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En compagnie de sa nouvelle fiancée Eva, Félix part rejoindre une bande d’anciens amis qu’il n’a pas vus depuis de nombreuses années. Arrivés sur le lieu des retrouvailles, chacun se remémore des souvenirs du passé et s’amuse : une longue après-midi riche en émotions qui se finit en soirée sur un moment de tranquillité autour d’un feu. Mais une étrange lumière traversant le ciel va soudainement mettre fin aux conversations. Un phénomène étrange qui n’est cependant pas le seul. En effet, l’électricité semble s’être coupée partout autour d’eux, les charges de téléphones se sont vidées subitement et les batteries de voitures sont à plat… Le lendemain, c’est un de leurs amis qui aura disparu sans laisser de trace…



Artisan reconnu pour la télévision espagnole, Jorge Torregrossa décide de laisser de côté les courts-métrages et autres épisodes de séries télé afin de se consacrer à son premier long-métrage, "the end". Epaulé par les producteurs de "les autres" et "the impossible", mais également par les scénaristes Sergio Gamero (ayant œuvré notamment sur "l’orphelinat") et Jorge Guerricaechevarria (grand compère d’Alex de La Iglesia avec qui il a travaillé sur la quasi-totalité des scénarios de ses films), Jorge Torregrossa doit adapter le roman de David Monteagudo intitulé "fin". Un lourd poids que notre réalisateur a sur les épaules car le roman dont il est question ici avait reçu un très bon accueil chez nos voisins ibériques : impossible donc de décevoir les fans de la première heure de "fin"!

Présenté à Toronto, à Turin, à Séville, à Bruxelles (BIFFF 2013) et dans une poignée d’autres festivals, c’est surtout lors du 20ème Festival International du Film Fantastique de Gérardmer présidé par Christophe Lambert que "the end" va se faire remarquer. Alors que la Perle des Vosges voyait le "mama" d’Andrés Muschietti rafler la moitié des prix (Grand Prix, Prix du Public, Prix du Jury Jeunes), il ne semblait y avoir que peu de place pour ses principaux concurrents ayant subi une petite douche froide ("the bay" de Barry Levinson, "the complex" d’Hideo Nakata ou encore "you’re next" d’Adam Wingard qui repartira tout de même avec le Prix du Jury Syfy). Contre toute attente cette année-là dans les Vosges, ce sont deux films que l’on n’attendait pas du tout au tournant qui sont venus chercher le Prix du Jury (ex-æquo) : "berberian sound studio" de Peter Strickland (qui prendra au passage le Prix de la Critique également) et notre fameux "the end" de Jorge Torregrossa dont il est question dans cette chronique.



Pourtant, cette année-là sur Gérardmer, il n’était pas rare que j’entende de la part des festivaliers autour de moi dans les files d’attente des remarques négatives sur "the end". « Rythme mollasson », « désert scénaristique » ou encore « fin bâclée » et « sentiment d’inachevé » semblaient être les termes qui revenaient le plus souvent à mes oreilles. De quoi éveiller en moi une certaine curiosité que je n’ai malheureusement pas pu assouvir, la faute à d’autres films que je m’étais sélectionnés en hors-compétition cette année-là et qui me paraissaient bien plus prometteurs sur le papier que certains long-métrages en compétition.

Mais alors pourquoi le jury 2013 composé entre autres de Xavier Gens, Pascal Laugier, Marina de Van ou encore Nicolas Boukhrief a-t-il décerné ce prix très convoité au film de Jorge Torregrossa?



Il est vrai que "the end" sera loin de faire l’unanimité au sein de son public. La faute notamment à un rythme effectivement assez lent par moments et à un scénario teinté de philosophie laissant place à l’imagination et à la réflexion des spectateurs (ce dernier point n’est pas du gout de tout le monde il faut bien le reconnaître).

Alors que le film de Jorge Torregrossa débute de bien sympathique façon (les retrouvailles entre anciens potes et les relations entre les personnages sont bien construites et intéressantes à suivre et à découvrir au fur et à mesure que les conversations s’enchaînent) et nous plonge rapidement dans une intrigue assez prenante (des phénomènes étranges se produisent, des personnes disparaissent, des animaux semblent fuir un danger…), il est quelque peu déstabilisant de constater que l’histoire semble en effet faire du sur-place et ne plus laisser vraiment place aux surprises.
Certes, "the end" nous gratifie de quelques passages surprenants et osons le dire haletants (une rencontre avec un troupeau de chèvres excitées sur une étroite corniche dans la montagne, une course-poursuite avec une meute de chiens féroces…) mais les trop nombreux passages à vide ralentissent clairement le rythme du film et nous poussent à croire que cette intrigue ne dévoilera finalement peut-être pas grand-chose…

Car "the end" est effectivement un film très particulier. Le genre de long-métrage qui ne souhaite pas vous donner la becquée, vous donner des explications trop facilement, histoire de faire fonctionner un peu vos méninges. En ressortent cependant bien souvent des films originaux qui tranchent radicalement pour notre plus grand plaisir avec toutes ces hordes de blockbusters aux budgets faramineux qui ne présentent parfois que trop peu d’intérêt, des sentiments de déjà-vu…

Le film de Jorge Torregrossa, lui, ne choisit pas du tout cette voie (de toute façon, le budget de 5 millions d’euros ne le permettrait pas…), bien que l’histoire nous plonge dans un monde post-apocalyptique. Exit donc les bâtiments en ruines, les rues saccagées ou autres joyeusetés que nous pouvions avoir comme décors dans des films tels que "je suis une légende" ou "le livre d’Eli" et rapprochons-nous peut-être plus volontiers graphiquement d’un "the day" pour rester dans cette ambiance post-apocalyptique. Point de maisons délabrés ou de champs dévastés cependant : les éléments et les décors sont certes simples (à part peut-être ce bel avion en miettes) mais suffisamment démonstratifs pour nous faire comprendre qu’il s’est passé quelque chose et que la population humaine a disparu (visites de maisons vidée de ses résidants, petit tour dans un village désert en bord de mer rappelant le brillant "quién puede matar a un nino?" de Narciso Ibanez Serrador, appelé plus vulgairement "les révoltés de l’an 2000").

Bien que le film de Jorge Torregrossa ne nous plonge pas dans un monde en cendres pour nous décrire cette ambiance de fin du Monde mais préfère à l’inverse nous offrir des paysages « normaux » (entendons par là des paysages n’ayant pas souffert des affres de la guerre ou d’un phénomène apocalyptique) de toute beauté, nous serons tous d’accord pour affirmer que le soin porté à l’image est remarquable.



Bien plus que le cadre et les paysages environnants, "the end" privilégie ses personnages et les relations qui les lient les uns aux autres plus que toute autre chose. Ce film aux pensées très philosophiques (qu’advient-il de soi quand un jour on se retrouve seul alors qu’on a toujours choisi d’être ou de paraître ce que les autres voulaient que l’on soit? Comment peut évoluer notre vie quand on existe uniquement au travers du regard des autres?...) dispose d’un casting de très bonne facture et parvient à donner sans trop de peine une dimension dramatique bienvenue.

Un film intelligent mais pouvant effectivement rebuter de nombreuses personnes en raison de ce final peu explicite auquel on pouvait cependant s’attendre une bonne dizaine de minutes avant le générique de fin (on comprend en effet que l’on approche de la fin du film et que toute explication trop facile ne sera pas permise).
Point d’extraterrestres ou de vilains monstres kidnappant les humains, juste quelques phrases qui feront méditer l’auditoire. Plusieurs pensées, plusieurs points de vue, plusieurs réponses possibles aux diverses questions que l’on se pose : laissons libre cours à notre imagination et saluons là l’œuvre de Jorge Torregrossa (sans oublier le roman de David Monteagudo dont c’est ici l’adaptation cinématographique), un premier essai plutôt convaincant.








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