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Sur une autoroute britannique menant à Manchester, un jeune couple roule sous une pluie battante en pleine nuit. Alors qu’un camion vient de se rabattre devant eux, faisant soudainement s’entrouvrir la porte de sa caisse, Zakes aperçoit qu’une jeune femme nue et terrifiée se trouve à l’intérieur du véhicule, dans une cage. Après avoir alerté la Police, ces derniers s’arrêtent sur une aire d’autoroute. Contre toute attente, le mystérieux camion fait une halte à cet endroit également : dans les minutes qui suivent, Beth, l’amie de Zakes, disparait subitement. Persuadé que le chauffeur du poids lourd a enlevé son amie, le jeune homme se lance à sa poursuite.



Présenté dans bon nombre de festivals en 2009, dont le festival du film fantastique de Gérardmer (hors compétition), "hush" est la première incursion de Mark Tonderai, ancien DJ, dans le cinéma de genre, quelques années avant "la maison au bout de la rue", présenté également en hors-compétition en 2013 au festival vosgien.

Petit thriller sans prétention intégrant la famille grandissante des road movies, "hush" flirte avec des films tels que "une virée en enfer", "highwaymen", "monster man", "hitcher", "shuttle" ou encore bien-entendu le culte "duel" de Steven Spielberg. En effet, nous sommes face ici à une menace sévissant sur les routes : un mystérieux routier kidnappe de jeunes femmes, les séquestre dans la caisse de son camion pour les emmener ensuite dans un endroit plus approprié.
Rien de bien transcendant donc au vu de ces éléments et du résumé que je vous ai fait en début de chronique : "hush" semble nous offrir ici du réchauffé, une sorte de road movie vu et revu arrivant trop tard, d’autres films ayant déjà combiné, avec plus ou moins de réussite, le road movie et le film d’enlèvement/trafic d’humains.
Et pourtant, bien qu’il soit loin d’être parfait (la faute principalement à un manque d’originalité dans le matériau de base, à quelques incohérences et maladresses scénaristiques et à une fin très classique tranchant radicalement avec le reste du long-métrage), ce petit film britannique possède d’indéniables qualités et nous permet de passer un agréable moment devant notre écran.



Certains reprocheront en effet au film de Mark Tonderai d’être bien trop simpliste, de ne pas suffisamment creuser le scénario (qui présente d’ailleurs trop de facilités/incohérences : par exemple, Zakes retrouve sans trop de peine le kidnappeur à plusieurs reprises alors que le réseau autoroutier est dense et qu’il fait nuit…), ce dernier se limitant à nous offrir une course-poursuite entre un kidnappeur et le petit d’ami d’une victime du ravisseur. Face à ces détracteurs, il sera difficile de ne pas aller dans leur sens : il est vrai que l’histoire sent le réchauffé et surtout ne nous apporte pas grand-chose de plus par rapport à ce qui a déjà été fait auparavant. Certains regretteront également de ne pas en savoir un peu plus sur notre mystérieux kidnappeur, ses motivations ou encore pourquoi pas son identité (comme c’est le cas habituellement dans les films de kidnappings/trafic d’humains)…

Tant de mystères qui ne trouveront pas réponse dans le film de Mark Tonderai pour la simple et bonne raison que ce dernier, justement, cherche à nous placer dans la peau de Zakes. C’est notamment l’un des aspects originaux de "hush" et selon moi son principal objectif : nous faire vivre l’enfer que vit progressivement l’acteur principal qui tombe de Charybde en Scylla au fur et à mesure que l’intrigue avance.
Zakes lui-même ne connait pas les motivations de ce routier inquiétant, ne connait pas son identité ni même où ce dernier compte amener ses victimes : qu’importe, dans ce genre de situation, on ne se pose pas de questions (de toute façon on n’a pas le temps car le routier ne prend pas la peine de prendre un café!) et on fait, dans l’urgence, ce qui nous vient à l’esprit et nous semble le plus approprié. A ce niveau, le travail effectué sur le personnage de Zakes est remarquable : ses réactions sont réalistes, tantôt réfléchies, tantôt ridicules ou inappropriées (le jeune homme n’a bien-entendu pas la science infuse et s’avère parfois maladroit dans ses choix, comme quiconque pourrait l’être à sa place, mais possède toutefois de bonnes idées et a de bons réflexes : appeler la Police, se servir d’un chien pour mimer sa présence et tromper son poursuivant, se rapprocher des Forces de l’Ordre pour ne pas se faire attraper par le ravisseur…).

Par ailleurs, les relations tendues entre Beth et Zakes sont plutôt bien dépeintes et apportent un côté dramatique non déplaisant à ce long-métrage britannique, tout en nous apportant toujours un peu plus de renseignements sur le personnage de Zakes qui apparait alors comme un looser, un paresseux qui semble vivre une vie routinière peu enviable qui fait fuir son amie. Un couple au bord de la rupture et pour lequel seul un élément déclencheur comme celui qui va arriver pourrait permettre un rapprochement des deux tourtereaux.



Il est vrai que le film de Mark Tonderai apporte de nombreux clichés du genre (absence de réseau sur le téléphone portable, la voiture qui peine à démarrer…), des scènes paraissant vues et revues (le kidnappeur fait tomber une pièce de monnaie qui roule sous son camion, à l’endroit même où se cache Zakes qui va voir alors la main du ravisseur l’effleurer pour attraper la dite-pièce…), mais là encore le jeune réalisateur (également scénariste sur "hush") fait parfois preuve d’originalité afin de sortir des sentiers battus. L’exemple flagrant est une scène se déroulant dans les toilettes d’une aire d’autoroute où notre réalisateur ne se limite pas à faire ouvrir chaque porte de WC par le kidnappeur pour finalement ne pas trouver Zakes (au contraire, il va le trouver mais ne pourra pas si facilement l’attraper, le jeune homme se collant alors à des agents de Police, tout en camouflant des menottes qu’il a aux poignets afin de ne pas attirer les soupçons vers lui : l’une des meilleures séquences du film assurément).

De même, le réalisateur s’amuse à deux-trois moments à donner des fausses pistes, évitant ainsi de tomber dans une certaine routine, que je considère comme étant le premier ennemi des road movies. Le rythme, agrémenté ou non d’originalité, est en effet important dans cette catégorie filmique qui bien souvent est sujette à une monotonie dans les jeux du chat et de la souris si les péripéties et autres subtilités scénaristiques ne pointent pas rapidement le bout de leur nez.
Là encore, on évite les écueils trop faciles : les péripéties sont nombreuses et certains passages, plus ou moins utiles il est vrai (certains meurtres ne sont pas réellement importants dans la narration mais divertissent quelques secondes sans pour autant gâcher l’intrigue), empêchent de plonger dans la routine redoutée.
Des mouvements de caméras parfois virevoltants et nerveux sont également utilisés pour décrire l’urgence de certaines situations, transcrire des moments de panique. Une technique de cadrage bien maîtrisée.

Autre fait marquant, et pas des moindres, l’ambiance est rondement bien menée dans "hush" (et je ne parle pas que de la musique, même si cette dernière s’avère appropriée lors des séquences nerveuses). Certaines scènes sont réellement stressantes et procurent au film de Mark Tonderai un plus indéniable. Ce jeu du chat et de la souris (où les rôles s’inversent continuellement d’ailleurs) s’avère par moments angoissant du fait que ce dernier se passe de nuit et se déroule dans des milieux tantôt froids (les toilettes des aires d’autoroutes), tantôt perdus (forêt), tantôt hostiles (le refuge du kidnappeur) et haletants (le labyrinthe formé par des containers). Par ailleurs, outre cet ennemi mystérieux caché sous une capuche à allure inquiétante qui traque Zakes, il semblerait que le jeune homme doive se méfier également d’autres personnes (à qui se fier?), une situation encore plus oppressante pour ce dernier.



Au final, malgré un budget assez serré, Mark Tonderai parvient à nous offrir, avec "hush", un road movie de qualité, certes pas transcendant mais qui a le mérite de nous tenir en haleine du début à la fin. On pardonnera à Mark Tonderai les quelques soucis scénaristiques de "hush" (une fin trop classique et vite expédiée, un scénario fort simpliste, quelques clichés…) pour qui il s’agissait là d’un premier essai très prometteur.






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