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La fin du Monde est proche. Tous les continents ont été éradiqués et seule l’Océanie n’a pas encore été touchée par ce phénomène planétaire dévastateur. Alors qu’il lui reste environ douze heures à vivre, James se rend à la Fête Ultime organisée par son beau-frère, histoire de profiter des dernières heures de vie sur Terre. Mais en chemin il va rencontrer Rose, une fillette qui recherche désespérément son père et qui va bouleverser les plans de James. Alors qu’il est à présent investi d’une nouvelle responsabilité, notre cher australien va devoir revoir ses priorités tandis que l’heure fatidique approche à grands pas…



Quatrième film de l’australien Zak Hilditch, réalisateur inconnu du grand public dans nos contrées, "these final hours" sera peut-être le long-métrage qui le sortira de l’anonymat. Présenté dans plusieurs festivals francophones (Gérardmer, Cannes, Bruxelles, L’Etrange Festival…), ce film apocalyptique (ou plutôt pré-apocalyptique) a en effet reçu un accueil bien sympathique de la part des festivaliers. Car sans crier pour autant au génie, il faut bien reconnaître que ce petit film venu de l’autre côté du globe possède quelques qualités indéniables.

Alors que les films apocalyptiques sont devenus légion depuis plusieurs années maintenant ("hell", "the day", "la route", "le livre d’Eli", "je suis une légende", "mélancholia", "4h44"…), il pourrait sembler difficile pour un réalisateur de sortir du lot en jouant la carte de ce registre autant représenté dans le monde du cinéma fantastique.
Et pourtant, "these final hours" a ce petit quelque chose qui fait que nous avons réellement envie de lui laisser une petite place dans notre vidéothèque : un petit quelque chose qui passe par cette façon d’aborder la fin du Monde (apparentée ici à une sorte d’éruption solaire ravageant tout sur son passage), de nous plonger dans une histoire originale et simple à la fois, tout en évitant de se laisser gagner par la facilité.



Bien que le film de Zak Hilditch ne présente que très peu de rebondissements (le scénario est assez linéaire dans son ensemble), force est de constater que nous ne nous ennuyons pas lors du visionnage de ce dernier.
Tantôt remuant (bande originale percutante, bagarres rythmées, course-poursuite effrénée pour échapper aux griffes d’un maniaque de la machette, énorme fiesta arrosée avec bikini, alcool et sexe à tout va), tantôt émouvant (les drames familiaux, la fillette qui pleure son père, notre héros qui fait le choix d’aider la jeune Rose qu’il connait à peine alors qu’il pourrait être aux côtés de sa compagne aimante…), "these final hours" nous narre une histoire aux multiples facettes plutôt efficace et riche en émotions.

Comme je le citais quelques lignes plus haut, ce qui plait dans "these final hours" est cette façon dont Zak Hilditch aborde la fin du Monde, cette manière de nous faire vivre les dernières heures d’une population qui sait pertinemment que le cataclysme va se produire dans leur chère ville de Perth en Australie (nous apprenons d’emblée que tous les autres continents sont d’ores et déjà rayés de la carte : aucun mystère donc quant à la fin de notre film).

Certes, le réalisateur ne semble pas cacher certaines influences (nous pensons inévitablement à "28 jours plus tard" de Danny Boyle pour les décors extérieurs dévastés ou encore à "fog" de John Carpenter pour la voix-off à la radio qui nous tient informés des évènements à venir) mais pour autant nous adhérons sans grande opposition à sa vision de la fin du Monde. Quartiers dévastés, routes barrés, maisons barricadées, corps jonchant les sols ou pendus à des lampadaires communaux : nous sommes plongés dès les premières minutes du film dans une ville de Perth méconnaissable qui transpire la désolation, le pessimisme et le désespoir de toute une population. Les teintes de couleurs utilisées (couleurs jaunes et brunes assez sombres et absence de couleurs vives : le verdoyant n’a clairement pas sa place ici) témoignent d’ailleurs fortement de cette atmosphère triste, de ce malheur accablant (à la manière de "hell", on ressent de part les couleurs utilisées la détresse de nos protagonistes et cette chaleur intense faisant partie intégrante de cette menace solaire).

Au sein de cette population ayant perdu tout optimisme, tous vivent leurs dernières heures à leur façon. Alors que certain(e)s préfèrent se donner la mort, d’autres vont sombrer dans la folie (démence sanguinaire, fanatisme religieux…), perpétrer des crimes (pillages, vols, viols, bagarres, meurtres), se barricader (maisons couvertes d’aluminium, construction d’un bunker) ou tout simplement faire la fête et profiter de ses dernières heures à vivre (drogue, sexe, musique, alcool…). Quelque soit l’issue que chacun compte donner à sa vie, triste ou joyeuse, l’homme nous apparait en tout cas comme dépourvu de principes, bien souvent même de raison, et semble avoir régressé au point de ressembler à présent à une bête (violence, orgies…).



Malgré ce contexte qui aurait pu faire virer le film vers le survival voire l’ultra-violence, Zak Hilditch n’a pas cédé à la facilité (bien que le sauvetage de Rose aux prises avec des pédophiles bagarreurs et la course-poursuite entre James et un fou meurtrier maniaque de la machette nous orientaient dès le premier quart d’heure vers un film classique très axé survie).
En effet, plutôt que de nous confronter à des excès de violence et des courses-poursuites en veux-tu en voilà entre des hommes « normaux » et d’autres devenus fous (ce qui aurait apparenté "these final hours" à un survival classique comme nous pouvons déjà en voir à la pelle avec des zombies, des gens contaminés et j’en passe), Zak Hilditch préfère axer son film sur ses deux personnages principaux, James et Rose, et nous faire vivre la rencontre de ces deux êtres au départ très différents mais aux destins finalement liés.

James nous est dépeint comme un mec pas très réglo. Plutôt que de rendre de temps en temps visite à sa mère vivant seule, ce dernier préfère traîner avec sa bande de potes peu matures (dont nous ferons connaissance lors d’une grande fête où alcool et sexe sont les maîtres mots) et batifoler avec sa maîtresse (bien plus sage et raisonnée que lui manifestement). Lâche, ce dernier préfère se défoncer à l’alcool avant l’heure fatidique (pour ne pas voir comment le cataclysme va les anéantir et ne pas ressentir la douleur) et quitte donc sans aucune gêne sa maîtresse après une partie de jambes en l’air pour aller retrouver sa pouf et sa bande de potes participant à une grande fête de fin du Monde (laissant ainsi la malheureuse seule devant sa fenêtre à attendre l’arrivée au loin de la catastrophe solaire).
Sa rencontre avec la petite Rose va l’aider à lui faire prendre conscience que certaines décisions valent parfois bien plus que quelques pétards et autres parties de levrette. Face à cette gamine attachante, symbole même de l’innocence, drôle et émouvante à la fois (une bien belle interprétation de la jeune Angourie Rice), James va revoir ses priorités et dévoiler un remarquable altruisme que nous pensions enfui et perdu au plus profond de sa cervelle. Investi de nouvelles responsabilités, notre australien va se libérer progressivement de cet égoïsme dont il faisait souvent preuve pour finalement se rapprocher des personnes véritablement importantes à ses yeux. A ce titre, "these final hours" peut être vu un peu comme le parcours d’un homme en quête de rédemption qui va faire preuve d’humanité malgré le contexte actuel (il prend conscience qu’il n’a pas toujours été clean et Rose est clairement l’élément déclencheur qui lui fera reprendre contact avec sa famille mais qui le fera également réfléchir sur ses décisions prises peut-être trop hâtivement au départ…).



Film pré-apocalyptique de très honnête facture, "these final hours" a le mérite de ne pas cédé à la facilité et au déjà-vu en nous gratifiant d’un scénario certes assez linéaire mais réellement prenant. Nous pourrons reprocher au film de Zak Hilditch d’être peut-être un peu court et de manquer de péripéties, mais l’essentiel est bien là : nous vivons les destins de deux êtres que tout semble opposer mais qui vont se croiser et donner naissance à une bien belle aventure humaine avec son lot d’émotion, une pincée d’humour et quelques passages plus vitaminés annoncés sous une musique percutante.

A noter que le film a reçu le Prix de la Meilleure Musique lors de la 22ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer.








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