentation de la bête en cage de l'Homme. Mis en parallèle une scène de dissection d'un volatile ressemblant à un vautour fait par un homme isolé et libre se cachant de ce monde bestial. Trouvant enfin l'embryon, il décide de le dissimuler en lui mais il finira par se faire attraper et capturer dans le but de récupérer ce qu'il cache au fond de ses entrailles.



On remarque que le film aura du mal à jouer sur les proportions entre la taille des créatures (en réalité miniatures) et les acteurs. Seules les images mettant les deux face à face permettront de distinguer et de comprendre la faiblesse des hommes face à ces monstres. Il est impossible d'oublier la beauté macabre des décors ou des dessins faits à la main apparaissant comme une hallucination au milieu d'une séquence quasi-illisible et expérimentale montrant une espèce de femme divine en plein milieu d'une forêt sans doute pour nous donner un indice de ce qu'est réellement l'embryon. Lors de l'apparition de ce dernier, la mécanique se retrouve finalement envahie par une poussée de plantes et de feuilles embellies par différents cadrages stylisés et une bande sonore énervée très proche de celle de "Tetsuo". C'est là qu'on comprend que l'embryon, l'origine de tout, l'espoir ultime de l'être humain n'est autre que la Nature !

"Mecanix" dégage un symbolisme utopique caché en plein milieu d'une succession d'images étranges, mécaniques, plastiques et hors du commun. Mais là où la complexité du film prendra le dessus c'est lors de la fusion entre la mécanisation des lieux métalliques et l'embryon qui causera un chaos plongeant le spectateur dans un trip difficile à cerner mais étant très esthétique malgré sa complexité.
Nous voilà aspiré dans un monde purement fantaisiste et tout aussi inconnu que le précédent où la fusion a créé une espèce de femme difforme mi-chair mi-mécanique. Surement l'entrée dans le cauchemar et la destruction de toute réalité ne laissant que dépasser l'horreur et la peur. La libération de l'Homme serait-elle de s'enfouir dans l'horreur imaginaire pour échapper à l'horreur réelle ? L'embryon, cette nature verdâtre si belle, ne serait-elle pas un passage vers un monde cauchemardesque inattendu sans être nuisible pour l'âme humaine ? Ce monde mystérieux ne serait-il pas la dernière étape du cycle de la Vie pour engendrer une nouvelle création ?



Une conséquence toutefois acceptée par le personnage principal qui finit "heureux jusqu'à l'extrémité de ses cauchemars" selon les dernières phrases du film expliquant que la cause de ce nouveau monde confus se trouve au plus profond de son être. Une touche de poésie noire assez difficile à interpréter correctement sans tomber dans la métaphore mais s'avérant très sensorielle. Le film réussit à nous transporter du début à la fin dans un endroit fantastique jamais vu auparavant soignant autant sa forme dans son esthétisme que sa profondeur dans son symbolisme. Un métrage de 1h10 pas accessible à tous car la particularité du montage et des images décrocheront le regard du spectateur seulement centré sur le cinéma mainstream conventionnel, d'autant plus que certaines scènes sont un peu longues...

Mais c'est ça le charme du vrai cinéma underground : l'existence de films obscurs, travaillés, artistiques et uniques en leur genre permettant d'exploiter toutes sortes d'expérimentations étranges jusqu'à les rendre fascinantes.

"Mecanix" est le film rare typique d'une œuvre d'art oubliée et enfouie dans les profondeurs les plus sombres du cinéma « horrifico-fantastique ».








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