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Réalisation
Alexandre Aja

Scénariste
Keith Bunin

Date de sortie
2013

Genre
diable et demons

Tagline


Cast
Daniel Radcliffe
Juno Temple
Heather Graham
Sabrina Carpenter


Pays
Etats-Unis, Canada

Production


Musique
Robin Coudert

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 4.7
(8 votes)
Dans l’attente du procès du meurtre de sa petite amie, Merrin, dont il est le suspect numéro un, Ig sombre dans l’alcool tout en tentant de préparer sa défense avec son meilleur ami Lee et son frère. Alors que tout le monde le croit coupable, Ig perd la foi et reçoit ce qui semble être une punition divine : des cornes. Alors qu’il pense être maudit, il se rend compte que ses nouveaux appendices ont un pouvoir étrange : faire avouer l’inavouable à tous ceux qu’il rencontre. Un avantage qui va lui permettre d’enquêter et de tenter de découvrir l’auteur réel du meurtre de Merrin...



Alexandre Aja, bien que spécialisé dans les films de genre, a toujours réussi à livrer des œuvres singulières et différentes les unes des autres. Avec « Horns », cela se confirme de nouveau. Plus qu’un simple thriller fantastique, le film est à l’image du livre dont il est tiré (« Cornes » de Joe Hill), un mix d’horreur, de comédie, de romance, de chroniques adolescentes et d’enquête. Toujours sur la corde, « Horns » jongle habilement entre les moments humoristiques et les moments de tension ou d’émotion. Humour, par exemple lorsqu’Ig découvre le pouvoir de ses cornes et s’en sert pour faire se battre des journalistes en manque de scoop ou faire avouer tous les secrets des clients d’un bar. Tension quand Ig doit affronter toutes les personnes qui le croient coupable. Emotion lorsque, dans une scène dans un Diner, Merrin annonce son départ à Ig. L’équilibre entre ces changements de ton est quasi-parfait, malgré certaines longueurs, grâce à une excellente structure narrative et un montage intelligent. Si toutes les scènes sont donc bien amenées, on pourrait tout de même reprocher une inégalité dans la crédibilité de certaines. Alors que les passages humoristiques sont efficaces (la scène du bar, celle du médecin ou celle avec les flics sont hilarantes) et les moments d’émotions très touchants (le passage de la lettre), les flashbacks sur l’enfance d’Ig et de ses ami(e)s, bien que superbement réalisés et indispensables au récit, manquent parfois de profondeur. La présentation des liens qui unissent tous les protagonistes principaux lors de leur enfance un peu superficielle. Un choix que l’on peut comprendre afin de maintenir le rythme du film mais qui détonne un peu avec le reste. Aussi, l’utilisation des cornes d’Ig aurait pu amener à des situations encore plus folles mais le réalisateur semble avoir plutôt décidé de maintenir la cohérence du récit plutôt que de partir dans le délire total. Un mal pour un bien, donc.



Techniquement, Aja montre encore sa maîtrise tant au niveau de la réalisation que des choix artistiques pour illustrer les différents aspects psychologiques du personnage principal. Magique, à la limite de l’onirisme lors des scènes de bonheur entre Merrin et Ig, tout devient sombre et pluvieux après la mort de la jeune femme. Un choix classique mais superbement mis en scène grâce à une photographie parfaite et des décors au diapason. Plastiquement impeccable, le film est un régal pour l’œil du spectateur. Coté casting, même si Daniel Radcliffe ne semblait pas tombé sous le sens à la lecture du livre, son interprétation est convaincante. Le couple qu’il forme avec Juno Temple fonctionne à merveille et la jeune actrice interprète à la perfection son personnage de femme sensible et amoureuse. Les autres comédiens sont aussi probants que ce soit pour les rôles classiques (les parents, le frère) que ceux plus exubérants (la prestation d’Heather Graham est d’ailleurs à souligner).



Dépassant le statut de simple série B, le réalisateur s’évertue à garder ce qui faisait le sel du livre : les relations entre les personnages, leurs états d’âmes, leurs conflits. Alors, bien sûr, difficile de développer en deux heures ce que développe le livre en 400 pages, mais l’important est respecté et les choix (différents du livre) pour resserrer les liens des personnages à l’écran sont plutôt bien trouvés. Les protagonistes passent de l’amour à la haine (et inversement) et doivent chacun affronter leurs « démons ». Le film emprunte donc une voie mystique et religieuse cohérente et loin d’être pompeuse même pour un non-croyant tant les éléments s’emboitent bien les uns les autres. Le côté enquête du film est, quant à lui, plutôt léger (tout comme dans le livre) et même si le scénario retarde l’annonce du meurtrier au maximum, il est rapidement identifiable pour le spectateur lambda.



Dans la critique du livre que vous trouverez sur ce site, une interrogation se posait : Comment Alexandre Aja allait réussir à rendre à l’image certains passages du livre qui pourraient sembler un peu ridicule en « live » notamment une longue partie durant laquelle Ig est habillé en femme ? La réponse est simple : en retirant complètement ces séquences et en inventant de nouvelles. Ainsi, adieu la fin dans la fonderie et bienvenue à une dernière partie qui dévie vers le fantastique le plus total avec l’apparition d’un être « démoniaque ». Dans ces moments, Aja retourne à ses premiers amours en ajoutant quelques effets gore. Facilité ou bonne idée ? Sûrement un peu des deux car bien que beaucoup plus cinématographique, cette conclusion est un peu en deçà du reste du film et de ce que l’on a vu précédemment.

En livrant une œuvre à la croisée de différents genres, Aja arrive à ne pas se prendre les pieds dans le tapis et à livrer un film plutôt homogène, aux qualités esthétiques et narratives indéniables légèrement plombé par quelques longueurs et un final pas au niveau du reste du métrage. Singulier, attachant et bien interprété, « Horns » est à découvrir pour quiconque aime les expériences originales. Pour conclure, encore une réussite pour Alexandre Aja qui en plus d’être un des réalisateurs français les plus doués et les plus audacieux dans le genre est aussi un des plus constants.