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Dante a une phobie qui l'empêche d'être en contact avec des corps sans vie. Chaque fois qu'il est face à un cadavre, il éprouve un sentiment terrifiant qui lui fait perdre la tête. Son état se détériore lorsque son frère jumeau meurt. Cet événement traumatique va le conduire en plein milieu d'une série de meurtres de plusieurs personnes qui lui sont proches afin de le piéger...



Après la réalisation de "Jennifer's Shadow" et "Death knows your name", Daniel de la Vega se lance dans un thriller horrifique surréaliste abordant le sujet de la nécrophobie avec un budget financier plutôt timide. Cette phobie qui n'hésite pas à lancer le personnage principal dans des visions cauchemardesques.

"Necrofobia", une oeuvre esthétique bluffante et originale mixant les ingrédients de plusieurs oeuvres de maîtres du cinéma de genre et ayant la capacité de faire ressentir de vraies sensations d'étouffement et un sentiment d'effroi.

Les premières minutes se passant à l'enterrement du frère jumeau du protagoniste principal, n'hésitent pas à nous annoncer la couleur avec une balade dans un cimetière où le climat froid et morbide aura le pouvoir de captiver le spectateur et de le mettre directement mal à l'aise.



Dante, un personnage qui deviendra attachant au fur et à mesure du film, se verra pris par la folie due à la nécrophobie accentuée lorsque le pauvre homme se retrouvera enfermé avec le cercueil de son frère dans un mausolée touchant discrètement du doigt la claustrophobie.

Après une succession d'images éprouvantes et étouffantes rendant l'introduction réellement effrayante, nous voilà face à une histoire d'enquête simpliste certes, mais n'offrant qu'une charpente pour pouvoir engloutir le spectateur dans une ambiance constamment glauque, mystérieuse et inquiétante. Cette ambiance qui sera le plus gros point fort du film jouant sur son esthétisme aux décors somptueux rappelant l'excellent remake de "Maniac" ou encore le néo-giallo "Masks".

Le réalisateur argentin n'hésite pas à nous faire vivre la folie de Dante, jouant avec les codes des films de David Lynch et Roman Polanski pour pouvoir nous perdre et nous enfoncer dans un labyrinthe sans sortie.

Flirtant avec le giallo baroque, l'enquête ne fera que nous écarter de la réalité pour relier le rationnel et la folie au point de ne plus pouvoir distinguer ce qui est réel ou pas.

Constamment dans la tête du personnage principal, ce dernier doute plusieurs fois de lui-même concernant les meurtres commis sur les gens proches, mais il se verra aussi confronté à un homme mystérieux vêtu de noir et au visage caché par un chapeau sombre. Finissant par soupçonner toutes les personnes qui l'entourent, il finit par avoir des visions cauchemardesques incessantes qui le rapprocheront de plus en plus de ses démons.



Mais là où le talent de Daniel de la Vega s'extériorise, c'est sur les plans de caméra d'une rare maîtrise où chaque image est calculée pour accentuer le surréalisme et la folie due à la nécrophobie du personnage: les plans aux décors symétriques, lumières tamisées, le jeu sur les miroirs, jeu avec le temps, l'omniprésence de mannequins inquiétants accompagnés de l'ambiance froide et malsaine ne pouvant qu'élever l'angoisse éprouvée chez le spectateur...

Un univers unique proche d'un rêve hallucinatoire qui provoquera un véritable malaise constant chez le public.

Une frayeur intense sur chaque plan, chaque indice, chaque apparition de l'homme mystère chapeauté ainsi que chaque note de l'éprouvante bande sonore du grand Claudio Simonetti.

Contrairement aux autres métrages giallesques, "Necrofobia" ne s'attarde pas sur des meurtres stylisés magnifiés par un déversement sanguin, mais plutôt sur une tension grimpant a crescendo et sur la peur psychologique due à l'étouffement produit par le suspense aussi efficace que l'atmosphère en parallèle.

Un film d'épouvante absolument terrifiant se frottant au style gothique, exploitant la nécrophobie sous une forme paranoïaque pour prendre plaisir à plonger le spectateur dans une folie profonde et intense.
Original, captivant, effrayant et fabuleux.

Daniel de la Vega offre un exercice de style ambitieux sans prétention mais avec beaucoup de talent, idéal pour les amateurs du cinéma bis à tendance expérimentale et rappelant les récents "Lord of Tears" et "Hypnagogia".

Le film se conclut par un final loin d'être imprévisible mais très efficace, offrant une scène particulièrement gore et éclairant le spectateur sur les clés de l'intrigue confirmant le surréalisme du long-métrage mais restant dans la cohérence.



La nécrophobie abordée n'est pas aussi bien exploitée que la claustrophobie dans "Citadel" de Ciaran Foy, mais le fait d'aborder ce thème pour une réalisation d'une puissance visuelle et psychologique réduisant le fossé entre le rêve et la réalité, est suffisant pour livrer un voyage fantasmagorique solide, terrifiant et oppressant.

Avec "Necrofobia", Daniel de la Vega a le don d'envelopper une histoire d'enquête banale avec une couche d'expérimentation fantastique, irrationnelle où la mort embrasse la folie du personnage principal et celle du spectateur.

Espérons que ce réalisateur argentin continuera dans cette voie pour encore provoquer une peur et une tension réelles comme on en voit rarement de nos jours.

Un des films d'horreur les plus angoissants de ces dernières années.

Necrofobia est le premier film d'horreur argentin à sortir en 3D






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