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Alors qu’une terrible épidémie frappe plusieurs pays, les habitants d’un petit immeuble argentin sont mis en quarantaine du fait que l’un d’eux ait contracté des symptômes de la maladie. Coco et Pipi, un jeune couple sur le point de devenir parents, vivent alors dans ce climat si particulier et voient peu à peu leurs voisins devenir paranoïaques et inquiétants…



Alors que les films d’infections/contaminations existent depuis pas mal d’années maintenant (on se souvient par exemple de films tels que "the crazies" de George A. Romero en 1973, "les raisins de la mort" de Jean Rollin en 1978 ou encore "démons" de Lamberto Bava en 1985), nous sommes depuis quelques temps maintenant submergés de films appartenant à ce sous-genre ("rec", "28 jours plus tard", "cabin fever", "planète terreur", "infectés", "contagion", le remake de "the crazies"…).

Une ribambelle de films qui utilisent bien souvent les mêmes ficelles et nous mettent en avant des personnes contaminées se transformant en bêtes assoiffées de sang, en morts-vivants, en démons ou tout simplement en malades violents. S’enchaînent alors des scènes tantôt trashs (on pense du coup plus particulièrement au terrible "planète terreur" ou à la saga des "cabin fever") et/ou sanguinolentes, tantôt violentes (course-poursuites effrénées, attaques à mains nues…), qui font la joie de nombreux cinéphiles en recherche de bonnes doses d’adrénaline.

Hé bien oubliez le temps de cette chronique ces films auxquels vous êtes pourtant habitués depuis pas mal d’années maintenant et venez découvrir "phase 7", film à petit budget argentin traitant le thème de la contamination de manière peu commune.



Préférant se focaliser non pas sur la menace réelle dont tout le monde parle (ici l’épidémie) mais sur les rapports sociaux se détériorant au sein d’un groupe de personnes isolées du monde extérieur (à la manière par exemple du très bon "the divide" de Xavier Gens), Nicolas Goldbart parvient à nous plonger avec pas mal de réussite dans cette petite histoire où l’angoisse et l’humour se marient et rappellent mine de rien le cinéma de ce cher Alex De La Iglesia.

Exit les personnes contaminées qui courent partout à la recherche de proies ou encore les zombies et démons s’agrippant à vous pour vous dévorer. "Phase 7" a beau nous emprisonner dans un immeuble à la manière d’un "rec" premier du nom ou d’un "démons 2", ici la menace ne semble finalement pas venir du virus itself ni même des personnes le contractant : non, ici la menace est bien l’humain en chair et en os, l’humain en parfaite santé devrait-on même préciser!

Nicolas Goldbart semble en effet se servir du virus comme d’un simple motif pour isoler tout ce petit monde dans un immeuble d’où on ne peut sortir (peu d’informations nous seront d’ailleurs apporter sur l’origine de cette épidémie dont nous n’entendrons presque plus parler par la suite).
Dès le début, on comprend aisément que les personnages qui nous sont dépeints ici ne semblent guère se préoccuper de la gravité du virus (qui pourtant ne semble pas anodine à en croire les flashs infos qui passent en boucle sur les chaînes TV). Pour preuve, aucun ne semble par exemple pris de panique au moment où les urgentistes décident de mettre en quarantaine l’immeuble : chacun repart paisiblement dans son appartement et semble reprendre sa petite vie tranquille (notre jeune couple va même s’adonner à des Yam’s, des batailles navales…). Un aspect irréaliste qui va alors orienter l’histoire de "Phase 7" vers un mélange entre thriller et comédie noire.



Un traitement peu commun du film de contamination qui préfère donc axer l’histoire sur les rapports sociaux entre voisins plutôt que sur le virus et les symptômes qu’il engendre (de cela, nous ne verrons qu’une victime agonisant et crachant du sang). Face à cette épidémie, l’inquiétude et la méfiance commencent à se propager dans les esprits de plusieurs individus qui vont alors commencer à représenter une réelle menace pour leurs voisins. Peur, anxiété, paranoïa (tout ceci nous rappelle un certain "contagion") pour finalement aboutir à des excès de violence (on veut liquider celui paraissant infecté, d’autant plus si ce dernier a des vivres chez lui car les rations se tarissent). Très vite, la menace change de camps, le virus étant rapidement relayé en second plan pour laisser place à la folie et la paranoïa des humains confrontés à cette situation nouvelle pour eux.

"Phase 7" est certes très « blablateux » (les scènes de dialogues sont nombreuses) mais réussit à distraire son public et à créer un climat mélangeant habilement drame et humour avec une petite pincée d’angoisse pour ce qui peut être vu comme un grand huis-clos tantôt angoissant (mais où est donc le vieux Zanutto qui parcourt l’immeuble et fait sauter les têtes de ses voisins ??? Magnifique head-shoot soit dit en passant…) tantôt amusant.

Car outre la musique atypique pour ce genre de production et rappelant volontairement l’espace d’un moment certaines petites séries B d’action pathétiques (les roulements de tambours incessants, la musique au thème spatiale élaborée avec quelques notes au synthé répétées…), le casting de "phase 7" n’est pas non plus en reste en ce qui concerne l’aspect humoristique du long-métrage.
Piégé dans un immeuble avec un voisin roi de la paranoïa et manifestement préparé à toute éventualité (artillerie, réserves…), un vieux décidé à dégommer tous ceux présentant une menace pour lui et son chien, et enfin deux autres voisins complotant sans arrêt, Coco semble parfois totalement coupé de toute logique. Focalisé sur ses ampoules qui claquent toutes les unes derrière les autres, sur sa chevelure et sa moustache changeantes (vu que je ne peux pas me rendre chez le coiffeur, autant essayer de nouvelles coupes…), notre jeune homme ne semble pas vraiment se soucier de l’importance de l’épidémie, passant son temps à retirer son masque gracieusement offert par son parano de voisin et à glander par-ci par-là, au grand damne de sa compagne enceinte jusqu’au cou…

De toute façon, ce ne sont pas les urgentistes qui viendraient à leurs secours, ces derniers paraissant totalement impuissants face aux évènements, à l’image d’un médecin à moitié dans les vaps (qui mourra une bouteille d’alcool à la main…) et un chef des urgentistes rappelant sans arrêt de faire le numéro des urgences en guise de réponses aux diverses questions posées (alors que toutes les lignes sont saturées). Une bien belle critique fort exagérée du corps médical que voilà!



Au final, "phase 7" s’avère être une bien sympathique surprise. Le long-métrage de Nicolas Goldbart nous offre ici un traitement du film de contamination/infection bien particulier, vacillant entre l’angoisse liée à l’épidémie et l’humour de situations parfois irréalistes. Certains trouveront peut-être le film un peu long (beaucoup de dialogues) mais pour ma part ce dernier m’a tout simplement tenu en haleine du début à la fin, grâce notamment à cette petite pincée d’humour noire bienvenue qui fait clairement toute la différence.








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